Biographie

Daran

Jean-Jacques Daran, plus connu sous le nom de Daran, a débuté sa carrière de compositeur-interprète dans les années 80. En 1992, avec son groupe, Les chaises, il sort l'album J'évite le soleil. En 1994, c'est Huit barré, qui comprend notamment le tube Dormir dehors, qui contribue à sa notoriété.

En 1997, il collabore avec Yarol Poupaud (FFF) pour Déménagé. En 2000, il enregistre en live et en acoustique Augustin et AnitaPêcheur de pierres arrive en 2003. Daran compose aussi pour Johnny HallydayMauraneSylvie VartanFlorent Pagny...

En 2007, Le petit peuple du bitume lui permet d'invoquer l'esprit de Pink Floyd et du Rock progressif sur des textes toujours très engagés socialement. Il faut ensuite attendre cinq ans pour voir arriver L'hommes dont les bras sont des branches. Suivront Le monde perdu (2014) et Endorphine (2017).

Chronique

16.5 / 20
0 commentaire
logo amazon

Endorphine ( 2017 )

Daran est un rêveur réaliste, il l’a toujours été. Il faut d’ailleurs un certain courage pour ne pas choisir entre utopie et désespoir, entre optimisme et fatalité, et livrer ainsi une vision du monde éclairée d’une lumière crue mais radieuse. Ne jamais perdre la foi, mais ne pas compter non plus sur les dealers d’émotions que sont les religions et les médias… Daran avance, malgré la douleur et la violence, transformant le quotidien de ceux que l’on ne voit pas, que l’on n’entend pas, en symbole de la cruauté d’une civilisation perdue, sans repères. En compagnie notamment de son fidèle auteur Pierre-Yves Lebert, il livre avec Endorphine un album musicalement proche du Petit peuple du bitume, mettant en avant les guitares sur des morceaux abordant le rock par son versant progressif, sans pour autant négliger les mélodies. Les textes, eux, sont toujours aussi percutants, jouant la carte de la provocation pour toucher au but (« Je cherche une rime avec pauvre, une rime riche si possible, mais pauvre ça rime à rien, à rien, c’est risible » sur Pauvre ça rime à rien). La critique du capitalisme, fil rouge de la discographie de l’exilé québécois, ne tombe jamais dans l’excès et permet au propos de faire son chemin sans sonner comme de la propagande (« Mais j’ai rien vu venir, j’ai pas vu l’horizon se boucher, ils avaient déjà fermé depuis longtemps les usines et le centre commercial… On allait être abandonnés » sur Horizon).

Il s’agit là d’une révolte à hauteur d’homme, animée autant par la colère que par le doute. Sur le superbe Ici, Daran se met dans la peau d’un exclu, pénalisé par ses origines et son lieu de vie, cherchant malgré tout à garder vivant un espoir ténu (« Pourtant on se prend souvent à rêver, qu’on pourrait peut-être un jour trouver, dans ce tas de merde à nos pieds de quoi redémarrer »). L’ironie de Tout tout seul, « éloge » de l’égoïsme et de l'irresponsabilité, devient jubilatoire (« Regarde la banquise vide, y a plus un ours, on fera pousser des arachides dès qu’il y aura plus tout ce blanc, et les indiens, les Eskimos qui se plaignent tout le temps du réchauffement, qu’il s’achètent des frigos s’ils veulent tellement claquer des dents »). C’est ensuite à hauteur d’une femme, Halima, qu’il évoque également l’actualité et les attentats de 2015 à Paris, dans un morceau aussi langoureux que terrifiant.

Si la musique de Daran et sa poésie sociale appellent à une prise de conscience, il s’agit surtout, sur Endorphine, d’alimenter la flamme qui brûle encore au fond de chacun de nous. Une mission noble accomplie sous la forme de neuf titres de rock, qui prouvent que l’on peut très bien, à condition d’y mettre suffisamment de sincérité, allier divertissement et engagement sans être immédiatement rangé et enfermé dans l’une de ces deux cases. « On est devenus des plantes en pots, des fleurs en plastique, on peut nous donner des tonnes d’eau et des wagons d’antibiotiques », chante Daran sur Je repars, livrant un constat pessimiste et désabusé, mais propice à pousser à l’aventure, quelle qu’elle soit…

Daran était récemment de passage à Paris pour une soirée que l'on vous raconte ici.