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Biographie

Daughters!

Formé par trois membres de feu-As The Sun Sets , les ricains de Daughters! misent tout sur leur hystérie collective. Déjà très violent mais aussi très technique sur un premier 7" paru en 2002 sur City Of Hell, Daughters! passe encore un cap avec Canada Songs (sorti aux Etats-Unis en '03 par Robotic Empire et réédité en '04 par Reflections pour l'Europe). Influencé par le hardcore chaotique (The Locust,, Converge, Dillinger Escape Plan) le groupe produit une musique barrée et survoltée aux paroles trempées dans un humour des plus douteux. En 2006, Daughters! signe un deuxième album sur HydraHead Recordings (Isis, Botch) intitulé Hell Songs. Le combo revient pas vraiment calmé au bout de quatre ans, toujours chez HydraHead avec son troisième album tout simplement intitulé Daughters.

You Won't Get What You Want ( 2018 )

L'Express. Lundi 26 octobre 2026.

Cela fait aujourd'hui cinq ans que la commission européenne a interdit toutes les formes d'expressions artistiques qui « pourraient nuire au bonheur des citoyens travailleurs et à leur capacité d'être positifs et par conséquent productifs pour leurs pays. » Dans le collimateur des penseurs européens ces musiques notamment qui tendent, par leur noirceur, leur pessimisme et leur froideur à rendre les auditeurs dépressifs, neurasthéniques et pire, mélancoliques. Notre rédaction souhaite faire le bilan, cinq ans après, de cette mesure acceptée finalement par une très grande majorité des citoyens européens.

Disons-le, il était grand temps de s'attaquer à ces « arts de la démotivation » ! L'exemple de la musique metal est édifiant. Frappant même ! Il suffit de suivre ces gens, sans âge, de noir vêtus, qui se rassemblent pour fumer des cigarettes et boire des bières tout en secouant la tête en faisant bouger leurs cheveux gras et sans forme devant un groupe qui « joue » de la musique qui ne donne même pas envie de danser ; qui ne donne pas envie d'être heureux ! Incroyable ! L'on peut comprendre que cela donne envie de se suicider. Si au moins ils voulaient tous, ces « fans de metal », se suicider en même temps, cela pourrait servir la croissance économique des grandes chaînes de magasins de bricolage. Les cordes se vendraient comme des petits-pains, cela serait bon pour les commerces et cela rendrait les chiffres plus clairs au niveau de la sécu. Mais non ! Ces personnes malheureuses se suicident chacune dans leur coin, sans prévenir, sans se concerter ! Pire : elles fabriquent des cordes de fortune et ne consomment pas ! C'est une honte de montrer si peu de solidarité envers le système qui les laisse vivre depuis si longtemps…

Mais c'est qu'ils résistent, les ténias du bonheur ; les défaitistes de la croissance positive. Cet exemple, lu dans un « magazine » voué, malgré son interdiction formelle, au metal : « Tool a annoncé officiellement réfléchir à la possibilité de commencer à composer de nouveaux titres pour donner un successeur à 10000 Days. L'album pourrait sortir en 2033. » Et voila ! La preuve par A + B : la procrastination dans son plus simple appareil. Sans honte. On fera plus tard ce que l'on pourrait faire, en se retroussant les manches, en traversant simplement la rue, immédiatement ! Une honte qu'on vous dit…

