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Biographie

Furia

Groupe de Black Metal Polonais, Furia voit le jour en 2003 à Katowice. Ce trio est composé de Michał "Nihil" Kuźniak au chant et à la guitare, de Kamil "Sars" Staszałek à la basse, de Przemysław "Voldtekt" à la guitare et de Grzegorz "Namtar" Kantor à la batterie. Plusieurs des membres du groupe sont impliqués dans MasseMord tandis que le chanteur Nihil officie également dans le projet post-Black Morowe.
Brute et froide le musique de Furia, parfois qualifiée de Nekroflok, aborde dans ses textes le nihilisme, la misanthropie et le paganisme. 



Chronique

Księżyc milczy luty ( 2016 )

Formidable contre-pied des préjugés et clichés qu’elle véhicule, la « scène Metal » (chacun comprendra ici le sens des guillemets) est souvent bien moins prévisible que sa caricature. Prenez Furia : des polonais, du Black, une pochette extrêmement sombre de laquelle émerge une figure inquiétante, indistincte mais indéniablement maléfique. Sans même vouloir faire preuve d’un quelconque mauvais esprit, on s’apprête « logiquement » à entendre du Black tout ce qu’il y a de plus de classique : des trémolos, de la dissonance, des blasts et du chant éraillé. Raté. Et pas qu’un peu.

Dès les premières secondes de Za ćmą, w dym, le parallèle avec Big Strong Boss, l’ouverture du chef d’œuvre de BreachKollapse, est saisissant. Une même guitare lumineuse, joueuse vient se poser sur une batterie tout autant jazzy. Une voix de crooner vient couronner le tout. Progressivement, l’ensemble prend corps à mesure que la distorsion fait son apparition. Déjà, se distingue cette indolente basse, toute en rondeurs et, il faut bien le dire, magistrale. A l’inverse, la batterie est très sous-mixée, la grosse caisse quasiment inaudible, fait suffisamment rare pour être signalé. Et le Black dans tout ça ? Tout comme la furie il n’est pas ici considéré comme une fin en soi mais utilisé comme une influence parmi d’autres (le jazz, on l’a vu, mais également de façon éclatante le Post) pour faire passer une énergie, une émotion. Tout au long de l’album les marqueurs Black sont utilisés comme autant de références à destination des initiés. C’est ainsi une salve de trémolos qui vient faire basculer Cialo dans une ambiance et des sonorités agressives et martiales, tranchant avec la quiétude de son introduction. La sensation d’être sur un étroit chemin de crête nous accompagne ainsi de bout en bout. A tout instant, on sent que cette sauvagerie affleurante risque de n’être plus contenue comme avec Tam jest tu, qui bascule soudainement dans un tourbillon frénétique et hypnotique ou avec Zabieraj łapska où la batterie et la basse, d'abord engagées dans un jeu de ping pong central, finissent par se retrouver emportées dans un maelstrom enragé.
Un des points marquants de Księżyc milczy luty réside également dans le paradoxe dans lequel l’album nous place. A d’innombrables reprises, au travers d’un riff ou d’une intonation du chant, émerge la fugace sensation de déjà entendu. Pourtant, on est bien là face à une création ne ressemblant à nulle autre. De Breach pour le côté jazzy à Oranssi Pazuzu pour la frénésie hallucinatoire en passant même par Mastodon (un riff au milieu de Grzej), on a l’impression que c’est tout le panthéon du Metal contemporain qui y passe, subtilement et subrepticement. Furia semble tout pouvoir se permettre quitte à aller un poil trop loin avec Grzej et une conclusion s’étalant un peu trop en longueur, avec un blanc de 25 secondes entre deux résurgences du riff final.

Sorti il y a maintenant plus d’un an, Księżyc milczy luty fait partie de ces claques à retardement que l’on prend plaisir à prendre et qui nous démontrent que rien ne sert d’essayer d’écouter tout ce qui sort : les pépites finissent toujours par remonter à la surface, mues par la force du bouche à bouche ou par la programmation avisée et experte de certains festivals.

Księżyc milczy luty s'écoute sur le Bandcamp de Pagan Records.