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Biographie

Dan Deacon

Dan Deacon est un artiste touche à tout et légèrement dérangé. Originaire de Baltimore, le gaillard a officié dans le groupe de grindcore Rated R, joué du Tuba avec Langhorne Slim et fréquenté une école de MAO qui lui a donné le goût aux possibilités qu’offre l’informatique et aux bidouillages farfelus.

Très orientée vers le public, sa musique est d’une efficacité redoutable, bien que fouillée et farfelue, et ses concerts tiennent bien souvent beaucoup plus du happening que de la prestation scénique, Dan Deacon faisant participer la plupart du temps la foule à ses montées dansantes et euphoriques, tant le bougre a dans la peau la volonté de prendre les choses au second degré.

Chroniques

Gliss Riffer Bromst

Gliss Riffer ( 2015 )

Le revoilà, le geek surdoué. On avait quitté Dan Deacon en 2012 avec le fourmillant America, on le retrouve avec panache cette année avec un Gliss Riffer non moins foufou, pourtant annoncé comme un retour à une orchestration plus simple après deux albums qui avaient vu Deacon déployer les grands moyens.

Cartoonesque. La nuance est subtile. En un instrument comme en cents, le gaillard n'a qu'un seul mot d'ordre : la déconnade. Plus que jamais, Dan Deacon manipule ses mélodies au gré de ses humeurs pour les rendre joueuses, avec un arrière-goût cartoonesque léché. Les rythmiques infatigables s'emballent, foisonnant de mille détails, et les notes éclatent en autant de couleurs carnavalesques. Gliss Riffer est en ce sens la suite logique d'America, ramenée à une échelle plus raisonnable. Finis les grands mouvements ("USA I-III"); place à d'inarrêtables sautillements à la manière d'un sidescroller sous speed.

Bric-à-brac. Répétitifs, les motifs de Gliss Riffer s'entremêlent progressivement dans un bric-à-brac jubilatoire. La seule limite de cet album, c'est finalement l'auditeur lui-même, dépassé en tous points par les digressions et les polyrythmies à outrance. "Learn to Relax" nous demande Deacon, en même temps qu'il nous exhorte à "Take It to The Max" à coups de lignes mélodiques entêtantes. Comme à chaque fois, il y a un sentiment de too much épuisant, qui donne l'impression, parfois, de se perdre en chemin. Jusqu'où ira-t-on ?

Transformiste. Cette question ne semble même pas effleurer Dan Deacon, qui pourrait dérouler à l'infini. Seul maître à bord cette fois, il en profite pour se laisser aller et expérimenter de nouvelles choses. Déroutant, il pousse la voix (féminine sur "Feel The Lightning"), pour la noyer sous un déluge d'effets sonores. A nouveau : sous la houlette de Dan Deacon, grand manipulateur devant l'éternel, les choses naissent pour être réutilisées puis dévoyées. Dan Deacon, artiste transformiste.

On pourrait en avoir le tournis à force d'autant de tours, à l'inverse on s'en réjouit : Gliss Riffer est aussi une nouvelle occasion de voir Dan Deacon faire mu-muse et de partager ses jouets en public. Il fait en effet partie de ces rares artistes à proposer une performance inoubliable sur scène, là où ses morceaux prennent corps véritablement. A l'écoute de son dernier disque, on sait d'emblée que ceux de ce nouvel album ne dérogeront pas à la règle.

Bromst ( 2009 )

Dan Deacon a une sacrée ganache de geek, une tête de loser, fier de l’être en plus, d’intellectuel autiste et cultivé.  Un geek utopiste, un geek compulsif, optimiste et joyeux, un geek vendeur de rêve, voilà ce qu’il est. Dan Deacon pourrait être un leader anonyme de cette perpétuelle nouvelle ère en marche, de cette jeunesse qui se fout de tout, de la crise, de la grippe A, et de tous les maux du monde. Puisque la vie est merdique, autant classer cette vérité une bonne fois pour toute, et ne plus y penser en vivant chacun dans sa bulle, hédonistes ;  égoïste et ouvert aux autres à la fois. Amusons nous, rêvons, voyageons, jouissons, le cheveu rebelle, la joie de vivre, bien dans nos sneakers en écoutant Dan Deacon.

