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Biographie

Employed To Serve

Les Anglais originaires de Woking dans le Surrey pratiquent depuis 2012 un Hardcore multiple, d'abord très influencé par Converge, Botch ou les premiers Every Time I Die, puis intègrent rapidement des éléments plus Metal ou Screamo. Employed To Serve sort un premier EP en 2012 (Long Time Dead) suivi d'une démo en 2013. Mais les choses sérieuses commencent avec la sortie d'un autre EP plus abouti, Change Nothing Regret Everything, en 2014, qui orientera définitivement le quintette vers les chemins de la création. S'ensuit un split avec A Ghost Orchestra l'année d'après et surtout le premier album Greyer Than You Remember, bénéficiant d'une production aux petits oignons et abrité par Holy Roar Records. Le groupe continue d'évoluer en intégrant des parties post-punk à leurs compositions sur le deuxième album The Warmth Of A Dying Sun en 2017, puis en concrétisant la chose sur le long format suivant, Eternal Forward Motion, pondu en 2019 chez Spinefarm. Une pandémie plus loin Employed To Serve revient à la charge avec Conquering en 2021, dans une veine plus (Neo) Metal et mélodique, faisant ressortir de larges influences.

15 / 20
1 commentaire (16/20).
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Conquering ( 2021 )

On avait quitté Employed To Serve en excellents terme avec un Eternal Forward Motion fort bien bâti, qui s’extirpait gentiment du chaos pour embrasser des horizons plus gras, plus Metal, mais aussi plus mélodiques. Rien de surprenant alors de voir le quintette se repointer sur le palier de nos oreilles équipé d’intentions clarifiées en ce sens. Cela dit on ne s’était pas tout à fait préparé à recevoir ce qui s’apparente – au moins partiellement – à un hommage au bon vieux Neo Metal de la fin des 90’s / début 2000, Slipknot en tête.

L’influence était déjà là, ces jeunes anglais ont manifestement grandi avec Deftones, Soulfly ou les neuf masqués, mais on imaginait pas qu’elle prendrait autant de place sur ce (déjà) quatrième album. Heureusement ETS a pris de soin de ne conserver que le meilleur de la scène, ce qui rappelle la démarche des Philadelphiens de Varials, bien que Conquering fasse également et lourdement du pied au Metalcore, au Thrash moderne ou au Metal industriel. En fait on a le sentiment d’écouter un album réédité, une sorte de best-of de cette époque chérie, sauf que résumer l’objet à cela reviendrait à écouter par le petit bout de la lorgnette.

ETS a le chic pour écrire des morceaux qui marquent, tabassent autant qu’ils interrogent parfois. Parmi ceux qui marquent et tabassent on citera volontiers Universal Chokehold, doucement introduit, puis dévasté par les riffs écrasants, groovy, passages Metalcore dosés et même solos à la clef. Twist The Blade fera penser de manière (trop?) flagrante à un Nine Inch Nails noyé dans une marmite Hardcore / Metal lorgnant du coté de Vision Of Disorder, tandis que le thrashisant The Mistake nous enfoncera la tête dans le seau. La hurleuse est toujours aussi déterminée à distribuer des acouphènes, le batteur est une machine de précision, accompagnée d’une basse obèse, et les guitares partent raisonnablement dans tous les sens, que ça soit pour aligner des baffes rythmiques sur les très Hardcore We Don’t Need You, chœurs à l’appui, puis Set In Stone, ou bien éparpiller quelques envolées épiques sur la seconde partie de ce dernier, le single Exist (prouve que tu résistes) à la structure quasi Pop ou encore le grassouillet Mark Of The Grave dans une patine Grunge Metal avec chant clair masculin, au demeurant plus installé en 2021.

