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Biographie

Death Grips

Death Grips est formé à Sacramento en 2010 par le multi-instrumentaliste aux mille projets Zach Hill (Hella, Flössin...) et le rappeur Stefan Burnett alias MC Ride. Vite rejoints par le producteur Andy Morin, le groupe sort sa première démo auto-produite l'année suivante et se fait rapidement remarquer par une vision décalée du Hip-Hop.
Après avoir fait parlé de lui avec la mixtape Exmilitary, Death Grips signe en 2012 chez Epic Records et sort dans la foulée son premier album The Money Store, dont les critiques sont assez unanimes sur l'excellence de celui-ci. Ces débuts tonitruants sont suivis par les premières annulations de concerts, déclenchant la colère de leur maison de disque et des fans. La même année, le groupe termine son second effort No Love Deep Web et met en place un immense jeu de rôle promotionnel à taille humaine autour de celui-ci, faisant perdre la tête à toute la communauté internet qui suit le trio de près. L'idée de sortir cet album la même année que The Money Store n'étant pas du goût d'Epic Records, une altercation éclate entre le groupe et le label de laquelle résultera la mise en ligne non autorisée de l'album et le licenciement du groupe de sa maison de disque. Les Californiens auront également eu la brillante idée d'affubler sa pochette du pénis en érection de leur batteur Zach Hill, le rendant ainsi invendable.
Enchaînant les concerts en duo soit MC Ride/Zach Hill, soit MC Ride/Andy Morin, sans label, sans promotion, le groupe, dont la notoriété croît sur la toile, met en ligne en 2013 l'album surprise Government Plates. Une vision gratuite de la musique que le groupe réitérera avec Niggas On The Moon en 2014, première partie du double album The Powers That B sur lequel on retrouve la voix de la chanteuse Björk, avant d'annoncer sa "séparation" quelque temps après. Jenny Death, la seconde partie du double album voit le jour en 2015, une année prolifique pour le groupe qui repartira en tournée et déclare que d'autres albums verront le jour. En 2016 sort Bottomless Pit, de manière gratuite sur le site officiel du groupe. 

16 / 20
1 commentaire (16/20).
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Bottomless Pit ( 2016 )

Au milieu des effets d'annonces, des sorties balancées en pâture aux fans sur le net et des coups de pubs/putes, Death Grips a de quoi laisser au moins songeur et souvent dubitatif lors des premiers contacts. Un sentiment accentué par le style musical du groupe : un Hip Hop expérimental, très influencé par l'EDM, la musique industrielle, le Math Rock et le Metal le plus bestial. 

Entrer dans Bottomless Pit ne se fait donc pas sans douleur. Mains ligotées et gagball en bouche, on pénètre d'un coup d'un seul l'univers du trio dans la frénésie et le sang avec "Giving Bad People Good Ideas". Entraîné par son rythme épileptique, l'auditeur est tiré de force dans ce déluge de blast-beats, de sons synthétiques, de hurlements syncopés, d'ambiances glauques, de groove abyssal et de guitares que ne renieraient pas les plus hardcore des groupes de Metal Industriel. Un énorme pot pourri qui dégage une odeur de maîtrise et de variété ainsi qu'un feeling à la croisée du club SM et de la fête tribale urbaine. 

À l'instar des précédentes productions de la formation, Bottomless Pit est polygame et séduit à sa manière plusieurs muses : War Metal ("Giving Bad People Good Ideas"), Dubstep ("Bubbles Buried In This Jungle"), Metal Industriel ("Bottomless Pit") et d'autres encore. La voix et la diction de MC Ride aident à créer ce sentiment de brouillon maîtrisé jusqu'au bout des ongles tandis que leur talent de composition ne s'est jamais aussi bien exprimé. Car mis à part les titres déjà cités, on retient également l'incroyable "Ring A Bell" et son refrain étonnamment calme et mélancolique, "Trash" pour son introduction grandiloquente et le flow old school de "Three Bedrooms In A Good Neighborhood"... Autant d'exemples qui démontrent la diversité de ce disque et la versatilité des trois musiciens. 

Bottomless Pit se conclue comme il avait débuté, sous une douche de bruit, de coups et de substances corporelles. Tout au long de ses (à peine) 40 minutes, il aura traîné sa victime, la malmenant, lui aboyant dessus et l'enjoignant à rejoindre le cyber gang le plus débridé et sauvage que l'on ait vu depuis bien longtemps. Le meilleur disque du groupe ? Peut-être bien. Le plus riche et maîtrisé ? Indubitablement.

