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Biographie

Casey (UK)

Né en Grande Bretagne peu après les auditions de Tom (chanteur) pour Northlane, Casey sublime la nouvelle vague de melodic hardcore qui succèda aux grands du genre et voit nombre de ses nouveaux membres paraître sur la même chaîne où Casey fit son apparition pour la première fois : Dreambound records, avec "Hell" le 3 janvier 2015. Présentant un univers profondément torturé, émotif et à fleur de peau, le mélodic hardcore déployé par la formation ne mit pas longtemps à trouver son public tant sa qualité était incontestable. Depuis cela, le groupe profite d'une renommée importante et tourne avec beaucoup de gros groupes comme Being As An Ocean. On vit alors naître l'excellent premier opus "Love Is Not Enough" en 2016, qui ne manqua évidemment pas de défrayer la chronique. Son successeur, "Where I Go When I'm Sleeping", sorti en début d'année 2018 et fut le prolongement de la maîtrise démontrée jusqu'alors. 

Chronique

17.5 / 20
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Where I Go When I'm Sleeping ( 2018 )

Casey fait partie de ces groupes pour lesquels chaque sortie est un événement. Chaque production, chaque effort artistique est, à mes yeux, d’une perfection qui chaque fois, pour ceux qui les suivent, frôle l’incompréhensible. Love Is Not Enough était un véritable traumatisme auditif lorsqu’il est sorti (et il l’est encore), montrant enfin les capacités introspectives de la formation Britannique, à une plus grande échelle que le court EP Fade. C’était un bijou de catharsis où régnaient en démiurges Regret et Culpabilité. 

Et après un nombre incalculable d’écoutes de cette première grosse mise à bas, force est d’avouer que le successeur se devait être d’une solidité et d’une authenticité contraignantes. Et lorsque « Where I Go When I’m Sleeping » fut annoncé, c’est l’appréhension et l’impatience en tête que l’on visionna la couverture intrigante proposée pour ce nouvel album. Obscure, déstructurée et beaucoup moins « rose » que Love Is Not Enough (oui, il faut avouer que la couverture totalement rose du prédécesseur a fini par se fixer comme standard pour l’assidu auditeur), ce sont des formes anarchiques confuses d’un rouge sombre qui viennent animer le fond vert foncé encore plus abscons. 

Il convient aussi de remarquer que ce changement d’esthétique correspond avec le titre. Tout le concept de l'album se déroule désormais dans les "rêves" de Tom, sur fond de lit d’hôpital. Manifestant des symptômes de maladies très graves à plusieurs reprises (on se souvient de ce concert annulé car la moitié de son visage ne bougeait plus), c’est ici un horizon opiacé que l’on nous propose, noyé dans les rêves amorphes et sans sens d’une camisole chimique.La première n'a pas retenti et pourtant l'ambiance se fait déjà ressentir.

J'ai toujours eu tendance à être très optimiste sur la qualité de ce que sont capables de produire Casey. Et ce n’est pas Where I Go When I’m Sleeping qui me fera dire le contraire. Cette impression qui nous attendait dès la couverture du skeud se retrouve incroyablement bien tout au long de l’album, distillée/immergée dans la catharsis intime de Tom qui, une fois de plus, va nous démontrer sans aucun problème que oui, Casey n’existe que depuis 3 ans, mais oui, ils n'ont définitivement rien à envier aux plus grands du genre.

De son début à sa fin, Where I Go When I’m Sleeping livre un véritable récit de détresse et d’aliénation, voyant le lyriciste axer ses textes sur un tout autre sujet que pour Love Is Not Enough. C’est un autre côté de l’univers de Casey que l’on découvre en fait, qui n’était que le fond du problème chez le prédécesseur, devenu ici le monstre omniprésent. Il comporte des titres absolument bouleversant, comme le titre d’introduction à l’album « Making Weight » qui me rappelle un Hotel Books chanté, une véritable confession fébrile sur fond ambiant/post rock. Je n’ai pas tardé à faire le lien entre ce titre et « Darling » de LINE, duquel clip nous montrait un Tom résigné, vaincu face à une fatalité acquise, comme c’est le cas pour ce titre d’introduction du nouvel album.  Dans le registre des titres doux, nous pouvons également retenir « Needlework », aux sonorités Indie Rock, avec un chant clair parfaitement maîtrisé. 