Point culminant de l’album World Ender traîne ses gros riffs sur des parcelles déjà labourées par Gojira et Sepultura, mais orienté par des chemins de traverse aux confins du Death et du Doom. Rien à faire, Employed To Serve est bourré de talent, très propre dans son exécution, la production est carrée, puissante, néanmoins on ne peut s’empêcher de réaliser qu’il manque ce soupçon de folie qui se maintenait sur Eternal Forward Motion, celui qui permettait aux Anglais.e.s de nager à la surface de la scène. Conquering reste un album très solide, ultra bossé mais un brin trop lisse, manquant de viscères ici ou là si on le compare au reste de la discographie. Nul doute en tout cas que l’équipe de Woking va persévérer à casser des genoux en direct.

A écouter : We Don't Need You, World Ender, Mark Of The Grave, Universal Chokehold
16.5 / 20
1 commentaire (15.5/20).

Eternal Forward Motion ( 2019 )

Quintet anglais passé honteusement sous nos radars, Employed To Serve s’emploie (lol) à déboîter généreusement des mâchoires depuis 2012, quand même. Des débuts clairement influencés par le hardcore à la sauce Botch, Converge ou celui de leurs regrettés compatriotes d’Eden Maine, en particulier sur le premier EP Change Nothing Regret Everything de 2014, puis de manière plus étendue et personnalisée sur le premier album Greyer Than You Remember paru un an plus tard. Un objet qui posait les solides jalons d’une lourde correction aussi débridée que bigarrée dans son exécution. Rendu massif, écriture d’exception et profond sens du groove ont forcé l’admiration à l’époque, du moins au sein du monde anglo-saxon. Le deuxième et tout aussi excellent long format The Warmth Of A Dying Sun perfectionnait la formule en 2017, ouvrant davantage la voie au spleen post-punk tout en accentuant le gras.

Eternal Forward Motion sonne alors comme le disque de la "maturité", qu’on ne peut simplement réduire à cette formule usagée, car certes la spontanéité s’est légèrement effacée, mais pour mieux optimiser une écriture pourtant déjà tout à fait remarquable. Entre sévère défouraillage, quasi constant, et respirations ponctuelles ou plus étalées, l’équilibre est ici idéal. Le morceau éponyme exprime d’emblée l’ensemble des émotions qui parcourent l’album : gros riffs mutants, screams écorchés vifs de la hurleuse en forme olympique, rythmique ample et déconstruite, poussées mélodiques plus ou moins impromptues et incursions nauséeuses. La suite se déroule donc naturellement, accroche les conduits auditifs et s’agrippe aux viscères beaucoup trop facilement, comme sur le feeling possédé de Dull Ache Behind My Eyes ou le grain du maladif et (donc) formidable Harsh Truth pas très loin des intentions d’un Will Haven.

Environ à mi-parcours l’espace est un instant investi par de la mélodie fébrile (Sore Tooth Twin), afin de plus correctement nous péter les dents avec le tubesque Force Fed aux accents metalcore prononcés. Le genre de titre casse-gueule qui pourrait vite horripiler s’il n’était pas si magistralement écrit et interprété, notamment ces deux voix hurlée/claire, féminine/masculine, qui se renvoient la politesse non sans ironie. On pourrait aussi évoquer les montagnes russes du génial Suspended Emptiness à la basse craquelée, la machine à broyer des nuques Reality Filter alimentée en intraveineuse par un beatdown de première division, d’où quelques notes claires de six-cordes parviennent finalement à émerger, ou bien l’enchevêtrement instrumental euphorique de Owed Zero. Mais on s’attardera sur Bare Bones On A Blue Sky plus long que les autres, terminant les hostilités dans un bain de sang et d’os brisés suspendu, nos corps à la merci des coups, frappés par des forces invisibles et sournoises, pour finir étalés face contre bitume, laissés pour mort.

Troisième branlée en long format Eternal Forward Motion expose un contenu qui nous balade sans temps mort entre violence hardcore exacerbée, pulsations metalcore rondement menées et sensibilité screamo ébouriffante, modelé par une écriture irréprochable qui rend accro presque instantanément. Les Anglais définitivement Employé.e.s pour servir le bien commun de nos oreilles gourmandes, qui en redemandent.

Eternal Bandcamp Motion.

A écouter : facilement.