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Biographie

Defeater

Sluts se forme en 2004 à Boston, autour du producteur Jay Maas, connu pour son travail avec notamment Have Heart, Verse, Shipwreck A.D., Carpathian ou Cruel Hand et jouant également dans November 5, 1955. Après de nombreux changements de line-up, le groupe se stabilise en 2008 autour de Derek Archambault (Chant), Maxe Barror (Basse), Gus Pesce (Guitare), Jason Maas (Guitare / Chant) et Andy Reitz (Batterie) et prend le nom de Defeater. Leur premier album, Travels, sort en septembre 2008 via Topshelf Records. Max est remplacé par Mike Poulin à la basse, puis le groupe tourne ensuite avec End Of A Year et signe fin 2008 chez Bridge Nine Records. Le label, en collaboration avec Topshelf Records, réédite l'album en février 2009, permettant ainsi une plus large distribution. Le succès de Travels est énorme et propulse Defeater sur les devants de la scène Hardcore. Le groupe effectue ensuite de nombreux concerts, notamment avec Have Heart, Polar Bear Club, Cruel Hand ou Hostage Calm. Une tournée européenne en compagnie de Comeback Kid a lieu durant l'été. 

Defeater entre au Gateway Recording Studio à la fin de l'été 2009 et enregistre un ep, six titres, sous la direction de Jay Maas. Lost Ground sort en novembre 2009. Le groupe revient en Europe en avril/mai 2010 en compagnie de Dead Swans et More Than Life puis retourne au Gateway Recording Studio dès septembre pour enregistrer son deuxième album, Empty Days&Sleepless Nights qui sort en mars 2011 via Bridge Nine Records. C'est alors Jake Woodruff qui officie à la guitare alors que Gus Pesce passe à la basse. Le batteur Joe Longobardi rejoint également la formation en remplacement d'Andy Reitz et Mike Poulin reprend la basse. Defeater effectue une nouvelle tournée européenne en février/mars 2011 avec Carpathian et s'envole ensuite pour l'Australie et la Nouvelle-Zélande ou il joue avec Miles AwayLetters Home, troisième album du groupe, sort en juillet 2013, toujours chez Bridge Nine Records. 2015 marque à la fois le départ de Jason Maas, faisant de Derek Archambault le dernier membre fondateur encore présent, la signature chez Epitaph et enfin la sortie du quatrième opus : Abandoned.

15 / 20
1 commentaire (16/20).
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Defeater ( 2019 )

Qu’attendre du nouveau Defeater après le départ de Jason Maas ? Qu’espérer dans cette histoire qui nous est contée depuis Travels ? Après quasiment quatre ans (la plus longue pause entre deux sorties du combo), un changement pour différents personnels et créatifs, il était facile d’attendre un disque abouti et affirmant un parti-pris artistique là ou Abandonned se trouvait un peu malmené. Peut être les premiers mots « I Won’t Be Coming Back Home » seront-ils une manière de tourner une page de l’histoire de Defeater ?

En premier lieu, les Américains continuent ce cheminement qui porte une histoire à multiples facettes, et les mains de l’artwork de Michael Winters (qui avait déjà travaillé avec Defeater sur les disques précédents) sont celles que l’on retrouve sur « Desperate » ou « No Guilt ». Fatiguées par la dureté de la vie, elles semblent mener un esprit fatigué vers sa fin (« No Man Born Evil ») lorsque la mélancolie (« Desperate ») n’est pas le maître mot.
S’il poursuit l’aventure amorcée depuis plus de dix ans, cet opus reprend également du poil de la bête : Plus vindicatif dans ses parties instrumentales, le combo reste sur un Hardcore Mélodique qui s’éloigne un peu de titres comme « Divination » ou « Pennance ». De fait, certains passages plus épiques se sont transformés en quelque chose de plus viscéral (« Hourglass » ou « Atheists in Foxholes ») à la manière de Travels. Les quelques instants plus bancals sur Abandoned (« Borrowed and Blue ») sont effacés, au profit de featurings plus classiques (« Atheists in Foxholes ») mais maintenant une certaine intensité.

