Biographie

Frédérick Martin

Frédérick Martin est l'auteur du livre intitulé Eunolie, Conditions D’émergence Du Black Metal, qui retrace l'histoire de ce genre musical extrême, depuis son explosion en Norvège à la fin des années 80 jusqu'à aujourd'hui.

Chronique

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Eunolie, Conditions d’émergence du Black Metal. ( 2003 )

PAINT IT BLACK


Blasphématoire, excessif, débridé jusqu’à l’outrance, d’une brutalité inouïe, le black metal est en matière de musique ce qui pourrait se rapprocher le plus de l’Expressionnisme pictural ou des Chants de Maldoror, de Lautréamont, en littérature. Frédérick Martin dans cet essai retrace l’histoire de ce courant extrémiste du rock apparu à la fin des années 80 en Norvège, et qui a depuis inspiré des formations au quatre coins de la planète.

« Ne les jugeons pas, les Fils de Satan, dégobillant la Création depuis le gouffre de leur vocifération. »

Au milieu des 80s, le death metal, né aux États-Unis, a déjà essaimé vers l’Europe, où les combos se multiplient. A Oslo (Norvège), quelques jeunes, sevrés d’ennui et de rage, se lancent dans le death. Leurs formations se nomment Darkthrone, Mayhem, Burzum, Immortal, Emperor. Sous les influences conjointes du death et de groupes européens précurseurs (Bathory, Venom, Celtic Frost), ils créent un son d’une violence inouïe : le black metal — flot de guitares sauvages, batterie martelée et hurlements féroces, sur lesquels plane un souffle de haine. Les membres des groupes se rebaptisent, choisissant des noms symboliques forts : Euronymous (le Prince des Morts), Dead, Fenriz (loup maléfique de la mythologie germano-scandinave), Comte Grishnackh (figure maléfique de la littérature tolkénienne)... Des noms renvoyant à un univers de références emblématiques du genre naissant : fascination pour la mort, le Mal, la destruction ; haine du christianisme qui se traduit par le satanisme et un réinvestissement de la Scandinavie pré-chrétienne, païenne et conquérante.
Dès les premières années, l’épopée maudite du black metal norvégien est marquée par la violence, la haine et la mort. Suicide, meurtres, formation d’un club sataniste et destructions d’églises [1] : si la musique est violente, décadente, sombre, tourmentée, tortueuse, ce n’est qu’en tant que pur reflet de la pensée et de la vie des individus qui la composent : « Le BM est la lueur occulte et musicale d’une puissance de destruction accompagnant d’autres événements symptomatiques de fin de la civilisation. Sa beauté vient des formes du déclin et de renversement spirituels traduits en son. »
Mais bien vite, la musique redevient l’unique priorité ; Immortal, par exemple, refuse de suivre ces « intégristes du Néant » et se recentre sur la musique. L’ère chaotique des débuts laisse place à une ère nouvelle : celle de la conquête.

Contamination

Ce parti pris d’une violence totale et d’un refus de toute compromission (qui se traduisent initialement par une technique et une production minimalistes) contaminent des pays du monde entier. Et dès le début des années 90, des groupes éclorent partout en Europe, puis dans le monde : les terroristes soniques se multiplient.
Eunolie présente d’ailleurs un large éventail des diverses scènes du monde, de l’Amérique latine à Israël, en passant par l’Europe de l’Est et l’Amérique du Nord, s’attardant avec intelligence sur les particularismes de chacune, et présentant un panel de groupes qui mériteraient plus de reconnaissance.
Aujourd’hui, si le genre est toujours très vivace, le black metal est devenu pluriel, donnant naissance, au fil des métissages musicaux, à divers genres. Ces avatars sont notamment le black symphonique (plus lyrique, avec synthés et ambiances gothiques), le black expérimental, le black / doom, le true black (fidèles au son originel), le pagan black (qui incorpore des éléments de musiques traditionnelles). Au sujet de ce dernier courant, Frédérick Martin, écrit : « ce n’est pas le moindre mérite du BM que de permettre à de nombreux artistes de plonger dans leurs racines, gauloises, celtiques, gaéliques, pour en revivifier les aspects. »

Une étude musicale exemplaire

L’auteur, dès la préface annonce la couleur : « Ceci n’est pas un livre sur le Black Metal, c’est un Black Book. Comme un album de Black Metal, mais avec un stylo à la place du micro. » Et de fait, la construction et le style sont peu orthodoxes. Et ce n’est pas plus mal, car la prose — quoique parfois agaçante en raison d’une ponctuation approximative — est personnelle, passionnée et, par moments, presque poétique.
Resitué dans son contexte d’émergence, le genre se comprend soudain mieux. Les mises en perspective, notamment à travers la littérature, les musiques classique et traditionnelle, le contexte socio-politique, sont vraiment bienvenus, qui permettent une approche intelligente de ce courant musical maudit.
Ce livre constitue à ce titre, non seulement une étude intéressante du black metal, mais aussi un modèle d’étude d’un genre musical.

[1] Dead, le premier chanteur de Mayhem, se suicide ; le club sataniste, Inner Black Circle, br

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