A écouter : Bien reposé
16.5 / 20
2 commentaires (17/20).
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The Powers That B (Niggas On The Moon & Jenny Death) ( 2015 )

JENNY DEATH WHEN, trois mots qui ont parasité internet des mois durant dans l'attente d'une date de sortie pour la seconde partie de The Powers That B, "l'ultime" effort de Death Grips. Initialement prévue pour l'ouverture de la fashion week Américaine, comme le laissait suggérer la bande-son du même nom, puis sans cesse repoussée (le site Amazon annonçant même la date du 31 décembre 2020), c'est finalement en cette fin de mars que le double album des Californiens se voit complété.

À groupe hors norme, parcours hors norme. Leur musique mise à part, Death Grips est également connu pour les débordements permanents qui entourent leurs sorties et concerts. De la signature chez Epic Records d'où il s'est fait mettre à la porte la même année pour la mise en ligne de No Love Deep Web, affublé du pénis en érection du batteur, jusqu'à l'annonce de la séparation du groupe peu avant une tournée aux côtés de Nine Inch Nails et Soundgarden, en passant par les constantes annulations de concerts... Les anecdotes ahurissantes ne manquent pas.
Dans cette continuité, Niggas On The Moon voit le jour courant 2014 et est annoncé comme la première partie d'un double album intitulé The Powers That B, dont il faudra attendre la fin de l'année pour en savoir davantage sur sa seconde partie, Jenny Death. À cela vient s'ajouter la sortie de Fashion Week, bande-son instrumentale à la tracklist pour le moins explicite avec ses titres Runaway J, Runaway E, Runaway N... constituant la phrase qui mit en ébullition toute la communauté internet : JENNY DEATH WHEN. Après quelques mois d'attente et plusieurs extraits dévoilés, celui-ci se retrouve précocement en ligne, comme toujours, et bien que près d'une année sépare leurs sorties respectives, ces deux parties fusionnent autour d'un même nom, The Powers That B.

Mais je ne pense pas qu'il faille le voir tel un double album équilibré comme tant d'autres. Un simple coup d’œil sur les durées suffit à s'en rendre compte. Résolument différent dans sa structure, Niggas On The Moon propose 8 titres dont l’enchaînement se fait sans interruption, s'imbriquant dans une longue pièce entière et unique. Fait inédit dans la discographie du groupe, mais ce n'est pas la seule chose qui surprend. La seconde, qui saute aux oreilles dès la première écoute, est l'utilisation de samples de la voix de Björk. Le chant de l'Islandaise aide grandement à distinguer Niggas On The Moon de son confrère bien que sa présence ne soit pas si étonnante lorsqu'on sait que Death Grips a réalisé deux remixes pour la compilation Bastards de la chanteuse. Malgré ses pistes en apparence techniques et inaccessibles, cette première partie se veut plus aérée mais nécessitera tout de même une écoute attentive pour en discerner toutes les facettes.
Depuis l’unanimement encensé The Money Store, le trio s'est inlassablement éloigné des racines Hip-Hop instaurées par la mixtape Exmilitary, accentuant album après album son côté Indus Expérimental. Ainsi, Jenny Death suit logiquement ce chemin et ce dès son ouverture. I Break Mirrors With My Face In The United States déploie un son électronique massif sans prendre de gants, rappelant (prenez une profonde inspiration) You Might Think He Loves You For Your Money But I Know What He Really Loves You For It’s Your Brand New Leopard Skin Pillbox Hat sur Government Plates. La durée des titres revue à la hausse permet d'instaurer une instrumentation plus diversifiée avec des nappes de guitares côtoyant des sons plus colorés (Beyond Alive). Fort d'une production sans cesse remaniée, Jenny Death voit Zach Hill se montrer plus que jamais il ne l'a été auparavant dans Death Grips avec une aisance et une dextérité déconcertante (On GP).
En marge de leurs différences, Niggas et Jenny tissent des similitudes plus discrètes notamment dans les paroles au degré hautement sexuel de Have A Sad Cum, Fuck Me Out et Pss Pss. On y retrouve également les ingrédients si reconnaissables des Californiens à savoir le flow intarissable de MC Ride et son étonnant changement de timbre selon l'intensité des paroles (Up My Sleeves) ou l'ingéniosité des samples épileptiques de Andy Morin (Voila).

À la manière d'un Liturgy du Hip-Hop, Death Grips fait et fera toujours ce qu'il lui plaît. Tel prendre les stéréotypes stagnants du genre et les pousser à l'extrême avec des beats violents et des textes incohérents, élevant le style à un niveau hilarant hors des sentiers battus (Inanimate Sensation). Finalement de retour ou jamais réellement séparée, j'opterai pour le second choix, la formation de Sacramento n'en a pas fini de vous ruser. Annonçant une chose pour ensuite faire le contraire, et comme le laisse supposer Death Grips 2.0, d'autres suivront.

A écouter : Up My Sleeves, Turned Off, Pss Pss, On GP