Ce Defeater m’avait manqué, de part un Abandonned prenant moins aux tripes, mais aussi par un certain jeu de sonorités (« No Man Born Evil ») dont on peut encore espérer encore un dernier effort pour lâcher un nouveau « Cowardice », mais qui ici, se suffit grandement à lui-même.
Finalement, Defeater franchit un nouveau cap malgré le départ de son guitariste. Même s’il reste l’ombre de Travels ou Lost Ground, le groupe surmonte sans difficulté apparente cet écueil et livre donc un album assez intéressant.

14 / 20
4 commentaires (16.25/20).
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Abandoned ( 2015 )

Depuis quelque temps déjà, Defeater a rejoint le club de ceux dont les sorties sont tout autant attendues qu’appréhendées, les plus fatalistes de leurs amateurs redoutant le moment où Aédé aura cessé de les inspirer. C'est naturellement le cas lorsqu’une formation gagne en maturité mais ce sentiment est ici renforcé tant l’œuvre des Américains forme, comme peut-être jamais pour aucun groupe auparavant, un tout unifié par un fil narratif.

La destinée de Defeater semble en effet indissociable de celle, tragique, de cette famille de pauvres hères de l’Amérique post 2nde guerre mondiale. Un père traumatisé par la barbarie des tranchées devenu alcoolique et violent, un cadet parricide qui s’exile, un temps condamné à une vie de hobo, et dont le retour se heurte au désir de vengeance de son ainé. L’un finira écrasé sous les roues d’un train tandis que l’autre se pendra dans l’église autrefois fréquentée par leur pieuse de mère. Tel est le décor dans lequel Defeater évolue depuis 2008.

A l’instar de Lost Ground, tel un spin-off, Abandoned s’éloigne de la famille nucléaire pour s’intéresser à un personnage secondaire : le prêtre de la paroisse familiale, croisé dans Cowardice qui clôturait Travels. Multiplier les points de vue, montrer comment chaque rencontre influença, en bien ou en mal, les protagonistes de ce drame, telle est l’ambition d’Archambault. Mais ici comme à bien d’autres moments, notre cœur balance : Abandoned est-il l’expression d’un génie narratif à l’image, toute proportion gardée, de La Comédie Humaine ou n’est-il pas plutôt la manifestation d’un groupe enfermé dans le concept qui avait fait sa force?

Passage obligé de toute carrière, avec ce 4ème album Defeater nous promettait un retour aux sources et à des sonorités plus Heavy et sombres. Passé l’intro et sa montée en puissance qui pose à merveille l’ambiance, l’entame va effectivement dans ce sens. Les charmes du terrain connu séduisent autant qu'ils rassurent les habitués. Rage, tourment, supplications torturées : chant et instruments sont à l’unisson pour retranscrire les états d’âme du prêtre. La formation enchaîne avec l’aisance naturelle des vétérans qui connaissent leur affaire, la suite December 1943 - Spared In Hell - Divination retenant en particulier l’attention tant elle est un condensé de ce que Defeater sait le mieux faire. La suite immédiate n’en est que plus décevante.

Borrowed&Blue est en effet le tournant du disque. Tout d’abord parce que, à l’image d’un Aunt Lisa sur le dernier Mastodon, le titre est sabordé par le refrain, chanté en voix claire par James Carroll de Make, Do And Mend. Complètement insipide, il est digne de la plus basique des formations de rock FM et embarrasse. Mais au-delà, passé ce moment d’égarement, Abandoned bascule. Les compositions se font plus lentes, le chant n’est plus que lamentation et la distorsion disparait quasiment au profit de nappes apaisées et de Larsen languissants. Le fil rattachant Defeater au Hardcore n’a jamais paru aussi ténu. L’évolution musicale est donc bien là, mais n’est pas celle annoncée. Le changement se fait également ressentir au niveau de l’écriture. Les paroles sont ainsi plus répétitives que par le passé (le gimmick « Forgive me, my father for I am a sinner » est répété à 14 reprises sur 4 titres, « Abandoned » 40 fois…). Manque d'inspiration? Volonté de retranscrire le caractère psalmodié des prières ? Chacun jugera.

