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Biographie

Destrage

Destrage se forme à Milan en 2002 mais il faudra attendre sept ans pour que Urban Being voie le jour. Un an plus tard, le quintet revient avec The King Is Fat'n'Old, qui commence à faire parler d'eux. Leur registre Mathcore Progressif a la particularité d'être complètement désaxé et loufoque (checkez le clip de Jade's Place pour vous convaincre que ces mecs là sont plusieurs dans leurs têtes), proche parfois de Protest The Hero ou de Twelve Foot Ninja par exemple. Mais l'ensemble reste très bien ficelé, Destrage prend son côté WTF très au sérieux. Dans le même lignée, les Italiens sortent Are You Kidding Me ? No. en 2014 puis A Means To No End en 2016.

Chronique

The Chosen One ( 2019 )

Après avoir dévoilé un artwork vraiment particulier (pour ne pas dire "moche") puis un premier single éponyme ne mettant pas du tout en avant l'aspect décalé (pour ne pas dire "débile") du groupe, on pouvait légitimement avoir de vagues doutes (pour ne pas dire "franchement craindre") quant à la livraison 2019 des Italiens. Qu'en est-il réellement ?

Si on n'ira pas plus loin dans le jugement sur la pochette, en termes musicaux en revanche, Destrage met effectivement en avant sa facette la plus sage. On connaissait déjà leurs titres efficaces et sans fioritures (on pense à l'excellent Don't Stare At The Edge sur l'album précédent), mais une belle proportion des morceaux des précédents opus contrebalançait ça avec de nombreux gags dans les paroles ou dans l'interprétation musicale. Dans The Chosen One, c'est donc moins le cas. Alors oui, il reste le clip WTF de Hey Stranger!, l'entrée en scène chelou de Mr. Bugman, et quelques détails du genre. On ne se refait pas, l'écoute reste fun et distrayante. Mais globalement, le quintet perd un peu de son charme en s'éloignant un peu de la légèreté dont on était coutumiers.
Est-ce un mal pour autant ? Eh bien, pas forcément. The Chosen One est un bon disque dans son registre atypique, toujours oscillant entre Mathcore, Metalcore, et Prog. L'aspect "conventionnel" (et encore) n’entache en rien le feeling, l'énergie, la hargne, le groove, et l'énorme smile dont ont fait preuve les Milanais par le passé.
On retiendra une science du riff très poussée (The Chosen One, Hey Stranger!, Rage My Alibi...), une voix versatile, allant du growl au glapissement aigu de kid-HxC-vénère (The Chosen One, At The Cost Of Pleasure...), et des refrains fédérateurs (Hey Stranger!, About That, Mr. Bugman...), et des passages juste fous de technique et d'arythmie (l'intro de Headache And Crumbs, le riff entre l'intro et le couplet de Rage My Alibi, les couplets de Hey Stranger! ...) comme ingrédients-clés. Tout ça se conjugue parfaitement, formant un ensemble cohérent et qui transpire la bonne humeur. Car si le groupe abandonne une partie de son ton volontairement idiot (et on insiste sur le "une partie", il y a encore de belles traces de ce glorieux et crétin passé), le tout garde un aspect profondément joyeux.

Et au fil des écoutes, on sent rend compte qu'autre chose se cache derrière cet évolution vers le "moins drôle qu'avant". Est-ce juste ça ? Pas vraiment. La vraie transformation est plus subtile et nécessite de faire tourner The Chosen One quelques fois sur la platine. Destrage se transforme, s'étend et s'ouvre vers des paysages encore inconnus, et ne pouvait le faire qu'au prix d'une composition plus sérieuse (et encore une fois, on modère bien le propos hein). Au rang des nouvelles prises de risques, on notera un solo de saxophone bruitiste sur le final de Mr. Bugman (par leur compatriote Luca Mai de Zu), les beats électro de Rage My Alibi (bien qu'on en ait déjà rencontré au détour de Destroy Create Transform Sublimate, sur Are You Kidding Me? No.), ou du clavier jazzy de Fabio Visocchi invité pour le conclusif The Gifted One, qui reprend le thème du titre éponyme qui ouvre l'album. Destrage sort de sa zone de confort à plus d'un niveau, mais le fait de façon subtile, bien emmenée, invisible lors des premières écoutes, créant un disque intéressant et qui se renouvelle. Une réussite au même titre que les précédents opus, mais pour de nouvelles raisons. Et ça c'est très fort.

A écouter : Hey Stranger!