Ce n'est pourtant pas compliqué de répondre positivement aux propositions de l'Europe : prenons exemple, pour rendre les gens heureux et les soutenir dans la quête quotidienne universelle de la croissance à 1,8%, sur M Pokora. Le mec, tous les jours, déguisé en Charles Aznavour, continue son incroyable tournée de reprises de Louane qui chante Claude François tout en imitant Maitre Gims. Le génie a déjà rempli 16 fois le Love Notion stadium. Quel talent ! Ça c'est un exemple ! Et Kendji Girac qui fait danser la France, l'Europe entière... Allez dansez travailleurs ! La vraie musique entraînante et joyeuse gagne du terrain. Tous les jours. Même si quelques poignées de déprimés résistent. Encore et toujours. Telles ces douze personnes, qui ont participé, au « Point Éphémère » à Paris, à un concert d'hommage à un groupe nommé Daughters et à son album You Won't Get What You Want, sorti un 26 octobre 2018. Depuis huit ans, chaque année à la même date, quelques mordus en marge de la société positive se réunissent dans cette salle où le groupe américain aurait donné, parait-il, son dernier concert en France en 2019, pour tenter d'y rejouer intégralement cet album qu'ils estiment être ni plus ni moins qu'un enregistrement qui a « changé la face de l'univers du rock » (dixit). L'organisateur de ce micro-événement – nous l’appellerons « Y » pour ne pas embarrasser ses parents, nobles travailleurs de plus de soixante-dix ans participant dignement à la croissance du pays – a tenu à nous rappeler le choc que constitua, pour quelques-uns, la sortie de ce disque « fondamental ». Cet homme, « Y », d'un âge incertain, par ailleurs ancien chômeur en fin de droit, n'hésite pas à nous parler d'un disque que les « fans » du groupe américain n'attendaient plus vraiment ; d'un disque qui arrivait plus de huit ans après la sortie d'un album éponyme qui aurait radicalement modifié, une première fois, la manière dont le groupe envisageait la musique. Qu'après deux albums d'un grindcore expérimental déjà mythiques (sortis en 2003 et 2006), Daughters aurait eu le courage de repartir d'une plage blanche afin d'apporter sa pierre à un édifice rock fait alors de tocs et de brocs ; que You Won't Get What You Want serait une heureuse expérimentation de dix titres flirtant avec pratiquement tous les styles les plus audacieux. Que Daughters aurait réussi le pari de fusionner tous les groupes avant-gardistes jusqu'alors considérés comme des références ; que cet album aurait représenté, à sa sortie en 2018, bien plus qu'un simple hommage fourre-tout de ces styles mais un pas en avant vers le rock, le metal de demain. « Y » ne s'arrête pas là, estimant que les expériences City Song et Long Road No Turns relégueraient pratiquement The Body au rang de groupe mainstream du dimanche et le Blackjazz de Shining à celui de démo d'amateurs**, que The Flammable Man ou The Reason They Hate Me et leurs murs de guitares/synthés electro-indus chiffonnés par Nick Sadler laisseraient les groupes de mathcore les plus inventifs, tels Frontierer, Psyopus ou Ion Dissonance pour de joyeuses bandes de scouts jouant autour d'un barbecue ravivé à l'essence. Mais encore que Less Sex serait le titre electro-pop / noise que Depeche Mode ou Nine Inch Nails auraient adoré composer. Que les vocaux d'Alexis Marshall, emplis de languissants reproches accusateurs auraient atteint un niveau de tension telle que seuls viendraient les concurrencer ses audacieux spoken words scandés notamment sur le très soft et presque minimaliste Satan In The Wait. Que l'association des dix titres de You Won't Get What You Want aurait été parmi les plus novatrices dans l'histoire du rock depuis les années 80's ; que cet album devrait montrer à Killing Joke, socle identitaire et utilitaire attitré de tous les groupes post-tout depuis trente ans, comment il aurait pu envisager certains tournants de sa carrière (The Lords Song) ; que la production de l'album mettrait en valeur chaque note de ce tout fragmenté. Que Daughters, enfin, aurait donné là les clés du rock, de l'electro-indus, de la musique du futur. « Y » n'hésitera pas à considérer You Won't Get What You Want comme le manifeste d'une nouvelle liberté à découvrir... Un virage vers l'inconnu.

Que pouvons-nous ajouter ? Quand on ose se prosterner devant un groupe qui intitule un album « vous n'aurez pas ce que vous voulez », on a compris que ces tristes sires n'arriveraient jamais nulle part dans la vie. Mais le veulent-ils seulement ? Savent-ils que « the sky is the limit » ? Nullement. Alors, laissons les se plaindre. Encore. Les forces de l'ordre ont fort heureusement stoppé ce « concert » fatalement gratuit, puisque Love Notion organise désormais tous les concerts payants dans le monde, et l'individu « Y », entendu par la police pour tapage concerté à la bonne marche positive de la société, aurait accepté, aux dernières nouvelles, d'aller assister avec sa famille à un concert de M Pokora. Les choses sont rentrées dans l'ordre... Vive le bonheur !

* Tous les groupes et toutes les références musicales nous sont bien entendu totalement inconnus. Nous les retranscrivons par pur souci d'authenticité.

A écouter : Pour modifier le futur
16 / 20
10 commentaires (15.9/20).
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Daughters ( 2010 )

Daughters est probablement un des groupes les plus prometteurs et oubliés de la famille du hardcore allumé, qu'on se le dise. Enfin, c'est peut-être un peu de leur faute. A coups d'albums de dix, puis vingt minutes, on a vite fait d'être noyé dans la masse, surtout quand on met quatre ans à revenir. Pourtant quand Daughters are back, on trépigne, forcément.

Canada Songs puis Hell Songs avaient bruyamment posé les bases d'un magma insaisissable, antimélodique, violent et chaotique, fait d'uppercuts sonores et de bastonnade rythmique d'une densité rare. Daughters était un groupe aussi virulent, unique et abrupt que tubesque à sa manière. Mais Daughters a toujours eu une marge de manœuvre conséquente. Tout le monde le savait et ce s/t est là pour en amener la preuve.
C'est un titre souvent dur à porter pour un album que celui de disque éponyme. Car il va implicitement être dans l'esprit de l'auditeur celui qui va entériner un concept, une façon de sonner. Le nom de la maturité qui renverrait en quelque sorte à l'idée d'un groupe qui s'est enfin trouvé. Daughters, donc, comme s'il ne pouvait en être autrement. Daughters comme un instantané du groupe et une pierre posée pour l'avenir. Et effectivement, pour le coup, quoi de plus Daughters que Daughters? Au sortir d'une série d'écoutes : rien. Pas de mélodies à l'horizon, du bruit (beaucoup), de la folie (tout autant), de la ryhtmique, de la folie (encore), du concassage de nuque, de l'étourdissement et du Glazed Baby.