Si Abandoned reste de très bonne facture, il est en deçà des productions passées. A l’image de Lost Ground, le format EP eut sans doute été plus approprié, la dernière partie donnant l’impression de trainer en longueur. Comme en écho au mot « unwanted » qui ouvrait et clôturait Travels, l’album se ferme sur un « Abandoned », donnant l’impression de boucler la boucle. On en vient presque à espérer que ce final marque la fin du cycle mais la signature récente chez Epitaph ne semble pas aller dans ce sens. Et puis, n’oublions pas qu’un personnage essentiel n’a toujours pas été abordé : la mère.

A écouter : Contrition, December 1943, Spared in Hell, Divination
16 / 20
6 commentaires (15.42/20).
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Letters Home ( 2013 )

Avouons que peu d'album de hardcore avaient suscité autant de scepticisme et d'appréhension avant sa sortie. D'abord parce qu'il semblait évident que le concept véhiculé par le groupe depuis ses débuts était parvenu à son terme et qu'il était, par ailleurs, difficile d'imaginer une orientation musicale offrant quelques palpitations supplémentaires. En un mot, la capacité de Defeater à se renouveler après Empty Days&Sleepless Nights, paraissait fort peu probable, ce qui était d'autant plus déplaisant à admettre que ce groupe a véritablement marqué et touché beaucoup d'entre nous. Et c'est à l'âpreté de la déception que nous nous apprêtions à faire face à la première écoute de Letters Home.

Effectivement, pas de surprise, Defeater joue du Defeater dans la plus pure des traditions. Une musique désormais on ne peut plus familière et à propos de laquelle il n'y a plus grand chose à ajouter si ce n'est au risque de se répéter. Néanmoins, ce qui peut être retenu ici, est que le hardcore délivré par les bostoniens semble débarrassée de toutes scories et s'épanouir dans une limpidité originelle. Cela peut paraître étrange mais transparaît dans cet album une sorte de maturité harmonieuse et simple. Et il faut reconnaître, au-delà de la pâleur de l'originalité, que les compositions sont toujours aussi efficaces, nerveuses et sensibles, générant une intensité tangible ; que certains titres, certains passages, donnent encore le frisson ("No Shame", "No Relief" avec la participation de George Hirsh de Blacklisted, "No Saviour", "Bled Out" qui conclue magnifiquement la réalisation) de par leur puissance d'évocation, leur justesse de ton et toujours sublimés par l'expressivité d'un Derek Archambault dont la voix écorchée, déchire, transperce et pénètre, suscitant désespoir, douleur, angoisse, rage et amertume. Et la tragédie prend corps, et la violence, et la dislocation d'un homme pris dans la tourmente de la guerre, monstrueusement inhumaine. Et ainsi, contrairement à ce que l'on aurait pu penser, ce nouveau plongeon dans la vie de cette famille écartelée n'a pas l'aigreur surie d'un élément périmé. Centré sur l'histoire du père alcoolique et de sa descente aux enfers durant la deuxième guerre mondiale, ce dernier chapitre ouvre sur une autre thématique tout en respectant la cohérence de l’œuvre entamée et sans aucune redondance.

Ainsi pourra-t-on toujours discuter de l'inspiration de Defeater, de cet enracinement dans son concept, mais objectivement, peut-on nier que ce groupe frôle l'excellence dans toutes ses réalisations? A l'instar d'un Sick Of It All, Defeater force le respect. A de solides fondations, il allie, dans sa démarche, sincérité, authenticité, sensibilité et humilité et parvient à aligner trois albums consécutifs (et n'oublions pas le EP) aussi percutants, intelligents que profonds. Bien sûr, il n'y a plus ici d'évolution flagrante et j’admets que cela pourrait devenir préjudiciable à la formation dans l'avenir, mais Defeater surclasse encore de nombreux groupes et même si cet album est critiquable sur de nombreux points, cela le laisse largement au-dessus d'une kyrielle de sorties. Letters Home n'est peut-être pas la meilleure réalisation de l'année mais il n'en reste pas moins un remarquable album de hardcore.

