Biographie

East Rodeo

Allant vers son troisième album, prévu pour début 2011 en Croatie et dans l'année dans nos contrées, East Rodeo a développé sa propre esthétique et interprétation du noise-rock, sorte d'hybridation entre l'agonie d'un Sonic Youth et les expérimentations mathématiques les plus folles du Tortoise des années 90, le tout avec un naturel rare et une poésie intense. Et même si son deuxième album, Dear Violence, explorait à juste titre les possibilités de violents spasmes artistiques, le visage de la musique des croates retourne en 2011 avec Morning Cluster vers une douceur capable des pires beautés mélodiques et enchevêtrements rythmiques.
 
Fer de lance de la musique expérimentale des balkans, East Rodeo bénéficiera bientôt d'une diffusion plus large et aura toute la reconnaissance qu'il mérite.

Chronique

Dear Violence ( 2009 )

East Rodeo est des trésors qui grandissent depuis plus de 10 années à l’autre bout de l’Europe, évoluant loin d’un microcosme de l’Ouest trop occupé à se regarder le nombril pour penser que seuls les Etats-Unis d’Amérique font mieux, et que plus on s’éloigne de l’Angleterre moins l’art est porteur, à moins qu’il tape dans le folklore baveux. Dear Violence, deuxième album de la formation est de ces merveilles qui, si elles étaient apparues ailleurs, en d’autres temps, à d’autres gens, auraient probablement connu une glorieuse destinée, tant par sa qualité que sa personnalité fine et gaillarde. Ce qui fait la force de ce groupe italo-croate, c’est justement son éloignement, traduit par une réutilisation des codes donnés par l’ensemble des scènes indépendantes et alternatives citées, sans être emprisonné dans un mimétisme agaçant et assassin.

Fruit d’expériences variées, de croisements à d’autres arts glanés depuis de nombreuses années, de rencontres avec des très grands, Dear Violence est la traduction de ce que le quatuor a pensé et muri depuis tout ce temps, sa vision de la violence mise en musique, chérie et admirée, proposée autrement que gratuitement et de manière barbare. East Rodeo fait de la musique cultivée, et par un tour de force finaud, s’adresse à tout le monde, esthètes, naïfs, curieux et intellectuels, qui trouveront tous leur compte dans cette déclaration d’amour à la violence suffisamment pernicieuse pour être bien loin d’une décharge bruyante de musique artificiellement compliquée et démonstrative. Dear Violence regorge de musique du cœur, du travail acharné menant au résultat naturel et coulant. Autour de sa thématique largement casse-gueule, le groupe mené par les deux frères Sinkauz a cette accroche précise et granuleuse de la composition percutante et imparable dans son inaccessibilité, celle que seul un Massive Attack peut donner au détour d’une ligne de basse dodue, de textures sonores prenantes et variées, d’une rythmique tordue mais facile sublimée par la mélodie, comme un Botch apaisé explorant la belle mort de Sonic Youth, s’il doit y en avoir une un jour, celle de la beauté à travers l’intensité que seul un Deftones arrive à atteindre aussi facilement. Les compositions de Dear Violence sont toutes des pépites variées, palpitantes et se fraient un chemin entre post-rock, rush aléatoires et improvisés, noise rock mathématisé et ambiant dopé à de nombreux timbres, en gardant toujours une touche arty et inventive qui donne la réelle âme à East Rodeo. En clair, le groupe a travaillé son identité et a trouvé là une recette suffisamment en marge des standards bien trop étrennés d’un soit disant rock alternatif codé à n’en plus finir, jouant sur les contrastes, trouvailles ambitieuses et couleurs sonores. A chaque élément élitiste et hermétique utilisé, un autre beaucoup plus aisé est accolé afin de rendre l’ensemble sublime. Les chants en croate et italien, auxquels peu de gens sont habitués et aux sonorités étranges (voir repoussantes) semblent ici d’une musicalité incroyable, jouant des rythmes et des notes pour nous prouver comme s’il en avait toujours été que ce sont les langues les plus légitimes qui soient au travers de la violence explorée.

Dear Violence est une aventure non violente au travers de la violence, vivant les plans abrasifs et les sublimant avec cœur et esthétisme. Sorti sans impératif, en dehors d’un environnement trop chargé, il est probablement parmi les meilleurs disques de noise rock expérimental qui ait vu le jour ces dernières années. Il l’a juste fait discrètement, hors des réseaux et communautés qui arrivent habituellement à nous, et pourtant l’expérience scénique et artistique de la formation croate est à faire pâlir bon nombre des groupes de noise rock qui écument nos routes. Et la leur s’attardera probablement bientôt par ici.

A écouter : pour redécouvrir le genre.
East Rodeo

Style : Noise rock arty
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Origine : Croatie
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