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Biographie

Furze

Woe J Reaper est une figure du black metal norvégien. Présent depuis l’avènement du mouvement, au début des années 90, il est parmi les témoins de ce qu’a été le phénomène en son cœur. Il crée à cette époque là son groupe originellement dénommé Cursed, où il est accompagné de deux autres personnages, Mr Kural Rocksett (basse) et Nebur The Rat (guitare). Bientôt, ils se mettent à composer dans une direction très intègre vis-à-vis du mouvement qu’ils défendent, en restant amoureux du son sourd, en cultivant leur identité et leur image, et limitant leurs moyens afin de rester fidèles à l’idée de la musique qu’ils défendent.

C’est en 1998 que Reaper se sépare de ses acolytes, et devient totalement libre dans sa composition. Cursed devient dès lors Woe J Reaper, et sort deux demos aux tirages ultra limités. L’année d’après, le groupe devient définitivement Furze, et sort une nouvelle demo, qui lui permettra de signer chez Apocalyptic Empire Record, label norvégien très exclusif. S’en suivent un ep et le premier album du groupe, Trident Autocrat (2000). Toujours attachée au son trve black, la musique de Furze n’évolue guère et se contente de cultiver sa ligne de conduite.
Les années qui suivent voient la sortie du deuxième album du groupe, Necromanzee Cogent (2003), puis la séparation du label norvégien. Furze resigne une démo en 2005, qui lui permet cette fois-ci de signer un contrat plus important, puisqu’avec Candlelight Records, qui sort en 2007 le troisième album du groupe, UTD.

Chronique

15 / 20
2 commentaires (8.25/20).

UTD : Beneath the Old-Edge Sounds to the Twilight Contract of the Black Fascist / The Wealth Of The Penetration in the Abstract Paradigmas Of Satan ( 2007 )

Diantre, des types qui s’accrochent encore au trve black metal et à ses règles divines, satan sait s’il y en a, mais alors de ceux de la trempe de Woe J Reaper, ça se fait plutôt rare en 2007, surtout sur des labels de l’envergure qu’a Candlelight. Avec Furze, on replonge sans discussions possibles dans le black metal du tout début des années 90, celui fait avec des bouts de ficelle, avec les trippes, celui qu’il fallait créer, sans bornes existantes, et dont le seul but était d’explorer des sons violents, agressifs et criards. UTD : Beneath the Old-Edge Sounds to the Twilight Contract of the Black Fascist / The Wealth Of The Penetration in the Abstract Paradigmas Of Satan (ouf !), autosplit de Furze avec lui-même (?!) est une nouvelle et rapide sortie après la réédition de Trident Autocrat de l’année dernière.

A ceux qui râlent contre la suprématie de l’underground, et ne voient pas d’intérêt à ce qu’on s’intéresse à un groupe de goredeath slovaque, Furze donnera une poussée d’urticaire. Reaper est le genre d’énergumène à tout faire lui-même, avec ses pauvres moyens et ses envies, le seul maître à bord du vaisseau Furze, et détracteur d’un système qu’il juge décadent. Si vous commencez à situer le contexte, vous n’aurez pas de mal à vous faire une idée de sa musique. UTD rebutera 99% des metalleux, aussi habitués soient-ils aux sonorités dures, et même une énorme partie des blackeux, qui verront dans sa production une vaste mascarade. Car la production d’UTD, il faut l’entendre pour la croire : un Transilvanian Hunger ou un Aske passeraient presque pour des superproductions à côté. Certainement enregistrée sur un magnétophone Lansay, la musique de Furze mélange (mal) des sons disgracieux au possible. La guitare grince et grésille lamentablement, la batterie sonne comme un jeu de casseroles rouillées ou un morceau de bois creux sur lequel on tape, et le tout a sérieusement tendance à souffrir d’imprécisions rythmiques assez grossières par moments. Les sonorités violentes et résonantes s’enchaînent, toutes aussi désagréables les unes que les autres, les soli cosmiques qui font fi des règles de cohérence mélodique, le chant sourd et grondant, ou au contraire beaucoup trop résonnant et fort. Bref, le son Furze, c’est quelque chose de très spécial, qui fera penser au commun des mortels que Woe J Reaper se fout bien de la gueule du monde.

Malgré tout ça, la musique de Furze revêt un côté vraiment unique, comme si le temps n’avait pas eu d’influence sur l’évolution du courant représenté. Reaper a cette manière très spontanée de faire sonner ses riffs, souvent touts très efficaces, comme s’ils sortaient d’un premier jet, qu’ils étaient affranchis de toutes règles, vivant uniquement par et pour eux-mêmes. Le chant est travaillé, toujours sans trop de moyens, de manière très intelligente, adaptant le timbre (et il y en a beaucoup de différents) en fonction des ambiances et de la cadence des instrumentales. La haine, le désespoir, la violence, les sentiments les plus noirs et inquiétants passent clairement au travers de tout cela, nonobstant la production complètement dégueulasse. Le tout fait clairement penser aux débuts de Burzum, avec un côté très libéré et disparate, acquis justement grâce au temps. C’est ce qui fait la force de Furze, sa musique est ce qu’aurait du devenir le black metal s’il n’avait pas été médiatisé et pris autant d’ampleur : un courant vrai, vivant uniquement pour lui-même, et que toute notion de reconnaissance n’atteint pas. Le propos n’est ici pas de critiquer ce qu’est devenu le genre dans les années 2000, mais il est néanmoins très intéressant de se pencher sur la question d’un groupe comme Furze, qui, parmi les puristes réfractaires à toute évolution musicale ou mercantile, s’affirme comme l’un des plus radicaux qui soient, donnant un résultat finalement bien moins ridicule que d’autres, puisque assumant clairement et de fond en combles sa démarche.

UTD est fait, comme Trident Autocrat et les précédents enregistrements de Furze, avec les trippes. Il est le résultat de la passion d’un homme qui a su s’accrocher à ses règles bien établies, à sa vision non érodée du black metal. Pour le coup donc, la production tient ici pleinement son rôle et se justifie d’elle-même, même si, je le répète, elle pourra faire penser à une blague. Furze est peut-être la voix qui nous rappelle d’où vient le black metal, et en quoi certains de ses aspects actuels ont pu perdre par rapport à l’esprit initial.


 

A écouter : en tant averti du contenu.