Letters Home est en stream intégral sur le Bandcamp de Bridge Nine Records.

A écouter : sans bouder son plaisir.
16.5 / 20
13 commentaires (16.73/20).
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Empty Days & Sleepless Nights ( 2011 )

Empty Days (lp)
Nouvelle immersion dans cette dramatique saga familiale ; la même histoire, la même souffrance, lancinante. Écorchure des nerfs, fissure du cœur, traumatismes indélébiles marqués au fer rouge sur les âmes meurtries. Retour sur le passé, à la mort du père où se met en branle la sombre destinée du frère aîné, un homme rongé par la vengeance, percevant son existence comme une trahison, profondément blessé, frustré et désarmé.
Defeater, en fabuleux conteur, retrace cette vie bafouée, tout en nuances, en rage, en émotion, en désespoir. Tristes mélodies et tensions exacerbées, douleur palpable et panique horrifiée se mêlent en une pression permanente. Tourbillon de sensations et d'influences musicales diverses : screamo, postcore, emocore, et quoi d'autre encore? Mais cela, dans toute sa plénitude, reste du hardcore. Du hardcore sincère et vrai, énergique et solide, qui prend aux tripes et à la gorge, qui parle au cœur et aux larmes, qui n'a que faire des clichés et des étiquettes, des critiques et des détracteurs. Derek s'arrache d'une voix cassée, brisée comme tous ces personnages aux destins déchirés. Cette voix au bord de la rupture, poignante car presque fragile et tellement hantée par les âmes ravagées qu'elle donne un corps réel à toute cette histoire. Intelligence musicale, intelligence dans l'écriture également où apparaît une variation intéressante par l'utilisation de la deuxième personne du singulier après des rédactions à la troisième personne (Travels) et à la première (Lost Ground) : une histoire contée de trois manières différentes pour trois points de vue distincts.
Mise en exergue de la frustration et de l'impuissance, Empty Days est une œuvre qui fait mal, aux résonances profondes, qui prend doucement possession des esprits et s'y grave avec toute son angoisse, son désarroi et sa rage. Inoubliable récit de la vie de cet homme, englué, écrasé par le poids de son environnement, portant à bout de bras les lambeaux de sa famille. Et l'amour ne changera rien, empoissé dans ces circonvolutions croupissantes. Ne reste que la colère, qui s'épuise. Ne reste que la vengeance, qui s'enlise, mais taraudant parfois en de brusques sursauts telle une bête qui agonise. Flottent à l'esprit de délicates mélodies, des ambiances tourmentées et des rythmes pénétrés d'urgence, accompagnant les méandres de ces vies perdues qui traînent en de suppureux tunnels de souffrance, recroquevillées en leur misère, couvertes de blessures, boursouflées de haines et de rancœur, percluses d'impuissance. Et comment oublier cet incroyable final d'une intensité dramatique totale où se comptent les battements de cœur à l'unisson de la batterie, les minutes puis les secondes à l'approche du dénouement. La coupure brutale, l'éclat du silence et le vide.
Certes, il n'y a plus l'exaltation de la découverte et Defeater poursuit dans la lignée de ses productions précédentes. Il n'en reste pas moins qu'Empy Days est un petit bijou parfaitement ciselé et scintillant de talent et d'intelligence. Defeater joue du Defeater, mais sa démarche et son approche du hardcore sont des plus brillantes, et ce groupe est sans nul autre pareil.
Sleepless Nights (ep)
Nouvelle variation sur les thèmes abordés précédemment, gratification supplémentaire en quelque sorte. Sleepless Nights se compose de quatre titres folks très réussis, notamment le magnifique "I Don't Mind", où Defeater laisse libre cours à une sensibilité plus proche d'un Jonah Matranga ou d'un Frank Turner. Mais pourquoi ces arrangements mièvres et emmiellés qui gachent le grain d'une émotion simple et vraie? Pourquoi pas seulement une guitare et une voix qui auraient été tellement plus intimes et touchantes?

