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Biographie

Gnaw Their Tongues

Gnaw Their Tongues (Black Metal / Noise / Indus / Expérimental) est l’un des dix projets musicaux connus du néerlandais Maurice de Jong (alias Mories) qui, depuis une quinzaine d’années, s’est donné comme mission de faire gueuler toutes les matières inertes et tous les corps morts de l’univers. Sorti en avril 2020, I Speak The Truth, Yet With Every Word Uttered, Thousands Die est le dernier album de Gnaw Their Tongues.

Maurice de Jong assure lui-même tous les sons (en studio et désormais sur scène) ; il les enregistre, les produit, les mixe... et quand il lui reste un peu de temps, il s’occupe d’aller installer des murs d’enceintes au milieu des trous noirs. Et croyez-le, le résultat ce n’est pas du Guy Béart !

Chronique

I Speak The Truth, Yet With Every Word Uttered, Thousands Die ( 2020 )

A vrai dire, si l’on voulait réinterpréter librement* l’histoire de la musique industrielle depuis les années soixante-dix, il pourrait être cohérent de considérer qu’elle a suivi de près la destinée de l’économie réelle et a rendu compte, sur le plan des sonorités expérimentales, de sa force vitale puis de son délitement progressif. Ainsi par exemple le Metal Machine Music de Lou Reed (1975) aurait donné à entendre l’interminable et monolithique suintement des aciéries fonctionnant à plein régime tant que les conditions socio-économiques le leur permettaient. Plus loin, Einstürzende Neubauten aurait imaginé, dès sa première compilation Strategies Against Architecture (1985), les conditions d’une violence industrielle en cours tandis que cinglaient déjà les terribles conséquences de la révolution néo-libérale (ou conservatrice) occidentale ; les allemands auraient donné à entendre les bruits tourmentés des intermittences des machines et des souffrances des ouvriers soumis aux douloureux principes paradoxaux des épuisements fatidiques ou des mises au chômage stratégiques. La musique industrielle en serait arrivée alors à marquer les insoutenables cadences sonores des mines et des forges, des cuves et des fonderies, imaginant même la rétribution acoustique des silences forcés et des rêves automatiques. La suite serait connue : plus d’aciérie ni de haut-fourneau ; plus de bruit de machine ni de minerai en fusion à 1500°, et, par conséquent, une reproduction industrielle sonore qui jouerait le jeu éternel de la mélancolie réparatrice. Ainsi la musique industrielle, en perdant le référent initial, aurait inventé une réalité sonore augmentée… En un mot, il se serait agi de structurer des sons là où ne survivaient quelquefois que les souvenirs des bruits ; puis de faire parler les machines à l’arrêt et d’en imaginer les gémissements. Par glissements progressifs, quelques groupes auraient alors commencé à faire entendre les sons inaudibles et les bruits silencieux…

Ainsi Gnaw Their Tongues, le one-man band de Mories, alias Maurice de Jong, brave batave qui ne se gave pas que de betterave et de céleri rave ; suave à peu près scandinave qui fait le zouave dans sa cave, cet enclave où coule, parmi mille épaves, de la lave sur ses esclaves figés par leurs entraves concaves, à qui il fait écouter Dave**... Gnaw Their Tongues, donc, est un projet Black Metal / Noise / Indus / Expérimental qui, depuis une quinzaine d’années, pratique cet art presque subtil qui consiste à prêter une fréquence sonore aux événements inaudibles et aux émotions aphones. Le prétexte demeure avec ce projet de fournir aux morts et à leurs mondes défraîchis les intentions acoustiques les plus macabres, mais depuis trois albums maintenant, le « groupe » de Maurice de Jong, en prenant le parti d’abandonner les instruments « classiques » au profit de programmations électroniques en tous genres, s’est définitivement profilé comme faisant partie de la sous-classe « indus-expérimental » … Alors s’ouvre le champ des possibles réappropriations.

Ce nouvel album du néerlandais (le onzième) continue à entretenir ce « prétexte » originel mais il se pourrait que les intentions multiples et croisées puissent désormais toucher au plus intime ; au plus personnel : si vous avez connu un père ou un grand-père qui faisait les « trois huit » dans la métallurgie, qui tournait des matières toxiques en fusion dans des laminoirs, sans protection particulière et qui respirait jour après jour les toxines de l’enfer sur terre, il est fort à parier que I Speak The Truth, Yet With Every Word Uttered, Thousands Die réveille en vous certains souvenirs tristes ; certaines angoisses décisives… Vous y entendrez peut-être l’acier liquide à 1500° qui coulait jusque dans leurs veines étriquées (Here Is No Corruption, A Sombre Gesture In The Faint Light Of Dusk) ; l’infâme et insupportable boucan que faisaient, il n’y a pas si longtemps, ces machines infernales qui coupaient, cognaient, frottaient, griffaient les décors et les corps (White Void, Black Wounds). Vous y entendrez peut-être les cris insoutenables de ce collègue de votre père, tombé dans une cuve d’acide en plein boulot, et qui a mis une semaine pour mourir ; une semaine de hurlements étouffés par ses organes cramés jusqu'à l’os… Liquéfiés (To Rival Death In Beauty, Abortion Hymn). Vous entendrez les bruits incessants que ces pauvres gars se coltinaient jour et nuit entre les oreilles, qu’ils bossent ou qu’ils tentent de dormir pour oublier (I Speak The Truth, Yet With Every Word Uttered, Thousands Die) et vous comprendrez pourquoi ils cherchaient un peu de silence, le soir, en rentrant de leur taf, gueulant parfois de lassitude pour faire taire les gosses qui faisaient chambard. Trop de chambard pour eux en tout cas. Et puis, en écoutant Shall Be No More, vous vous direz que votre père, qui a donné 45 ans de sa vie à cette merde d’industrie qui lui a pris jusqu'à ses entrailles, bien que votre père est mieux là où il est et que, même s’il a rencontré Hadès, il a dû bien rigoler en lui disant : « c’est pas l’enfer ça, c’est Disneyland ; tu ne sais pas d’où je viens mon pote ! »

Vous espérerez enfin que les vocaux tourmentés entendus sur cet album sont ceux de tous les John Cockerill, Jean Gandois ou Lakshmi Mittal de l’histoire et vous pourrez alors leur gueuler : « souffrez en enfer, tas de merdes ! »; Merci pour ça, Maurice. Vraiment.

* Adverbe signifiant : « En fait, c’est parce que ça m’arrange ».
** Et ça, c’est grave !

A écouter : Pour entendre la souffrance des anciens
Gnaw Their Tongues

Style : Black Metal / Noise / Indus / Expérimental
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Origine : Pays-Bas
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Site Officiel : Mur d’enceintes au milieu des trous noirs
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Discographie




















2013
Sulfur