Dans son ensemble, ce nouvel album est relativement proche de ce que Casey a su nous démontrer jusqu’ici. Un travail réellement soigné, comme le son aérien de « Bruise » le prouve très bien, aussi bien dans la production que dans la composition. Ce qui change sur cet album est pour moi un « jusqu’au-boutisme » qui démontre bien les quelques éléments manquants aux précédentes sorties. Des breakdowns plus énervés, des titres moralement plombants : ce qui change chez Casey est que chaque pan émotionnel abordé dans cet album est poussé à son maximum pour révéler une violence tout autre que celle que l’on découvrait dans l’album précédent. Je pense notamment à l’excellent titre final avec une partie breakdown qui suit le début d’un titre déjà violent, aussi bien vocalement qu’instrumentalement. Et cette passion augmentée se retrouve contrastée dans la fin du titre avec un spoken word doucereux tenu par un Tom plus neutre que jamais, illustrant une fois de plus assez bien cette ambiance « anesthésiée » qui résonne jusque dans le concept de l’album.

On remarque aussi assez bien une nette augmentation de la mise en avant des ambiances, notamment avec pas mal de titres dépouillés de toute batterie, ne laissant place qu’au son éthéré des guitares, et parfois à la voix neutre et à la fois triste du lyriciste. On pourra ainsi citer une fois de plus « Making Weight », mais aussi « Morphine », un court titre dont le crescendo rappel parfaitement l’engourdissement progressif d’une injection de morphine. Loin d’être une coincidence, c’est même un morceau relativement important dans l’album, car il représente bien la bête décriée à travers cet album. Un monstre chaleureux, doux et apaisant. 

C’est finalement la sortie de la maturité. Les différents éléments ajoutés (malgré qu’ils soient minoritaires) s'intègrent parfaitement la structure musicale, tout en maintenant la cohérence globale. Que ce soit les nouvelles techniques vocales utilisées par Tom (« Phosphenes » et son chant clair haut) ou bien les rythmiques bien plus énergiques qu’on retrouve dans pas mal de titres (« Wavering » entre autre), c’est un album vraiment complet proposés par les Britanniques. Je me permettrai d’émettre une légère interrogation quand à la suite du groupe, surtout vis à vis de l’orientation qu’ils vont choisir. On a vu Being As An Ocean sortir progressivement du Hardcore pour se réfugier dans l’électronique désormais incorporée à leurs travaux, on a vu Pianos Become The Teeth propager un Indie Rock mievreux et passionné. Qui sait ce que Casey feront pour la prochaine sortie ? Tout ce qu’ils ont produit jusqu’ici à su être marqué par ce seau de l’authenticité, cette volonté profonde de catharsis. Après deux horizons balayés à travers deux full-length, c’est un sans faute absolu. Deux albums qui raviront mes oreilles pendant un sacré bout de temps, tant la passion mise dans la création de cette musique sait imprégner la totalité de leur musique. 

L’endroit où habitent les rêves n’est qu’un monde opiacé où l’illusion forge la réalité même, et où cette dernière est bafouée jusqu’à n’être qu’une poussière dans un océan de douceur. C’est là que l’univers de Casey se trouve, aliéné sur un lit d’hôpital, entre pertes de raisons et abandon de soi même. Juste là, emprisonné par la morphine et  la solitude, se trouve la pépite musicale qu’est « Where I Go When I’m Sleeping ». Je finirai d’une façon peut être trop personnelle, peut être trop niaise :

Merci, énormément. 

A écouter : Making Weight ; Wound ; Phosphenes
Casey (UK)

Style : Mélodic Hardcore/Screamo
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Origine : Royaume-Uni
Site Officiel : caseytheband.com
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