Biographie

Colleen

Ancienne professeur en banlieue parisienne, Cécile Schott décide un jour de tout plaquer pour se concentrer uniquement à sa passion : la musique, et à son instrument : la viole de gambe, tour à tour utilisé comme contrebasse puis joué à l'horizontal comme une guitare.

Au-delà de cette spécificité, pourtant loin du baroque, Colleen déploie une électronique minimaliste très personnelle, à base de loops, qu'elle agrémente pour la première de sa voix sur Captain of None. Album pour lequel, elle signe chez Thrill Jockey (The Body, Lightning Bolt, Liturgy...), juste récompense d'un travail construit avec patience depuis de nombreuses années.

Chronique

Captain of None ( 2015 )

La signature de Colleen/Cécile Schott chez Thrill Jockey est autant un pari fou qu’un signe supplémentaire du bon goût du label pour les artistes expérimentaux. Sur le papier, avec sa viole de gambe et son jeu minimaliste, la Française n’a pourtant rien de bankable. A l’écoute, en revanche elle pétille d’une électronique joueuse et délicate à côté de laquelle il serait dommage de passer.

L'art musical de Colleen dépasse le style baroque de son instrument fétiche. En lui donnant une couleur résolument moderne, à base de picking et de boucles superposées - et qui se joint à l'utilisation d'autres instruments acoustiques, elle évolue dans un style bien à elle, qui se déploie avec légèreté au long des neuf titres de l'album. D'abord minimaliste, Captain of None est précisément exécuté, fin dans son approche en même temps que subtil dans ses variations. On retrouve ainsi Colleen flirter, ici, avec des techniques chères au Dub ("Holding Horses) dans le mouvement des lignes de graves et les réverbérations de ses notes ou, là-bas, faire résonner des percussions tribales jusqu'à l'abstraction ("This Hammer Breaks"). Très progressif, le morceau titre prend son envol final avec une facilité déconcertante. Le tout avec une simplicité qui invite à la découverte. En pénétrant son monde, l'auditeur attentif est récompensé.

C'est le cinquième album de Cécile Schott, le premier que l'on écoute aussi attentivement, mais la conviction est là que l'ancienne professeure a désormais trouvé comment peindre son univers. A l'instar de Liz Harris (Grouper), Colleen est seule face à ses instruments et sa voix, douce et vaporeuse, se perd à l'occasion dans les sinuosités de ses mélodies ("Lightouse"). Les deux artistes tissent une toile dense, chacune à sa manière : la première préfère généralement les nappes éthérées aux couleurs froides, la seconde un pointillisme lumineux, comme peut aussi le pratiquer Volker Bertelmann/Hauschka, avec lequel elle partage l'art et la subtilité du détournement d'instruments.

Captain of None est ce type d'album qui ne paie pas de mine au premier abord, mais qui révèle progressivement sa richesse de composition et ses inspirations. Colleen est au sommet de son jeu - un mix très personnel et émouvant de ses influences, de son talent et de son cœur.