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Biographie

Eels

Line-up :
E : voix, guitare, piano etc.
Butch : batterie.
Kool G Murder : basse.
Et de nombreux guests.

Pour tous ceux qui connaissent le groupe, Eels c'est avant tout la personnalité attachante et extrêmement créative de Mark Oliver Everett, plus connu sous le nom de E. Fils d'un colonel de l'armée américaine, petit-fils d'un docteur en physique quantique, il s'intéresse pourtant à la musique dès l'âge de 6 ans. Batterie, puis piano et guitare deviennent rapidement son lot, si bien que le jeune homme compose et écrit des chansons de façon très assidue alors qu'il n'a pas 20 ans. A 24, il quitte l'ennuyeuse Virginie pour Los Angeles. Là, il vit de petits boulots jusqu'à ce que, ses compositions gagnant en qualité, on le remarque. En 1991, il enregistre chez Polydor son premier album solo, A Man Called E, et ouvre même pour Tori Amos sur la première tournée américaine de la chanteuse. Le second album de E, Broken Toy Shop, paraît en 1993.

Lassé des difficultés logistiques issues du travail solitaire et de son nom d'artiste bien trop court, il opte pour Eels et se fait accompagner de musiciens pour jouer les chansons de Beautiful Freak sorti chez Dreamworks Records en 1996. Le single "Novocaïne For The Soul" remporte un franc succès et demeure à ce jour le titre le plus connu du grand public. Malheureusement, E connaît en même temps que le succès de terribles épreuves. A 19 ans, il a déjà perdu son père, puis en 1996 sa soeur se suicide. En 1998, sa mère décède d'un cancer en phase terminale. Dans cette tragédie qui le prive de toute sa famille, E trouve la force de composer Electro-Shock Blues, un album poignant acclamé par la critique, dont les thèmes douloureux sont transformés en sources d'espoir par le talent de songwriter de E. On trouve quelques fameux guests sur l'album, Mike Simpson des Dust Brothers (BO de Fight Club), Jon Brion, compositeur, mais aussi producteur (Fiona Apple), ou encore Grant Lee Phillips de Grant Lee Buffalo... Peu de temps après la sortie de ce second album, E achève la composition de son successeur Daisies Of The Galaxy. C'est un nouveau succès critique et public notamment avec la chanson cachée "Mr E's Beautiful Blues" sortie en single. Par la suite, le groupe se lance en 2000 dans une tournée exceptionnelle, The Eels Orchestra Tour, avec ses 6 membres multi-instrumentistes. E tourne également en solo avec Fiona Apple durant l'été. En décembre sort Oh What A Beautiful Morning, un album live qui rend compte de ces tournées.
En 2001, c'est un album fantasque qui montre toute l'étendue de l'imagination de E. Souljacker tire son nom d'un tueur en série surnommé ainsi en Californie et rassemble des chansons dont certaines étaient déjà à l'ébauche en 1998. L'album ne sort aux Etats-Unis qu'en mars 2002 et non en septembre comme ailleurs, l'allure de E sur la pochette, cheveux courts et longue barbe, rappelant par trop celle des terroristes responsables des attentats du World Trade Center (sic). Le disque bénéficie à nouveau d'un excellent accueil critique, amplement mérité, grâce à des chansons fourmillant d'idées. Son successeur Shootenanny, dans les bacs en 2003, reste un bon disque, mais inférieur, dont il est bon de noter qu'il a été enregistré en dix jours pendant la tournée du groupe en 2002.


