Biographie

Dustin Kensrue

Il n’est pas rare que le frontman d’un groupe, au bout de quelques années de vie en collectivité, mette sur pieds un side project afin d’épancher ses états d’âme. Après avoir repris quelques titres de son groupe Thrice en version acoustique lors de certains concerts du combo ("Stare At The Sun", "In Years To Come"), Dustin Kensrue, animé par ces envies personnelles, décide vers 2003 de pousser un peu plus le processus en prenant le nom de Ursus Veritas ( ursus signifiant en latin ours et veritas, vérité) et part en tournée, seul, pour retrouver l’essence des concerts à taille humaine. New York, L.A., Philadelphia, San Diego accueillent ainsi l’artiste. Les salles sont à chaque fois combles. Dustin enregistre alors un 7 titres non officiel nommé Dustin Acoustic Cession qui ne tarde pas à circuler sur le net. Emballé par le potentiel du californien, le label Equal Vision Records produit son album, alors même que Dustin est en contrat avec Island de par Thrice (ce qui alimente les rumeurs de changement de maison de disque) et sort le 23 Janvier 2007 Please Come Home. L’enregistrement et le mixage seront cependant fait en comité réduit, avec le seul Teppei Teranishi (guitariste de Thrice) et au domicile de ce dernier. Pour l’occasion, le songwriter décide de cesser l’appellation d’Ursus Veritas et opte sobrement pour son seul nom.

Chronique

Please Come Home ( 2007 )

Assis sur le bord des routes, l’âme grise, la guitare dans le dos, composant sur des feuillets froissés quelques complaintes esseulées, Dustin Kensrue (chanteur de Thrice), après Nikola Sarcevic, Dallas Green et Greg Raffin, reprend à son tour la tradition du songwriting américain.

Les cris de rage et les riffs métalliques laissés à la case Thrice, Dustin, dont les compositions intimistes fleurissaient depuis quelques temps déjà, joue dans le dépouillement le plus complet, pour retourner à l’essentiel : heart’s music. Né et élevé dans la communauté d’Orange County en Californie, encore aujourd’hui résidant, Dustin présente en 8 titres un album tiré de la terre de ses ancêtres, à la croisée des genres folk, blues et country. Le timbre mêlé aux flammes des feux de camp, la guitare sans artifice et l’harmonica en rappel ("I Knew You Before", "Pistol"), Please Come Home dessine en filigrane les visages de Bob Dylan, Lou Reed ou Ryan Adams.

Parfois acheminé par quelques chevauchées de batterie, mais majoritairement acoustique, l’effort vaut principalement pour son aspect sans fard et vibrant d’émotion. Constellés de paroles d’un des personnages les plus doués de la scène pour la question, les meilleurs titres gardent encore l’humidité d’une écriture née des larmes (« Pistol », « Please Come Home ») et les frissons pour l’auditeur sont légions.

Le cœur à nu, la sève visible, le songwriter rend hommage à ses racines les plus profondes :
"Blood&Wine" pour Johnny Cash, Simon and Garfunkel pour "Please Come Home". On écoute en humant la poussière des chemins menant vers le Colorado, au cœur des grands canyons, quand la musique des saloons ("Consider The Ravens") accompagne le soleil couchant. Ce panorama musical très axé sur la culture ouest américain pourra à ce titre rendre l’écoute difficile pour certaines oreilles n’ayant pas été bercées par ce folklore.

Sincère, riche d’un background de légendes, profondément ancré dans la tradition de sa région, Dustin Kensrue parvient à faire entendre sa seconde nature, une fois sortie de Thrice. Dans un genre qui reste toutefois classique du fait des nombreuses références, Please Come Home plaira avant tout à ceux qu’un air d’harmonica ne dérange pas, pour accompagner quelques murmures solitaires.

En écoute sur myspace.

A écouter : "I Knew You Before", "Pistol", "Please Come Home" et "Weary Saints"