Biographie

Elizabeth Colour Wheel

C'est en 2014, dans un lycée de la banlieue de Boston que cinq jeunes étudiants forment Elizabeth Colour Wheel. Autour de Lane Shi (vocaux), deux guitares souvent saturées (Emmett Palaima et Alice Jackson), une basse "sludgy" (Billy Cunningham) et une batterie agressive (Connor Devito). Le groupe joue un Noise Rock teinté d'expérimentations en tous genres (Post Black Metal, Harsh Noise, Drone, Doom, Punk...)Après avoir autoproduit deux ep et trois singles, Elizabeth Colour Wheel tourne, entre autres, avec Planning For Burial et Have A Nice Life et se voit offrir un contrat par The Flenser. Nocebo, premier LP du groupe, sort mi-mars 2019.

Chronique

16.5 / 20
1 commentaire (17.5/20).

Nocebo ( 2019 )

Ça fait un bail qu'on l'attendait ce premier album des bostoniens d'Elizabeth Colour Wheel. Trois singles, deux EP's et quelques titres repiqués des uns vers les autres avaient suffit pour nourrir la plus fébrile curiosité et la plus douloureuse impatience parmi les fans de la première heure. Si le quintet a emprunté son nom à un énigmatique titre du mythique album In the presence of nothing (1992) du groupe shoegaze - indie Lilys, il en a également happé au passage l'inspiration sauvage. Mais vingt-cinq années ont passé depuis cet album et Elizabeth Colour Wheel est tout sauf le rejeton démodé ; tout sauf une bande de jeunes sous tutelle. Le groupe a intégré, digéré même une génération d'indie rock, en a élargi les intersections, y a collé quelques brillantes intuitions « post tout » et réussit avec Nocebo le pari de l'album original mais référencé ; audacieux mais sous influence.

Un premier LP qui propose huit titres qui ne veulent pas se reposer sous la couette confortable d'une composition classique cadencée par un rythme convenu. Pink Palm, Head Home ou 34th offrent des changements rythmiques qui opèrent comme de véritables explosions sonores ; sans prévenir, les deux guitares jusqu'alors grasses et répétitives, pleines de cette morgue que laisse quelquefois dégouliner le shoegaze, accélèrent et haussent le ton, vers un style musical différent. La basse, traînante, à la limite du décrochage sludgy, commence à vrombir pour suivre les drums qui, subitement viennent de passer en mode « blast ». C'est ça, Nocebo. Cette manière de commencer un titre à la façon de Bat For Lashes (ou presque) et de le terminer comme Nails. Des ruptures rythmiques inouïes, qui donnent le vertige (Hide Behind (Emmett's song)) et laissent l'auditeur croire qu'il a compris la recette. Que nenni ! Car Nocebo, c'est aussi cette faculté d'oser les « intermèdes » (Somnambulist et Bedrest) carrément noise-expérimental, qui nous feront immanquablement penser à Planning For Burial, génialissime projet de Thom Wasluck avec lequel Elizabeth Colour Wheel partage fréquemment l'affiche sur la côte est américaine. On était resté sur le cul à l'écoute des 17 minutes presque harsh noise de Pomsky, sur Queen Tired, dernier ep du groupe sorti en 2018. Ils n'ont pas remis ça, malheureusement, ou pas, mais démontrent une aisance dans la gestion des « bruits musicaux » qui promet le meilleur pour la suite. Alors cette fois ça y est, on a pigé. On sait ce qui nous attend sur le prochain titre ! Bein non, évidemment... Car Nocebo, c'est encore, et peut-être avant tout les vocaux de Lane Shi. La chanteuse maîtrise toute la gamme ; ose tous les dérapages et toutes les contradictions. Sur 23, reprise musclée d'un titre apparaissant sur leur premier ep en 2015, elle rend hommage au grunge des nineties, bavant sa désinvolture avec une classe épaisse et raclant ses regrets avec une fausse lenteur désenchantée. Sans préavis, elle hurle sur Hide Behind (vers 4'35'') et nous rappelle furieusement le même cri, sur cette reprise de The Horrorist par Cowards (sur Still, fin 2016). Elle pose de légers caprices presque enfantins sur la première partie de Life of a Flower, n'ignore aucun des codes vocaux du noise-rock (Pink palm) et maîtrise toutes les textures... Lane Shi dispose des arguments musicaux de Meredith Monk, de la folie d'Irène Papas et du terrain de jeu de Caro Tanghe (Oathbreaker). C'est peu de dire qu'elle en profite à merveille sur ce LP !

Un premier album parfait, qui se livre par morceaux et qui recèle de pépites dissimulées ça et là, pour plus tard. Un album jubilatoire qui figure le noise-rock d'aujourd'hui vu par un groupe si jeune et qui semble pourtant être déjà revenu de tout...

Magistral !

Elizabeth Colour Wheel

Style : Noise Rock expérimental
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Origine : USA
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