"Warm Blood Rush", "Dear Father" et "I Don't Mind" sont en écoute ici.

A écouter : en intégralité
16.5 / 20
10 commentaires (17.9/20).
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Lost Ground ( 2009 )

Tome I : Travels
Tome II : Lost Ground
Histoires de destins croisés, histoires de destins brisés ...

Defeater se réessaie avec autant de maîtrise et de talent à l'exercice du concept-album et, loin de susciter la désagréable sensation du ressassé, ouvre au contraire d'autres perspectives, déployant une intelligence notoire et une densité musicale rare où la sensibilité le dispute à l'agressivité.
Le hardcore délivré par le groupe s'est affiné. Il a pris de l'ampleur, acquérant une certaine dimension épique à la hauteur de cette fresque de l'Amérique pauvre des années 1940-1960 que Defeater nous dépeint. Il a puisé plus profondément dans le sang et la souffrance, s'incarnant dans cet autre laissé pour compte, déjà rencontré dans Travels ("Prophet In Plain Clothes"). Six chapitres qui narrent la déchéance de cet homme que rien ne prédestinait à devenir un mendiant des coins de rues, si ce n'est l'inhumanité des hommes et l'aveugle brutalité de la vie. Il faut lire les paroles d'Archambault (écrites cette fois à la première personne du singulier), donnant corps et âme à cette existence broyée, foulée au pied ; l'écouter être cet homme, déchiré par la culpabilité, écrasé par la honte, hanté par de terribles souvenirs de guerre, humilié pour sa couleur, vaincu par ses défaites, n'ayant plus que l'alcool pour oublier et la musique pour survivre.
Une force singulière émane des compositions de Defeater, sur des riffs puissants et cinglants, des mélodies tortueuses, fiévreuses ou d'une frissonnante tristesse maltraitent les nerfs et endolorissent les gorges serrées ; les montées explosent en tensions exacerbées portant les émotions et les colères à leur paroxysme, à l'unisson des évènements relatés. Une musique qui projette la souffrance des humbles au premier plan, mettant en lumière la solitude et les dérives de tous ces oubliés, brimés, déchus, déracinés, ceux que personne ne voit ou ne veut voir. Et ce, avec un réalisme étonnant et une intensité terrifiante ("A Wound And Scare", "Home Ain't Never Home")
Le disque semble toutefois s'achever sur une note optimiste puisqu'il insinue, pour notre plus grand soulagement, que la musique peut effectivement changer le cours des choses et qu'un regard est parfois plus précieux que n'importe quelle histoire. Notre prophète y retrouve l'espoir, sauvant ainsi sa vie, pensant sauver celle du jeune homme qui se tient face à lui. Mais aux dernières notes de la chanson, nous comprenons qui il est, et l'espoir, alors, se dilue amèrement dans la noirceur de la réalité.

Lost Ground, c'est aussi l'histoire d'une réussite totale, celle d'un groupe qui en une année, par son inspiration, son intelligence et son audace est devenu l'un des fers de lance du modern hardcore. Defeater ne s'entrave d'aucun boulet dont s'est alourdi le hardcore, ce qui explique en grande partie sa richesse musicale, allant jusqu'à insérer des passages bluesy dans "Beggin'in the Slums". Il fallait également oser repartir sur un deuxième concept-album après le succès de Travels. Mais l'idée des destins croisés est superbe et intégrée d'une façon si subtile que l'on ne peut être qu'admiratif devant tant de finesse, alors que le ep reste pourtant d'une violence et d'une agression marquée. Et à l'écoute des deux réalisations, je ne puis m'empêcher de penser, toute proportion gardée, à la démarche de Zola, qui dans ses oeuvres retrace l'histoire des bas-fonds français au XIXe siècle, car Defeater, à son niveau et à sa manière, dépeint ceux de l'Amérique du milieu du XXe siècle. Et à ce titre, arborant cette dimension sociale, le groupe suit les traces de l'écrivain.

Brillant et inspiré, Lost Ground est assurément l'un des meilleurs ep de l'année. Il nous entraîne, comme son prédécesseur, au coeur de la misère humaine, et nous nous laissons emporter une nouvelle fois dans ce cauchemar que nous savons être la réalité.

