Albums du moment
Pochette Spotted Horse
Pochette Full Upon Her Burning Lips
Pochette Our Voices Will Soar Forever Pochette Back In Business

Biographie

Do Make Say Think

4 verbes en guise de décoration d'une salle d'école maternelle. Do. Make. Say. Think. Ainsi né DMST au Canada, au milieu des années 90. Souvent considéré comme l'un des fers de lance de la mouvance Post-rock, le groupe sort son premier album, éponyme, en 1997 sur le fameux label canadien Constellation. Depuis, le groupe égrenne ses sorties à un rythme régulier, agrémentant sa musique de cuivres (trompette, saxophone) ou d'éléments électroniques et tourne dans le monde entier, notamment aux côtés de ses compatriotes de Broken Social Scene. Leur dernier album en date (le sixième), Other Truths, est sorti en 2009.

 

La même année, Ohad Benchetrit (guitariste, bassiste et saxophoniste) sort un album solo chez Arts&Crafts, sous le pseudonyme de Years.

Chronique

13.5 / 20
2 commentaires (14.25/20).
logo amazon

The Other Truths ( 2009 )

Les vétérans ont-ils encore quelque chose à prouver de nos jours dans le genre communément appelé Post-rock? Do Make Say Think fait partie de cette Constellation canadienne qui, au milieu des années 90, a décidé de s'affranchir des règles rock disons classiques, en cassant leur durée au-delà des standards radiophoniques, en ajoutant aux instruments classiques des sonorités plus ou moins exotiques (clavier, cuivres, sons orientaux). Les Canadiens font aussi partie, à la fin des années 2000, de ces groupes qui reviennent poser un pied au milieu d'un schéma musical qu'ils ont contribué à créer et à populariser.

Un tel retour (même si DMST n'a jamais réellement été absent de la scène- deux ans seulement s'écoulent entre The Other Truths et son prédécesseur) peut se faire de plusieurs manières. A la façon des Ecossais de Mogwai, poursuivant leur petit bonhomme de chemin pour peu innover, quitte à sortir des albums mitigés dans leurs effets (The Hawk Is Howling (2008) n'était pas une franche réussite) ou bien, façon Tortoise, en se posant une marche au-dessus du reste, variant ses approches, mixant des influences diverses (rock, electro, jazz) pour un résultat surprenant et rafraichissant, même après tant d'années (Beacons of Ancestorship, sorti cette année, est peut-être l'un des meilleurs disques du groupe). La question se pose, surtout après le décevant You, You're History in A Rust (2007). Et c'est ici que DMST fait parler son expérience. Back. To. Basics. Do. Make. Say. Think. 4 morceaux, au nom du groupe, qui opère ici un retour en arrière surprise, dans une sorte de Post-rock atemporel.

Un choix inattendu, presque rajeunissant, à l'heure où la surenchère fait rage pour savoir qui diversifiera et personnalisera le plus sa musique. On se croirait définitivement revenu à la fin des années 90 où le schéma montée / explosion / descente connaissait ses premiers émois admiratifs publics. The Other Truths n'est rien d'autre qu'un album sorti de cette période au nom, à la musique impersonnelle. Qu'on ne se méprenne pas sur ce sens: Do Make Say Think a inscrit ses lettres de noblesse dans le genre et maîtrise parfaitement l'enchainement des mesures et l'évolution de ses structures. Ce dernier album en date respire l'élégance d'un savoir-faire épuré dont la musicalité se réduit à sa simple expression (Do). La discrétion des cuivres, en support et utilisés avec parcimonie (sur le crescendo final de Make alors que geignent les guitares), témoigne d'un talent qu'il n'est plus besoin de commenter. Comme un film à la trame éculée mais réécrite avec ses propres notes et qui jouerait parfaitement avec les sentiments d'un spectateur volontaire en manipulant ses émotions. Le même effet se fait sentir à la fin de Think: The Other Truths se laisse écouter, sans lassitude, sans imprévu non plus. On a frissoné où l'on devait, on s'est laissés bercer quand c'était programmé.

Le jeu est pourtant plus dangereux qu'il n'y paraît. Au travers de ses quatre compositions, DMST réaffirme son ancrage dans un cadre bien précis. C'est là où le bât blesse au cours des écoutes répétées: Do, Make, Say et Think ne sont que les quatre composantes d'un schéma inamovible, que le groupe lui-même ne semble pas vouloir dépasser. Et la structure montée (batterie puis guitare douce puis basse), explosions (cuivres, distorsion, riffs appuyés), descente (plages ambiantes), durant 11 minutes en moyenne, finit par confiner à l'absurde, ne disant plus rien, annihilant pratiquement le propos de départ: Do Make Say Think veut prouver qu'ils n'ont plus rien à prouver. Prises séparément, on le répète, les pistes sont pourtant intéressantes dans leur développement- lignes de guitares inventives, batterie parfaitement calée. En ça, DMST rend caduque une partie de la production actuelle sans se forcer. Le retour aux sources des Canadiens était donc sans doute indispensable, et bienfaisant par la même occasion (pour le groupe, son public) mais, sans donner l'impression de progresser quelque part, le tout semble se mordre un peu la queue.

A écouter : Sparment