L’américain, désormais bien connu aux Etats-Unis, est un doux furieux, expert en fils emmêlés, bidouilleur de machines et de logiciels complexes, adepte du plaisir immédiat constructif et innovant. Acclamé de la critique américaine (élu à 2 reprises « meilleure musique innovante » par Pitchwork Media), il est même un incontournable du quart nord-est des USA, pole on ne peut plus important en matière de musique pop indé et, bien qu’il ait sorti pléthore d’enregistrements par ci par là depuis 2002, Bromst n’est que son deuxième véritable album. Spiderman of the Rings avait déjà ouvert une brèche fortement originale au sein des musiques électroniques, ce nouveau disque la conforte et l’agrandit, plus pertinent et mature.

Remettez correctement votre casquette clignotante à hélice, insérez dans votre bouche la paille reliée aux canettes de coca accrochées à celle-ci, enlevez les pellicules collées au gras sur vos lunettes et lâchez Bromst. Sa luminosité vous frappera d’entrée, si elle ne vous tape pas sur le système. Visiblement bien marqué par les compositeurs minimalistes répétitifs, Dan Deacon construit malgré tout ses titres de manière souvent très pop avec une finalité tournée vers le dancefloor. Ses mélodies sont souvent simples et courtes, épileptiques, évoluent en variations lentes, la plupart du temps doublées, triplées, quadruplées [,…] en fatras polyrythmiques et/ou syncopés rarissimes dès lors que l’on parle electro. Ce côté savant est bien là l’intérêt le plus certain de la musique de Dan Deacon, car son utilisation sert uniquement le plaisir, la joie et le sourire. Tout au long de Bromst, malgré les quelques interludes ralentis, les titres n’en finissent plus de galoper follement, de gagner en puissance, enchaînant sans relâche les moments forts d’intensité, les montées interminables surprenantes et réfléchies, qui ne laissent guère deviner si elles prendront fin ou si elles éclateront encore un peu plus d’un coup en pluie de confettis multicolores. Dan Deacon laisse exploser un psychédélisme euphorique bien surprenant, en télescopant, synthétisant, collant, dérivant tout ce qu’il a à portée de main. Ses synthétiseurs grinçants et kitsch seraient même ce qu’il a de plus conventionnel dans sa musique, qui fait la part belle aux percussions, évidemment électronisées mais de fort bonne facture, xylophone, vibraphone, glockenspiel en tête, qui, bien plus que de simples intervenants sur Bromst, sont de véritables acteurs se révélant fort capables de jouer un rôle prépondérant dans les débordements jubilatoires, doublés par le vocoder branché sur la fonction hélium de Deacon qui s’en donne à cœur joie pour hurler des hymnes acidulés incompréhensibles et agaçants, eux aussi bien souvent hâchés par le séquenceur en superpositions rythmiques, et qui vous feront peut-être fuir dès le début, mais persévérez.

Vous ressortirez de l’écoute de Bromst exténué, frappé de toutes parts par un nombre incalculable d’informations nouvelles à mettre en relation et en perspective, arrivées les unes après les autres  à la vitesse du son, et qui demanderont bien des écoutes jubilatoires avant de se remettre dans l’ordre dans votre tête, si tant est qu’elles le fassent. La musique de Dan Deacon est la version électronique du mouvement beatnik, l’optimisme hippie en version de synthèse épileptique, la volonté de recherche en plus, comme un Animal Collective ayant troqué sa mélancolie contre une envie de danser et bouffé du Steve Reich et du Xenakis. Et Bromst vous fera danser, danser comme un débile pataud (je ne vois sincèrement pas comment danser du Dan Deacon élégamment), ce qui vous obligera certainement à acheter un cordon pour tenir vos lunettes en place. Vous n’en serez que plus geek, et des geeks comme Deacon, on en redemande. 

A écouter : aprs avoir appris une bonne nouvelle.
Dan Deacon

Style : Electro Pop
Tags : -
Origine : USA
Site Officiel : dandeacon.com
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