Biographie

Feist

A 31 ans, la canadienne Leslie Feist a derrière elle une petite carrière de chanteuse punk au sein du combo Placebo (rien à voir évidemment) qui lui laissa des cordes vocales sérieusement endommagées au bout de cinq années. Obligée de faire un break, elle s'installe à Toronto et commence à jouer de la gratte en  1998 ce qui l'amène à enregistrer son premier album solo Monarch (Lay Down Your Jeweled Head), diffusé de façon confidentielle, en 2000. A la même époque, elle est colocataire des trublions electro Peaches et Gonzales, et collabore avec Broken Social Scene. Elle s'installe ensuite à Paris qui ne tardera pas à l'adopter les années suivantes. Elle enregistre ainsi Let It Die, son deuxième opus solo entre jazz et indie rock, en 2002 et 2003, pour une sortie en 2004. On découvre ainsi autour d'elle des artistes amis comme Mocky ou encore Jamie Lidell. Feist enchaîne aussi les collaborations : deux morceaux coécrits sur le deuxième album des Kings of Convenience (Riot on an Empty Street), The Simple Story écrit pour et chanté avec Jane Birkin sur l’album Rendez-vous produit par Gonzales et Renaud Letang, ainsi que des duos très francophiles avec Albin de la Simone ou Arthur H. Suit en 2006 l'album de remixes Open Season. Puis en 2007, retour en forme avec un troisième album intitulé The Reminder.

Chroniques

Metals The Reminder
16 / 20
2 commentaires (17/20).
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Metals ( 2011 )

Feist revenait à l'automne 2011, après le succès de The Reminder, son précédent album sorti en 2007 et vendu à 2.5 millions d'exemplaires, porté notamment par le single "1.2.3.4" popularisé par une pub Apple. Plutôt que de capitaliser sur sa nouvelle popularité, la canadienne a choisi de se retirer chez elle à Toronto afin d'enregistrer son quatrième album en toute tranquillité. Avec pour l'épauler Mocky et Gonzales, mais aussi Valgeir Sigurosson (BjörkBonnie Prince Billie), Feist délivre un album intimiste et élégant, intitulé Metals

 En douze morceaux, la chanteuse nous emmène ainsi en terre folk, pop et jazz de son merveilleux timbre de voix, immédiatement reconnaissable. Metals est clairement un disque anti-commercial et offre une atmosphère automnale jaillie d'une production organique où la guitare apparaît régulièrement essentielle. Feist a en fait écrit et composé son nouvel opus entre un cabanon de jardin de Toronto, son refuge de petite fille, et les studios de La Frette près de Paris, avant de finaliser l'enregistrement à Big Sur. Il en résulte des pépites comme "Graveyard", mais aussi "The Circle Married The Line", rehaussée de cordes, ou bien encore "Undiscovered First", habillée de cuivres. 

Avec Metals, Feist se retrouve véritablement loin des canons de The Reminder et par conséquent moins accessible. Elle propose au contraire un voyage lumineux et fragile. Les arrangements de ce disque sont si bien agencés et les choeurs si emballants (par exemple ceux de "Comfort Me"), qu'on s'y promène l'âme vagabonde et le coeur réchauffé. Feist tutoie ainsi la soul le temps de "How Come You Never Go There", pour mieux nous surprendre avec le percutant "Commotion". Bien sûr on retrouve aussi avec plaisir des chansons dépouillées comme "Bittersweet Melodies", "Anti-Pioneer" ou "Cicadas And Gulls", magnifiquement ténue. Et puis surtout, on se plaît à découvrir couche après couche un album plus riche qu'il n'y paraît, à l'image de sa dernière piste "Get It Wrong Get It Right". 

 Finalement, Feist surprend fort agréablement avec Metals, un opus lunaire et mélancolique dont les saveurs naturelles subsistent bien après l'écoute, avec le goût d'y revenir, immanquablement.

A écouter : à la belle étoile
17 / 20
1 commentaire (12/20).
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The Reminder ( 2007 )

Feist est une perle, un diamant rare. Au diable les clichés quand on l'écoute chanter, c'est juste la vérité. Il y avait déjà beaucoup de classe et de féminité sur Let it Die, son superbe précédent disque, on la comparait même aux grandes dames de la soul et du jazz telle Billie Holiday, mais ce nouvel album, pour lequel elle s'est entourée de ses complices Gonzales, Mocky et Jamie Lidell, The Reminder, lui est encore supérieur, tout en étant différent.

Différent parce que plus varié, avec un spectre musical élargi, où la musique prend de temps en temps tout l'espace sonore avec jouissance (belle production de Renaud Letang). Supérieur parce que la canadienne chante encore mieux (incroyable, c'était possible), avec plus de sensibilité, plus de douceur gracile, plus de nuances encore. Par moments, elle en devient tellement grâcieuse qu'on a bien envie de l'accompagner au bout du monde dans sa sphère apaisante (I Feel It All). Pleine de délicatesse et de rythme, sa musique est faite pour les rêveries alanguies, les paysages lunaires et les fantaisies sentimentales. My Moon My Man est à ce titre un premier single formidable, bijou aussi entêtant que léger comme une bulle de savon.

Tout au long de The Reminder, une voix au timbre délicieusement voilé accompagne la traversée de paysages musicaux tout en détails habiles, de motifs de piano aux cordes évanescentes, en passant par des rythmes sautillants et autres joyeusetés guitaristiques. Tout est tellement bien senti qu'il est difficile de ne pas y trouver une certaine magie. Par moments, un morceau ou l'autre évoque les moments les plus fragiles de Cat Power (The Park), voire de Shannon Wright (The Water), mais la personnalité de Feist ne souffre pas de la comparaison. Au contraire, elle gagne les coeurs avec toutes ses couleurs, jusqu'à l'énergie mélodique de Sea Lion Woman, reprise gospel pleine de guitares emballantes.

Le tableau pastel n'exclue pas les fêlures, à travers quelques décrochages plus profonds, tels ceux du piano de Limit To Your Love, plus diva que jamais avec de beaux arrangements de cordes et des choeurs pour enrober le tout. Les cuivres s'invitent à certaines parties échevelées (1 2 3 4, joyau pop entraînant) tandis que nombre de rythmes se font en tapant des mains ou en un claquement de doigts (Brandy Alexander). The Reminder dévoile ainsi toutes ses richesses au fil d'écoutes attentives et rêveuses. On y trouve même des bribes d'electronica le temps de Honey Honey. Le dépouillement et la mélancolie ne sont jamais loin non plus (Intuition) si bien que le disque se révèle très émotionnel. Et ce n'est pas le très beau duo en final, How My Heart Behaves qui changera la donne.

Le deuxième album (si on fait abstraction de Monarch évidemment) est toujours un cap difficile à passer, mais Feist fait mieux que confirmer, montrant une infinie sensibilité  de chant que magnifient de très belles mélodies. The Reminder est une perle... vous connaissez la suite.

 3 titres en écoute ici

A écouter : My Moon My Man, 1 2 3 4, The Park , The Water, Intuition, tout en fait