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Biographie

Cult Leader

Cult Leader est formé début 2013 sur les cendres encore fumantes de Gaza suite aux accusations de viol dont fait preuve le chanteur Jon Parkin. Les trois autres musiciens, le guitariste Mike Mason, le batteur Casey Hansen et Anthony Lucero qui passe au chant, recrutent alors Sam Richards à la basse pour compléter le combo. Restant dans les sillons d'un Hardcore chaotique, Cult Leader sort son premier effort, le EP Nothing For Us Here  chez Deathwish en 2014. Les gars de Salt Lake City annoncent ensuite naturellement la venue d'un premier album pour 2015, Lightless Walk, produit par l'omnipotent Kurt Ballou (Converge, Mutoid Man, Code Orange, etc). Avec la même personne aux manettes, le deuxième long format sort en 2018 et se nomme A Patient Man.

17 / 20
11 commentaires (17.14/20).
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A Patient Man ( 2018 )

« On ne change pas une équipe qui gagne » comme dirait l’adage simpliste et quelque peu suranné, mais qui a le mérite de se vérifier assez souvent, n’excluant pas nécessairement la prise de risque, en particulier chez les orchestres énervés. Certes l’équipe en question n’est pas tout à fait la même depuis que la bande de Gaza s’est séparée d’un hurleur encombrant (pas seulement physiquement), toutefois Cult Leader ne s'extirpe musicalement pas de sa forme originelle et ne fait qu’affiner son propos, non sans risquer de se mettre à dos une partie de son auditoire.

On en captait les prémices avec le premier long des américains, ses instants graves aux mélodies suicidaires principalement réunis sur le morceau-titre Lightless Walk en clôture. Ce calme désenchanté après la tempête destructrice, la poussière qui retombe, la constatation des dégâts, la lourdeur du bilan, réinvestissent l’espace avec A Patient Man, lui attribuant un sens différent. Comme le rappelle fort bien son titre la patience est ici revendiquée, sublimée, car il faut en avoir pour assimiler l’objet de la meilleure manière possible, pour savourer une écriture singulière et profondément sensible, y compris dans la violence la plus débridée.

Commençons par les éléments qui ne changent pas, et heureusement : la correction d’entrée de jeu I Am Healed et son maelstrom de guitares enchevêtrées vomissant un tas de riffs aussi grassouillets que bouffés par les larsens, elle sera également l’occasion d’apprécier des capacités vocales rehaussées. Rebelote avec Curse of Satisfaction et Isolation in the Land of Milk and Honey, dont la branlée rythmique évoque un Converge au top de sa forme. Et c’est ce moment que les guitares choisissent pour s'étendre, étaler leurs notes pour rêver un peu, effleurer puis caresser une certaine plénitude aux contours infinis (To: Achlys, A World Of Joy). La lumière vacille, maintenue en vie par une frappe tribale et cyclique, soutenue par un chant gravement clair et une basse enveloppante, presque rassurante. Le temps passe et la tête dans les étoiles on s’accommode de la contemplation paisible d’un monde en ruine… Jusqu’au retour brutal à la réalité du terrain, incarné par l’outrageusement violent (et bandant) Craft of Mourning, puis le très empathique Share My Pain, imprégné d’un feeling casse-reins qui n’aurait pas dépareillé chez Coalesce

Un second bilan reste à dresser, à la fois implacablement lucide et malgré tout vecteur d’espoir, aussi minuscule soit-il. La batterie balise un chemin sinueux via des mouvements perpétuellement fascinants, les guitares pleurent et s’harmonisent sans résignation, les cordes vocales expulsent une dernière fois les démons récalcitrants, pour ouvrir un passage vers une certaine sagesse, une patience éternelle. A Patient Man est à la hauteur de l’exigence d’écoute qu’il réclame et confirme la bouleversante sincérité des intentions contemplatives de Cult Leader, parvenant à percer une nouvelle membrane d’émotions extrêmement équilibrées.

A Patient Bandcamp.

A écouter : patiemment.
17 / 20
7 commentaires (17.14/20).
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Lightless Walk ( 2015 )

2013 était l’année témoin de la mort de Gaza, qui, malgré les circonstances atténuantes, nous a laissé un héritage grassouillet constitué de trois albums monolithiques, poisseux et profondément atteints d'une folie toute singulière. Folie qui a trouvé nouvel hôte en Cult Leader, soit Gaza amputé de son vocaliste controversé. La transition fut plutôt rapide car un premier EP est pondu en 2014 (Nothing For Us Here), dans la lignée de No Absolutes In Human Suffering du grand frère, le bassiste ayant pris le micro et ne se montrant de fait pas encore vraiment à l’aise à ce poste. Instrumentalement la touche des gars de Salt Lake City s’est complexifiée sans perdre en intensité, la faute à une cohésion rythmique démente et des ambiances cataclysmiques à se damner. Restait à confirmer ces nouvelles intentions sur la durée d’un album, avec pourquoi pas Kurt Ballou aux manettes, faisons les choses bien. Et Lightless Walk se situe largement au-delà du « bien ».

L’ex-bassiste envoie autrement plus efficacement la purée sur le plan vocal, pétri de variations, guttural et maîtrisé jusqu'au bord de la rupture, une progression remarquable en deux ans, bien qu’un peu moins « possédé » que Jon Parkin. En outre on demeure toujours plus fébrile devant la maestria instrumentale déployée, au service de l’étalage de tripailles finement tranchées. Passé un Great I Am introductif, ultra véloce et mal intentionné, nous voilà agrippés dans notre chair par les breaks accidentés de The Sorrow, empreint d’une sauvagerie familière qui semble avoir franchi un nouveau palier. On se souvient des difficultés à reprendre son souffle à l’écoute des disques de Gaza, et bien c’est ce qui nous attend ici, de manière peut-être légèrement plus contenue, à travers des aberrations magnifiques telles Suffer Louder et ses riffs pachydermiques, mutants et vigoureux, à faire jaunir un Coalesce, ou l'imprévisible Broken Blades qui vient renforcer l’animalité prégnante des compositions. L’ensemble tire davantage sur le hardcore mais des moments de répit affirment leur présence, en particulier sur le mélancolique A Good Life parcouru de spoken words, et le très post-hardcore/sludge How Deep It Runs, idéalement placé avant une conclusion éponyme de sept minutes mal éclairées mais brillantes, illustration d’une exténuante marche sans destination, aux mélodies blessées, ponctuellement investies de chœurs lointains, inaccessibles.

Le fantôme de Gaza déambule toujours au milieu des ruines reconstruites par Cult Leader, mais il ne paralyse nullement les velléités créatives de ses fidèles architectes, qui semblent même resurgir encore plus forts des décombres. Lightless Walk est d’ores et déjà la pièce maîtresse d’un groupe qu’on espère voir durer longtemps. Le plus longtemps possible.

Disponible via Bandcamp.

A écouter : seul et à blinde.
Cult Leader

Style : Chaotic Hardcore / Post-Hardcore / Noise / Death
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Origine : USA
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