Biographie

Emiliana Torrini

C'est peut-être son origine improbable (fille d'un père italien et d'une mère islandaise) qui pique la curiosité à l'écoute d'Emiliana Torrini. C'est peut-être, aussi, grâce à cette façon simple qu'elle a de composer, à mi-chemin entre balades folk nues et arrangements electro - que d'aucuns assimileraient rapidement à des réminiscences trip-hop. Sans oublier Kylie Minogue, avec laquelle elle coécrit "Slow" en 2003.
En peu d'albums (+ quelques productions réservées au territoire islandais et des apparitions dans des groupes locaux) et avec une reconnaissance limitée et tardive (2008, Me And Armini ou, non, "Gollum's Song" pour Le Seigneur des Anneaux : Les Deux Tours en 2002), Emiliana Torrini mène son bonhomme de chemin à sa manière, dédaignant les modes pour prendre son temps. Si Fisherman's Woman (2005) était le fruit d'une seule conscience, elle a su s'entourer de musiciens de qualité pour produire ses disques, dont le dernier en date, Tookah (2013).

Chronique

14.5 / 20
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Tookah ( 2013 )

Il aura fallu 5 ans après Me And Armini pour que Emiliana Torrini sorte de son silence. Présumons : mise en lumière, détachement, introspection, remise en question, recherche de soi, quête d'autre chose. Le résultat : Tookah, une étape supplémentaire dans la discographie de l'Islandaise et un affinement indéniable de son travail de songwriter.

Pas de surprise à l'écoute de cet album, mais un soulagement : Emiliana Torrini s'attache aux choses élémentaires. Reste fidèle à des compositions simples, comme toujours, aux arrangements dénudés. Pas de folie, une empreinte sage dans le sillon de précédentes sorties que l'on écoute encore avec plaisir. "Caterpillar", "Autumn Son" - brrr, écoutez cette gemme de mélancolie - ne dépareillent à côté des mélodies folk de Fisherman's Woman (2005). De doux rêves aux ambiances paisibles, à mi-chemin entre l'amertume et la plénitude. Si le fond de l'air est doux, assurément, caresse l'auditeur, on songe en frissonnant que la fragilité point ici et là ("Blood Red"), inévitable presque nécessaire. Elle n'est cependant plus une fatalité, si elle l'a jamais été. Il y a dans ce disque des rayons de lumière, de la "joie" presque, si l'on cherche bien. Il faut cependant jouer avec les émotions. Le contraste entre la solitude dénudée des machines de "Elisabet" et l'électronique revendicateur de "Animal Games", qui amorce la seconde partie du disque, reflète cette âme volontaire en constante évolution.

Emiliana Torrini poursuit ainsi sa mue en réinterprétant ses fondamentaux à manière. De facéties électroniques, poussées par le dansant "Jungle Drum" sur Me And Armini, en envolées synthétiques (dont "Speed of Dark", ode aux années 80, et "Animal Games" en sont les expressions les plus évidentes), se ressentent ostensiblement sur Tookah les envies de légèreté, de liberté. Moins introspectifs, ces morceaux cassent le gris, signe d'une nouvelle dynamique. La pochette elle-même est un jeu de coloriage. A la clôture, "When Fever Breaks" ne ressemble à rien d'entendu chez elle, jam bâti de sonorités expérimentales et de beats tribaux, sept minutes durant. Un morceau, dit-elle, enregistré comme il a été improvisé, sans retouche. Le point de départ de l'album.

On veut bien la croire, tant Tookah respire la sincérité, a le goût du fait maison, du bric et du broc peaufiné à la main pour en extraire l'émotion. Le vent du renouveau souffle, sans emporter totalement les arpèges laissés en arrière. C'est un disque généreux, écrit simplement, qui va a l'essentiel tout en laissant la place pour y revenir. Dans son propos, jamais brusque, souvent suggéré, Emiliana Torrini a la délicatesse d'en faire juste assez pour donner envie de passer quelques temps encore en sa compagnie.   

A écouter : "Autumn Song", "Elisabet", "When Fever Breaks"