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Biographie

Deerhoof

Deerhoof a toujours eu ce côté théatral et exagéré des groupes que l'on attend sur scène. Peut-être est-ce dû à la débauche indécente d'énergie de sa frontwoman, Satomi Matsuzaki, ou à la cacophonie des guitares poussées à leur maximum. On en attend forcément d'un groupe qui a tourné, dans les années 90, avec des gens comme Sleater-Kinney, Lightning Bolt, Unwound ou Sonic Youth. C'est dire l'amplitude de leur spectre musical.

Issu de San Francisco, la bande a longtemps joué en trio (chant/basse/batterie) jusqu'à l'introduction de John Dieterich, en 1999. Reveille, sorti en 2002 et qui est son premier succès critique et public, marque un tournant plus électronique pour Deerhoof. Vite mis de côté, ceci étant, avec la sortie de Apple O (2003), enregistré en seulement neuf heures (d'affilées). Si même Pitchfork le considère comme un des meilleurs disques de la décennie...

Après avoir quitté leurs boulots, les membres de Deerhoof tournent intensément, à partir du milieu des années 2000. Interchangeables, et prenant toujours soin de déstructurer leur côté pop, les musiciens décollent de l'Atlantique pour visiter l'Europe. Depuis, ils n'ont eu que peu de temps pour se reposer, enchainant tournées, toutes auto-managées, et sorties d'albums, tous auto-produits.

Chronique

15.5 / 20
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La Isla Bonita ( 2014 )

L'air de ne pas y toucher, cela fait quand même vingt ans que Deerhoof écume les scènes. Biberonné à la vague noise rock et féru d'expérimentations en tous genres, le groupe a, depuis sa formation, distillé les albums avec une régularité métronomique tout en gardant une fraîcheur impressionnante. La Isla Bonita doit être quelque chose comme leur treizième album officiel et l'on sait en appuyant sur "play" que ce ne sont pas à ces vieux singes que l'on va apprendre à taper sur des bambous.

Si Deerhoof exsude cette folle inventivité, le combo le doit avant tout à Greg Saunier, batteur de son état, et fin amateur de rythmes matheux et syncopés, ainsi qu'à Satomi Matsuzaki au micro, dont les doucereuses lignes de voix enfantine en font un élément décidément à part dans le milieu. Le mélange enthousiaste des mélodies pop de l'une et de l'énergie rock de l'autre n'en finit pas de se renouveler d'album en album.
La Isla Bonita n'échappe pas à la règle après un Breakup Songs électronique plus dense et plus foutraque. Cette nouvelle livraison est un retour aux basiques et aux lignes sautillantes. Deerhoof construit ses morceaux, courts, comme autant de punchlines reçues avec plaisir. On pense aux délires math-pop de 31 Knots sur "Mirror Monster". Sur "Last Fad", qui réunit tous ces ingrédients, le groove de la basse lors des couplets est cassé par la distorsion crade de la guitare sur les refrains. Sur cet ensemble, surfent les "ta-da-da" moqueurs et entêtants de Satomi.  Ailleurs, sur "Tiny Bubbles", le rythme semble se ralentir progressivement, jusqu'à se liquéfier dans son outro, hommage à DJ Rashad de l'aveu de Greg Saunier.

Deerhoof ne s'est jamais embarrassé de chichi. Jouant à fond la carte de la simplicité et de la bonne humeur (hey! l'album s'appelle quand même La Isla Bonita - la référence vous parle ?), la musique du groupe se révèle pourtant plus complexe et décalée que son intention première le laisse paraître. "Exit Only", avec son riff à charge, est aussi une sortie énervée contre la politique d'immigration aux États-Unis. "Black Pitch" pointe du doigt l'intrusion dans la vie privée de grandes entreprises comme Google ou Facebook. "Paradise Girls" pourrait presque passer pour un hymne féministe. Les thématiques sont actuelles mais Deerhoof, avec son expérience, nous rappelle qu'elles existent depuis des dizaines d'années, et possède cette manière adolescente de sainte nitouche de les traiter. Vu de cet angle, Deerhoof fait bien ses vingt ans mais avec une maturité très avancée. Politique, Deerhoof ? Oui, et plutôt mordant, mais seulement si ça doit rester fun.

Cela devient habituel : Deerhoof a encore sorti un très bon album en restant fidèle à ses principes que l'on irait presque jusqu'à qualifier de punk. S'ils sont encore là dans dix ans, gageons qu'ils auront encore beaucoup de choses à dire. A ce propos, et pour ceux qui ne les connaissent pas encore, on aurait bien envie de leur laisser le micro : "Deerhoof would like to bring chaos to you / Play your ears / Let them go free / Feel it / Turn it up" ("Big House Waltz"). Cela ferait un excellent disclaimer à envoyer aux réacs du monde entier.