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Biographie

Dale Cooper Quartet & The Dictaphones

Formation brestoise, Dale Cooper Quartet And The Dictaphones fait ses premières classes accompagné par le label Diesel Combustible qui sort Parole De Navarre en 2007. L’opus, à la frontière du Dark Jazz et de l'Ambient attire l’oreille avertie de Denovali Records qui décide de rééditer l’œuvre en 2011.

16.5 / 20
2 commentaires (12.5/20).
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Quatorze Pièces De Menace ( 2013 )

S’il vous est déjà arrivé de vous trouver dans les rues de Brest la nuit, à l’heure où les averses éparses ont chassé les dernières âmes perdues de cette grise cité portuaire, sans doute avez-vous connu ce sentiment d’errance, l’atmosphère d’un film noir distillée au travers d’austères alcôves sans grandeur aucune. Né sous le ciel plombé et face à l’Océan, le Dale Cooper Quartet est donc familier de ce Blues urbain qui vous gagne sitôt les rues désertes et la nuit tombée ; depuis deux albums en effet, le groupe dévoile un Jazz à l’obscure essence, à la singularité indéniable, et dont la qualité semble peu discutable. Et pourtant, alors qu’il serait si facile pour notre trio de vivre sur les acquis de Metamanoir et Parole de Navarre, il n’en est rien. Artisans et artistes jusqu’au bout des doigts, les musiciens repartent ainsi à zéro et redéfinissent les limites de leur œuvre.

Quatorze Pièces De Menace revient bien évidemment fouler les contrées du Darkjazz, genre pour sombres rêveurs et noctambules solitaires avides de mélancolie sonore. Cher aux Brestois, le funeste saxophone que l’on avait découvert il y a sept ans déjà dès les premières notes de « Ta Grenier » refait son apparition, intervenant ici et là, hantant l’album de ses soli plaintifs. Les voix ne sont également pas en reste, et plus particulièrement ces chants féminins qui contribuent grandement à la réussite des morceaux : on reconnaîtra parmi elles les sublimes mélopées d’Alicia Merz (Birds Of Passage), nous servant un titre final d’une grande majesté. Mais là où le DC4tet surprend, c’est lors de ses nouveaux flirts très fréquents avec le Post-Rock et l’Ambiant, les vingt et une minutes de « Brosme En Dos-Vert » nous en donnant un exemple flagrant. Pareillement, le Trip-Hop est par moments à l’honneur, et à l’écoute de « Il Bamboche Empereurs » on pense à des classiques du genre tels Mezzanine (Massive Attack), Dummy (Portishead) ou parfois Perdition City (Ulver). Les musiciens manient les styles, les remodèlent à leur façon, le tout pour un résultat accompli et personnel ; les tracks sont variées et offrent de riches paysages sonores propices à la contemplation, au voyage intérieur parmi les méandres de notre imagination.

Avoisinant les soixante-quinze minutes, ce troisième opus explore de multiples ambiances tout en sachant garder une cohérence à toute épreuve. Guidé par le ténébreux orchestre, l’auditeur se voit alors confronté à l’horreur des samples de « La Ventrée Rat De Cave », lente pièce où les nappes de claviers se mêlent à la narration d’un viol. Le duo guitare-batterie de « Ignescence Black-Bass Recule » apporte également son lot de noirceur, morceau à caractère hautement cinématographique où sont murmurées les bribes d’une langue inconnue, portrait instrumental d’un mystérieux gangster des 50’s à la vacillante lueur d’un réverbère. A tâtons, nous retrouvons une source de lumière pour nous aventurer sur des terrains plus hypnotiques, « L’escolier Serpent Eolipile » et ses boucles, ses voix qui s’entrecoupent, se superposent, et finalement ce barrissement non identifié aux allures de démence. Seule « Lampyre Bonne Chère » saura apporter un semblant de clarté, non sans quelques sanglots dans la voix et autres violons larmoyants, une salvatrice berceuse, faisant figure de célébration sublime de l’aurore enfin venue.

Ne commettant aucun outrage à ses deux prédécesseurs, Quatorze Pièces de Menace parvient même à les dépasser, le spectre musical se fait plus ample encore ; Dale Cooper Quartet&The Dictaphones ne se refuse rien et surprend une fois de plus avec succès. Véritable pépite, l’album témoigne donc d’une créativité plus qu’honorable et d’une perpétuelle remise en question du groupe lors de l’écriture de chacune de ses nouvelles œuvres.

A écouter : La nuit
15 / 20
1 commentaire (16.5/20).
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Parole De Navarre ( 2007 )

L’année 1991 vécut son petit séisme cathodique en France. La 5 avait décidé de diffuser Twin Peaks, la série sombre et hantée de David Lynch. Alors le lundi - puis le vendredi -, les gens vivaient au rythme de la diffusion des épisodes, terrés dans leur tanière, suspendu aux découvertes de l’agent… Dale Cooper. Quand on a connu cette série, on peut imaginer à quoi peut ressembler un groupe qui prend pour patronyme le nom de son protagoniste principal.

A quoi alors ? A un filet de brume dilaté le long de dix titres, perdu entre les cimes de conifères vert-gris. Parole de Navarre est un disque abreuvé et gorgé des ambiances Lynchienne. Il ressemble à ces routes sinueuses, que le réalisateur américain filme avec tant d’angoisse, ces Muholland Drive qui se perdent dans les lacets des collines hollywoodiennes. "Une cellier" – la faute de l’article, volontaire, est faite à chaque titre – se répand ainsi l’espace de dix minute : doomesque, opaque, lancinant. Comme une journée sans éclairci. Car Parole de Navarre est une musique d’ambiance, une bande-son d’une œuvre à inventer. Sans parole. On pense alors à la période noire et blanc de Louis Malle. On imagine les notes de trompette de "Ta grenier" ou de "Lui Hall" accompagnant Ascenseur pour l’échafaud ou Le Feu follet. La dominante est en effet jazzy, voire noïsy et nauséeuse à l’occasion ("Ma couloir", "Sa Vestibule"), mais jazz en ce qu’elle s’appuie sur les codes du genre (lignes de basse structurantes, répétition autour d’un même thème, improvisation). Un jazz  sépulcral. En ramification, en veine et en venin.
 
On songe à The Mount Fuji Doomjazz Corporation, à Bohren und der Club of Gore et à tout ce courant dark jazz/ ambient jazz qui explore les versants les plus sombres de la musique expérimentale. Alors oui sa pesanteur, sa noirceur, ses angles inquiétants ("Mon bibliothèque" et ses cris) rebuteront tout ceux qui recherchent de la mélodie et de la fraicheur. Ici l’air est absent, c’est un fait. Dale Cooper Quartet&The Dictaphones est l’anti-pop ; un soleil noir cerné de brouillard.

En écoute et en commande chez denovali.

A écouter : "Ta grenier", "Mon bibliothèque"
Dale Cooper Quartet & The Dictaphones

Style : Dark-Jazz / Ambient
Tags : - -
Origine : France
Site Officiel : denovali.com/dalecooper
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