Attendez... du quoi?
Quand les Canadiens reviennent, le couteau entre les dents, après quatre ans d'attente, ce n'est assurément pas pour se contenter de reconduire la recette habituelle - si on considère qu'il pouvait y en avoir une. Pour ça il y a "les autres". Si Daughters est revenu avec ce s/t sous le bras, c'est bien pour donner la leçon, celle que l'on sentait venir, que l'on attendait avec impatience. Désormais un peu plus Noise, moins follement Grindcore, mais pas calmé pour autant, le quatuor envoie pavé sur pavé avec force brutalité dans la dissonance la plus complète. C'est qu'ils s'y connaissent en dé(con)struction les gaillards. Moins épileptique, plus massivement accidenté ("The Hit") que par le passé, Daughters se réinvente dans la continuité. On reconnait la patte entre mille, mais les intentions et l'envergure ont changé. On tient enfin notre disque coup de poing et Daughters, peut-être, son album de référence. Un massacre en règle perpétré avec le sourire ("Sweet Georgia Bloom") entre folie vocale titubante un peu dépassée par les murs sonores qui l'entourent, accents An Albatross/Locust-iens, Noise vrombissante ("The Theatre Goer") et déhanchés furieux (toi aussi tape des mains sur "Our queens (One is many, many are one)"). Entrainés par leur propre élan depuis la première charge de Daughters ("The virgin"), au bord de la rupture de bout en bout, les Canadiens tiennent bon. En résulte un disque rock'n'roll décontracté et dansant, brutal, méchamment allumé et techniquement irréprochable qui n'en oublie pas pour autant le créneau très blitzkrieg cher au groupe. Vous tapez du pied avant de vous en rendre compte et vingt-sept minutes plus tard, l'affaire est torchée. Le temps de le réaliser, le système limbique a déjà signé l'armistice. Filez vous recoiffer, y'a plus rien à voir.

En se faisant plus accessible, moins invraisemblablement barré (chant et rythmique bien plus "contenus"), le quatuor avoine malgré tout un disque qui reste furieusement mastoc. Enorme coup de force des Canadiens, qui semblent faire scission avec eux-mêmes sans pour autant se perdre. Alors que la doctrine originelle reste la même, les grands principes sont repensés et édictés par un Daughters grand gourou de sa propre révolution. Ca ne plaira peut être pas à tout le monde mais il semble bien que le combo ait trouvé sa voie (royale) vers les sommets. Puissent les amateurs de sauvagerie dancefloor être avec lui. Amen.

A écouter : FORT.
14 / 20
3 commentaires (13/20).

Canada Songs ( 2003 )

Entre les étincelles de The Locust et un Converge sous acide, Daughters se contorsionne avec une violence extrême. Canada Songs est un dérapage jusqu'à définitivement sortir de la piste. Canada Songs est une entorse. Déjà paru sur Robotic Empire, cette tranche de folie se voit rééditer sur Reflections Records avec en prime, les 4 morceaux  issus des productions précédentes.

Daughters joue court et tordu, use généreusement de la double pédale, brise salement les cordes, et empile les cassures rythmiques avec une rapidité déconcertante. La ligne de mire est la dissonance permanente. 0 structure, uniquement des chocs minimalistes ou cataclysmiques servis pas une voix écorchée débitant des paroles entrant sans difficulté au panthéon de la débilité. Bref, s'il existait un asile musical, les 14 Canada Songs y seraient inexorablement internées pour schizophrénie. Pourvu qu'on s'en saisisse. Pas gagné.

Mis à part la "naïve comptine" introductive ("Fur Beach"), aucune chance de trouver la moindre source d'harmonie ou la moindre parcelle de mélodie. En un quart d'heure, Daughters communique une énergie débordante et chaotique, un electrochoc capricieux nourri par une technique particulière mais efficace, qui rappelle l'utilisation que font les bostoniens de Converge de leurs instruments. Dans ce style chaotique et périlleux façon Arab On Radar ou The Locust, le groupe fait définitivement figure de proue. Difficilement buvable cul sec, Canada Songs s'apprécie au goutte à goutte.

A écouter : si tu supportes
Daughters!

Style : Noise / Grindcore
Tags : -
Origine : USA
Site Officiel : wearedaughters.com
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