Au fil des ans, Eels et E ne chôment jamais, donnant un titre ou deux à des films (The End Of Violence, Le Grinch, Shrek, Shrek 2, Levity) et parfois même une bande originale complète (Levity). On note aussi une discographie qui s'enrichit de faces B et de plusieurs live. Enfin, on sait aujourd'hui que la composition du dernier effort du groupe, sorti en 2005, Blinking Lights And Other Revelations a débuté avant même la sortie du précédent disque. Le disque sort chez Vagrant Records, le groupe ayant souhaité revenir à un label indépendant après le rachat de Dreamworks Records par Universal. Ce double album de 33 chansons est aussi brillant que modeste. Pas de pensum ici, mais l'oeuvre d'un artiste généreux qui y reçoit quelques amis comme Tom Waits ou Peter Buck (REM) déjà présent sur Daisies Of The Galaxy.

Chronique

14 / 20
2 commentaires (15.5/20).

End Times ( 2010 )

Moins d'un an après la sortie d'un Hombre Lobo plutôt réussi, Marc Everett revient sobrement pour annoncer sa fin des temps. Telle qu'il la voit, telle qu'il la ressent. Composé uniquement de ballades écrites au coin du feu, End Times perpétue la tradition éculée de ses songwriters esseulés, guitare à la main, verre au pied, qui jettent, désabusés, un dernier regard sur leur existence. Des fantômes planent sur cet album. On pense Nick Drake, on pense Elliot Smith, tous deux enfermés, jetant sur une partition leur mélancolie et enregistrant dans l'urgence de l'instant.

Des fantômes planent sur cet album, mais pas seulement ceux d'artistes à célébrer. Everett n'a certainement pas eu une vie facile non plus, qui a perdu ses proches et a noyé son chagrin dans la musique (écouter pour cela le magnifique Electro-Shock Blues, 1998). La part d'autobiographie, dans End Times, se devine plus qu'elle ne se dévoile. En filigrane, c'est l'Artiste qui se raconte et se met en scène. Et si ses personnages sont tous inventés, alors tant pis : chacun pourra alors entamer son processus d'identification.
Cet album sonne comme le glas, une sorte de testament honnête et, finalement, distant comme si une sage résignation avait pris le dessus. Brièvement, on osera le parallèle avec Vic Chesnutt, décédé fin 2009. Les deux guitaristes ont sans cesse ironisé musicalement sur les turpitudes de leur vie. Voilà une chose qu'on ne pourra pas leur enlever. Il suffit de jeter un oeil aux paroles pour s'apercevoir que derrière le drama qu'ils cachent, ils ne sont finalement que des collages amusés qui se départissent de leur pompeux.

End Times débute sur une ballade touchante de naïveté, "The Beginning", l'époque où le couple est encore naissant et lié par un amour aveugle. Le ton tranche avec ce qui suit. La rupture est effective, la suite n'est plus qu'un long effondrement où l'artiste se replie sur soi ("High And Lonesome"). Le cocon de son foyer reste alors le seul endroit stable et chaleureux tandis que la nuit se précipite au-dehors ("End Times"). En composant autant de ballades électriques que de regards jetés derrière lui, E s'isole et fait ressortir, sans honte, ses besoins les plus primaires. Devant son désir de s'éloigner des autres, il crie pourtant son besoin d'être protégé par sa mère ("I Need A Mother"), afin qu'elle lui rende la légèreté qu'il a perdue.

Loin de l'aspect romantique de l'artiste au bord du gouffre, survivant d'un monde en ruines, Eels fait penser à ce vieil idole un peu grunge qui a fait la paix avec soi-même et attend, patiemment, son heure. Aucun mot, aucune note plus hauts que l'autre. End Times est à la fois rassurant et inquiétant, sans intensité dramatique. A dire vrai, ce disque sonne de manière étrange alors qu'on pensait Everett reparti sur les routes tel un ermite freaky. S'il s'autorise, à une ou deux reprises, la compagnie d'autres instruments, comme en décalage avec son propos, Everett s'en remet à la résonnance d'une seule guitare électrique, sans arrangements, pour accompagner sa voix rauque et monotone. C'est dans ce dénuement qu'il se révèle totalement et c'est peut-être comme ça qu'on le préfère.

A écouter : In My Younger Days - End Times - I Need A Mother - Unhinged