Biographie

Foreign Born

Foreign Born commence, en 2003, comme un jam entre étudiants à l'Université de San Francisco, organisé par Matt Popieluch et Lewis Pesacov, rejoints quelques temps plus tard par un batteur, Garrett Ray, et un bassiste, Ariel Rechtshaid. Le groupe déménage alors pour Los Angeles en 2004 et enregistre ses premières compositions.

Présentant un indie rock à la frontière du shoegaze, citant comme influence Yo La Tengo, Echo & The Bunnymen ou Radiohead, Foreign Born sort d'abord deux EP's de façon confidentielle avant de signer sur Dim Mak Records et de sortir leur premier LP, On The Wing Now, en 2007. Le groupe tourne alors de façon régulière et ouvre notamment pour Futureheads, Black Mountain et The French Kicks.
Person to Person est le second album du groupe, qui parait en 2009 sur Secretly Canadian.

Chronique

Person to Person ( 2009 )

Amusant de voir comment évoluent (et meurent) les hypes. Amusant car forcément ridicule et injuste. Ridicule, d'abord, par le caractère totalement temporaire, par définition, de la hype. Il suffit, par exemple, de voir à quel point le post-rock est devenu la coqueluche de tous les groupes jusqu'à en perdre sa substance dans les années 2000. Et injuste, car dans leur aveugle furie de porter un groupe aux nues, les hipsters ont tendance à dévaluer voire carrément ignorer les précurseurs ou les semblables qui n'auront eu droit qu'à des échos limités à quelques blogs ou labels moins huppés. Pour autant on ne va pas non plus soutenir que Secretly Canadian a beaucoup à envier à, disons, Warp ou Domino. Une maison qui compte, entre autres, Antony And The Johnsons, Frida Hyvönen, I Love You But I've Chosen The Darkness ou Jens Lekman possède un flair certain pour abriter les talents. Néanmoins, force est de constater que Foreign Born a raté le train du buzz de l'année.

Parce que cette année (2009), il n'y a pas à farfouiller. Deux groupes ont véritablement fait l'actualité, dans les blogs, pour ce qui est de la pop, qu'elle soit teintée d'electro ou de folk. Animal Collective et Grizzly Bear ont, à eux deux, trusté les adjectifs hyperboliques. On ne niera pas qu'on en a utilisé quelques uns aussi, ici, soit. Deux groupes qui ont su faire évoluer leur style et se sont ouvert un nouvel horizon avec leurs dernières sorties. C'est peut-être en ce sens qu'on ne parlera de Foreign Born que dans quelques années. Lorsque Secretly Canadian sera devenue une major et, surtout, que le quatuor de Los Angeles aura franchi une étape supplémentaire et qu'on pourra alors parler d'un avant qui était finalement prometteur.

Car le coeur mis à l'ouvrage sur ce Person to Person fait plaisir à entendre. On sent l'envie déployée lors de l'enregistrement de l'album, avec ses ritournelles joyeuses, ses clappements de mains ("Winter Games" et sa captation "live"), ses cuivres omniprésents et ses efforts d'arrangement. De la même manière que le Veckatimest de Grizzly Bear charmait par son fin travail sur les voix et les mélodies, le groupe y fait référence sans coup férir ("Blood Oranges", "Early Warnings") lorsqu'apparaissent les choeurs ou lorsque la voix de Matt Popieluch se fait confidentielle ou, au contraire, s'envole. La petite touche personnelle viendra des cuivres (trompette, trombone, tuba, sacophone), qui donnent à Foreign Born une allure de joyeux big band ("Can't Keep Time") à l'enthousiasme plus immédiat et plus communicatif.

Le tout, composé avec une absence totale d'ambition qui met en valeur une décomplexion assumée. On est loin du strass et des paillettes des groupes sus-cités. Foreign Born fait petit frère appliqué, régale par ce quelque chose qui l'a mis à l'écart des platines et, même si ses chansons sont sans détour, fourmille de détails. Ici, une mélodie qui reste en tête; là, une rythmique sautillante qui fait d'une ballade autre chose qu'un simple hymne à la mélancolie (la touchante "It Grew on You").
Non, vraiment, le foisonnement musical que donne à écouter Foreign Born justifie assez peu sa non-médiatisation. On sait juste qu'on va continuer à les suivre pour pouvoir dire qu'on y était et, de manière élitiste, faire un pied-de-nez aux hipsters qui n'auraient juré que par Brooklyn cette année. Bon et peut-être aussi parce qu'ils le méritent.

A écouter : en faisant pouet pouet!