Track-list : 01.The Red, White And Blues ; 02. The Bite And Sting ; 03.A Wound And Scare ; 04. Home Ain't Never Home ; 05. Singin'New York Town ; 06. Beggin'in The Slums.

A écouter : comme se lit un livre
16 / 20
13 commentaires (17.15/20).
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Travels ( 2008 )

Travels s'écoute comme se lit un livre.
Travels, c'est la trajectoire d'un homme, une histoire qui débute mal et se termine mal ;
Un voyage crépusculaire aux tréfonds d'une vie de souffrance où se côtoient violence, peur et détresse ;
Une plongée angoissante dans de glauques bas-fonds urbains où s'étale la misère la plus sordide ;
Une descente aux Enfers, un déclin, une fin!

Il n'y a là qu'amour dénaturé et quiétude inquiète ; il n'y a là que la famille mise à mal, injuste et vitreuse comme les yeux d'une alcoolique, creuset où s'élaborent des traumas irréversibles ; il n'y a là qu'une religion incapable de consolation face au désespoir profond, trop loin des vrais douleurs humaines ; il n'y a là que la terrible certitude de ne pouvoir échapper au passé. Il y a la vie, implacable, qui agresse, dégrade et détruit les plus faibles.
Les méandres de cette existence tourmentée prennent corps au coeur d'un hardcore violent, dur et brut où la tension permanente s'agrippe et étrangle tel un étau, à la façon de Converge. Mais Defeater ajoute à cette âpreté une dimension émotionnelle par l'adjonction de mélodies directement issues de la lignée Modern Life Is War, Verse, Have Heart et autres Sinking Ships, ainsi que des harmonies dissonantes et discordantes aux sonorités héritées de The Dillinger Escape Plan.
Les titres rageurs se succèdent, contant la dérive de cet homme mal né ; des titres forts, puissants, torturés et chaotiques d'une intensité extrême où explosent solitude et desespérance, où dominent violence et souffrance. Et de sa voix écorchée, Derek hurle à se lacérer la gorge, arrache à ses tripes des phrases qui se gravent jusqu'à ces déchirants There's no place for me , What's left for me? sur le très poignant "Cowardice", qui crispent la machoires et brûlent les yeux.

Sans être transcendantes, les paroles s'avèrent de bonne facture même s'il y stagne encore un léger arrière goût de cliché, qui aurait pu disparaître avec l'emploi de la première personne, tout en rendant l'histoire infiniment plus touchante. Mais surtout, après le suicide du personnage, il eut mieux valu l'immensité du silence face au désastre d'une vie, plutôt que ce passage post-hardcore, sans doute intégré pour faire retomber la pression infligée durant trente minutes, mais d'une inspiration plutôt moyenne au regard de l'ensemble.

Le pari d'un concept album était risqué pour Defeater car le groupe s'exposait à réaliser un album hétérogène et disparate. Or, les titres s'enchaînent parfaitement, laissant surnager des atmosphères et s'imprimer des bribes de mélodies. Le passage folk, intercalé en milieu de piste peut paraître curieux lors d'une première écoute mais s'explique du fait de la rencontre avec un vagabond qui en est l'auteur et marque un tournant dans l'histoire.
D'une densité, d'une richesse et d'une inspiration notoire, Travels n'est pas un album qui s'appréhende en une seule écoute, mais lorsque l'on en capte l'essence, il est difficile de ne pas refaire en boucle, en compagnie de ce déraciné, ce sombre voyage qui n'aboutit qu'au naufrage.

  Home is never home, it's just the place where you came from

Track-list : 01. Blessed Burden ; 02. Everything Went Quiet ; 03. Nameless Streets ; 04.Forgiver Forgetter ; 05. The City By Dawn ; 06. Prophet In Plain Clothes ; 07. Carrying Weight ; 08. Moon Shine ; 09. The Blues ; 10. Debts ; 11. Cowardice.

A écouter : chapitre aprs chapitre, Forgiver Forgetter restant un sommet