Biographie

Captain Beefheart and his Magic Band

Le Captain Beefheat / Don Van Vliet / Donald Glen Vliet est né le 15 janvier 1941 à Glendale en Californie.  A l’université il fait la rencontre déterminante de celui qui restera l'un de ses plus proches amis, Franck Zappa. Les deux ont quelques groupes ensemble mais en 1964 le Captain ira fonder son propre groupe, le fameux Magic Band. Le groupe opte au début pour un blues teinté de rock plutôt classique (sur Safe as Milk en 1967) avant de dériver dans un style bien plus barré et expérimental qui a fait la renommée du groupe.

Lorsque Trout Mask Replica voit le jour en 1969 sur Straight Records - le tout nouveau label de Franck Zappa - le public ne comprend pas et le rejette massivement tandis que la critique ne cesse de saluer le génie et la créativité dont le groupe a fait preuve sur cet disque. Trout Mask Replica à été composé en trois semaines mais nécessitera huit mois de mise en forme. Après la sortie de Lick My Decals Off qui s’inscrit dans la continuité de Trout Mask Replica le groupe n’est plus Captain Beefheart and his Magic Band mais Captain Beefheart and the Magic Band.

Sur The Spotlight Kid et Clearspot, le Magic Band emprunte une voie plus conventionnelle et commerciale, jusqu’aux affreux Unconditionnaly Guarented et Blue Jeans and Moonbeams sortis en 1974 qui nagent dans un consensualisme à 1000 lieues de ce que l’on pouvait attendre du Captain et de ce que l’on appelle alors son Tragic Band.

Dès 1978, le groupe change du tout au tout. Le Captain Beefheart engage des musiciens plus jeunes dont certains étaient des fans de longue date du groupe. C’est un véritable nouveau départ, les deux albums qui suivront son considérés comme le grand retour du Captain qui reprend les choses là où il les avait laissées avec Lick My Decals Off.

Après Ice Cream for Crow en 1982, le Captain Beefheart se retire de la scène musicale et pour se consacrer à la Peinture. Il vit aujourd’hui seul et isolé, et serait atteint d’après les rumeurs (que tous ses amis réfutent) de sclérose en plaques.

Chronique

18.5 / 20
2 commentaires (18.75/20).
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Trout Mask Replica ( 1969 )

Trout Mask Replica c’est d’abord une créativité sans bornes, que rien ne semble pouvoir altérer. Rien du tout. La faute à un certain Frank Zappa ami proche du Captain Cœur de Bœuf qui lui propose de sortir un album sur son label. Et qui va également le produire. Pas de vile maison de disques dans l’histoire, aucune limite : c’est la liberté artistique totale pour le Capt'n. Hop : un studio, des hippies déglingués, du LSD et on enregistre un chef d’œuvre dadaiste dont le mystère reste entier, et ce depuis 40 ans.

Imaginez du blues, beaucoup d’alcool et des buvards. Lunettes rondes, vestes à paillettes et partitions tâchées. Des morceaux rock aux allures de free jazz bancal, des cuivres parfois. Un grand feu de joie presque bordélique, il n’est même pas rare d’entendre entre les morceaux des enregistrements de discussions avec dieu-sais-qui, des spoken-word (le génial Well), des essais en studio ratés (le début hilarant de Pena), des discussions et divers heu… trucs. Nul doute, cet album est dingue, et ces types encore plus. Au fond c’est comme un puzzle : on vous donne les pièces, à vous de les assembler.

Les paroles sont un grand moment de bonheur, une profusion de mots, d’images, un collage sens dessus dessous. Le Cap' est un poète dégénéré avec une écriture folle, au moins aussi folle que sa musique.  L’un dans l’autre, c’est le chaos organisé, un jaillissement de couleurs et d’idées, de rimes et de mélodies foireuses. Avec, en plus son chant de crooner bourré, de clochard illuminé, Captain Beefheart atteint des sommets dans le grand n’importe quoi cosmique.

Sans doute l’un des disques les plus barrés de tous les temps, Trout Mask Replica ne se livrera pas sans des efforts répétés. Et pourtant, une fois qu’on l’a écouté il colle à la peau comme un vieux chewing-gum, on aimerait bien s’en débarrasser, mais non, on ne peut pas. Il fait partie de ces albums quasi-insondables, dont on est persuadé de découvrir quelque chose à chaque écoute. Et puis un beau jour les choses deviennent moins floues, et l’effort est récompensé, largement.

Trout Mask Replica est géant. Nous sommes en 1969, le Capt’n et sa bande viennent d’écrire l’une des pages musicales les plus passionnantes du 20ème siècle, ni plus, ni moins. Il serait dommage de passer outre même si beaucoup sont restés, restent et resteront encore sur le bord de la route.

« Fast’n Bulbous ! »

A écouter : Tout ou rien