Biographie

Détroit

Detroit voit le jour en 2011, à la suite de l'implosion définitive de Noir Désir provoquée quelques mois plus tôt par le départ de Serge Teyssot-Gay.
Premier véritable projet musical mené à terme par un Bertrand Cantat plus habitué des collaborations ponctuelles (EiffelBrigitte Fontaine...) depuis sa libération conditionnelle en Octobre 2007 c'est conjointement avec Pascal Humbert (Passion Fodder, 16 Horsepower, Wovenhand...) qu'est composé Horizons.

Le premier album du duo voit le jour au bout de deux ans, en Novembre 2013. Bien qu'au centre de polémiques ce retour est accompagné d'un accueil public et critique favorable. Detroit se lance part la suite dans une longue tournée d'Avril à Décembre 2014.

Chronique

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6 commentaires (14.25/20).
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Horizons ( 2013 )

Horizons est indissociable de son contexte. Qu'on le veuille ou non il est encore à l'heure actuelle et restera probablement un disque qui divise. Non pas pour son contenu mais avant tout en raison du contexte de sa sortie: celui du retour aux affaires d'un de ses co-auteurs, jadis héros devenu semi-paria aux yeux d'un pays qui l'avait porté aux nues.

L'évocation d'Horizons ne doit cependant pas être une excuse pour refaire un procès déjà réécrit mille fois de trop, au risque de condamner d'office un travail qui, bien que réalisé à quatre mains, pouvait autant s'avérer salutaire pour un homme dont la vie entière avait jusqu'alors tourné autour de la musique qu'intéressant. N'en déplaise aux médiocres prompts à fustiger le retour relatif à la lumière - dont ils se firent les premiers acteurs - d'un nom qu'ils auraient voulu repousser à jamais dans la pénombre, Detroit avait le droit et pouvait encore avoir des choses à dire. Collaborateurs de longue date, agitateurs insatiables de l'indé contemporain depuis trois décennies, Cantat et Humbert, tous deux chantres, d'un coté, du Rock fiévreux actif et activiste et, de l'autre, d'une Folk crépusculaire christique, ont déjà vu leurs routes se croiser - au cours des années 90 notamment. Au regard du résultat obtenu alors oublier le parfum du scandale l'espace de 50 minutes est peut être l'attitude la plus inspirée.

Ce constat fait, Horizons s'appréciera néanmoins comme une nuit hivernale soudainement déchirée par une lune blafarde. Fascinante, froide, lugubre et irréelle mais O combien plus appréciable que les abysses l'ayant précédée. Autrefois prompt à l'embrasement Cantat s'était progressivement révélé sur un registre plus subtil, plus rentré mais pas moins écorché qui avait accompagné la mue de Noir Désir de jeune groupe révolté aux accents poétiques vers l'éclectisme électrique, la maturité et l'intemporalité à mesure que la scène alternative remisait, elle, bien docilement ses dernières velléités électriques avec ses guitares. Aussi les premières certitudes d'Horizons viendront elles de ce coté. "Ma Muse": L'enfer aura beau eu se déchaîner, les traits se creuser, les inspirations et aspirations de l'entité artistique Cantat, dix ans après, perdurent. Chaque écoute, effectuée entre stupeur et soulagement, ne fera d'ailleurs que le confirmer.

Horizons signe donc bien le retour de l'univers rugueux, sombre et entier d'un artiste curieux à la plume acérée, sobrement mais superbement épaulé par Pascal Humbert dans un travail introspectif et sans apitoiement. Les éclosions sonores subtiles ("Horizon", mise à nu désarmante où la voix de Cantat est retenue comme rarement) qui sont ici de nouveau préférées aux explosions enfiévrées de jadis, succèdent aux frémissements des premiers instants ("Glimmer in your Eyes", "Terre Brulée") tandis que les expérimentations plus brutes ("Sonic 5", "Sa Majesté") viennent équilibrer en bout de disque une oeuvre que l'on devine très, très réfléchie. Le point d'orgue de cette renaissance aurait aisément pu être cette cavalcade Rock 90's libératrice aux accents familiers ("Dans le Creux de ta Main") mais l'oeuvre de Cantat et Humbert s'épanouit finalement bien plus dans sa diversité et sa densité qu'en essayant de se vendre pour ce qu'elle n'est pas: une excroissance poussée sur le flanc d'un groupe auquel nous avons définitivement dit adieu. Entre foisonnement musical délicat et évocations sans fards, Horizons brille de son propre éclat. Brûle même.
A tant évoquer l'incandescence et le refus du renoncement, le duo finit par logiquement convoquer de nouveau un de ses héros - Ferré - à sa table ("Avec le temps"). Le titre choisi, éclairé à la lumière de l'histoire personnelle de son interprète et du disque dans lequel il s'intègre est évidemment tout sauf une coïncidence. Pas après "Ange de désolation" ou ce morceau titre, froidement autobiographiques. Sur ces titres clés comme sur l'ensemble d'Horizons, pour en sortir malgré tout par le haut Detroit s'interdit simplicité et auto-complaisance tout comme se tient éloigné de la tentation de la redite. Et y parvient.

Les mois, tout comme les polémiques ont passé depuis la sortie d'Horizons. Les adeptes, nouveaux comme anciens, nombreux à en croire les ventes et la tournée ayant suivi, seront probablement passé outre tandis que d'autres n'en auront pas eu la force, ou même la volonté. Dans un cas comme dans l'autre, chacun avait ses raisons et, depuis, Detroit n'aura pas déçu les attentes placées en lui. Bon retour parmi nous.

Détroit

Style : Alternative Rock
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Origine : France
Site Officiel : detroit-music.com
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