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Biographie

Fonky Family

MCs: Don Choa, Luciano, Sat, Menzo
DJ: DJ Djel
Production: Pone
(Danseur: Fel)

La Fonky Family voit le jour à Marseille, au milieu des années 90, alors que la scène Hip-Hop se développe fortement dans l'hexagone autour des deux poles marseillais et parisien. A peine sur pattes, le collectif apparait sur Métèque Et Mat, premier album solo d'Akhenaton, MC star d'IAM, pour le célèbre morceau Bad boys de marseille. Le groupe sort son premier album en 1998. Si Dieu Veut connait un succès important qui les propulse tête de gondole de la scène marseillaise. La Fonky Family aura pourtant plus de mal à enchainer passé le cap de l'an 2000 alors que chacun de ses MCs bosse tour à tour sur des projets en solo et ne sortira finalement que deux autres albums séparés par un live avant de jeter officiellement l'éponge en 2007.

Chronique

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6 commentaires (14.17/20).
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Si Dieu Veut... ( 1998 )

1994: le MC Claude développe sa Prose Combat, 1995: Didier Morville et Bruno Lopes larguent Paris sous les Bombes; AKH, après avoir commis deux Attentats en collectif, annonce crânement Métèque et Mat. Les patrons essaiment. 1996: Le Doc' nous fait passer avec nonchalance sa Première Consultation. 1997: Avènement de L'Ecole du Micro d'Argent. 1998: Shurik'n claque Où je Vis, NTM se fait Suprême, Ideal J lance Le Combat Continue comme un dernier baroud d'honneur, Fabe commet son Détournement de Son. 1998 toujours: la Fonky Family fout les pieds dans le plat, débarque comme un chien dans un jeu de quille d'un paysage Hip-Hop français en pleine effervescence, à son apogée deux années durant. A l'opposé de la sagesse alors déjà affichée des grands frères d'IAM, les marseillais viennent incarner le Rap français (in)conscient. A demi éveillé, trois quarts écorché, 100% urgent.

La Fonky Family a tout juste la vingtaine et oublie totalement de faire dans la dentelle - l'idée ne les a probablement jamais effleuré à l'époque. Si Dieu Veut... fonce dans le tas tête baissée, mené par quatre MCs intarissables se renvoyant la balle. De la passion, de la salive, une verve parfois maladroite, souvent indélicate mais ultra directe, quasi irrépressible. Si Dieu Veut... est le produit de l'univers dont le groupe saisit l'atmosphère à la volée et parsème ses titres arides et sans effets: le sien. La FF conte sa réalité, soutenue par une production, des instrus et samples dramatiquement simples, catchy, variés et intelligents qui entretiennent le climat de l'album, contiennent la surabondance d'énergie déployée sur les rails d'un rap à la fois classieux et ardent. En résultent vingt titres et près d'une heure et quart à brasser le merdier de la banlieue marseillaise, les baskets collées au bitume entre réalité morose et évasion rêveuse désabusée.

L'emblématique La furie et la foi ("Qu'est ce qu'il nous reste? [...] Merde j'en ai marre de cette routine/La misère et la déprime poussent au crime/Les minots rêvent de la carrière de Jacques Mesrine"), Aux absents ("Trop de gens manquent à l'appel les jours de fête") et Une seule fois côtoient Le sum ("A Marseille c'est sea, sex, and sun mais sans le sou y'a pas d'sun, d'sea ni d'fun [...] j'irai chercher ma reine au loin chez les eskimos") ou Sans faire couler le sang ("Même nos parents ont souffert/A nous de leur montrer qu'on est capables d'avancer soudés[...] Tristes et destinés, avançons déterminés"). Passionné, presque adolescent, Si Dieu Veut... parle de lui même, profitant de la fraicheur de ses jeunes auteurs et d'un mouvement alors en pleine ébullition. Le collectif claque, crache, accroche son cœur en étendard, se jette dans la bataille sans retenue, se défonce, volontaire, dans et pour sa génération qui part en vrille, avec les armes et la maitrise qui sont les siennes. Aussi percutant et pertinent sur l'instant que fragile et suicidaire: dès Art de Rue, malgré les années en plus et des circonstances différentes, le groupe semblera refuser de sortir de son ornière, se perdant dans son propre propos.

Un disque de têtes brulées "fières et décidées", direct, nerveux, profondément sincère et imparfait et comme animé à la source par l'énergie intarissable du désespoir. Le collectif voit grand, les basques coincées sur Mars'. Que l'on goutte ou non à l'exercice, Si Dieu Veut..., aujourd'hui encore, frappe, surtout si on a connu cette période. Premier et "dernier" uppercut pour la FF, boxeur explosif mais privé d'endurance. On ne les reverra plus jamais au même niveau, pas plus que le Rap français en tant qu'ensemble, qui, dans sa grande majorité, file déjà se manger le mur du 21ème siècle en pleine face. Inévitable prix à payer pour avoir fait flamber les mots et crié haut et fort l'instant présent sans plus réfléchir à la suite. Une autre époque. Sans espoir ni avenir, mais incroyablement intense. Aujourd'hui perdu entre auto-caricature passéiste, redite insipide, prods rutilantes dissimulant une coquille vide et, heureusement, individualités inspirées (La Caution, Nonstop, Psykick Lyrikah, Golem of Flesh, RocéSoklak...) le Hip-Hop français a déjà vécu son âge d'or. Quoiqu'on en dise, la FF en était.

A écouter : A l'ancienne?