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Biographie

Boris

Un jour des japonais ont décidé de faire de la musique. Il s'agissait de Wata a la guitare, une exotique et charmante personne, Takeshi à la basse et Atsuo aux vocaux et à la batterie. Plus le contexte où la musique est créée est oppressant plus la musique crée est extrême. Boris présente une des musiques les plus extrêmes, pas forcément dans le genre mais plutôt dans la façon d'aborder les genres. Un beau bordel, en effet c'est ce que l'on serait tenté de dire. Imaginez les Melvins et leur grunge déjanté qui rencontreraient les Pink Floyd et Earth pour le son...Impensable. C'est un peu le sentiment qui berçe nos écoutes des cds de Boris, quelque chose d'impensable...mais pourtant bien réel, un des groupes artistiquement majeurs de ces dernières années.

15.5 / 20
5 commentaires (16.6/20).
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Pink ( 2006 )

Ce qui est appréciable chez Boris, c'est leur capacité à surprendre à chacun de leur pas. A vrai dire, la chose est même devenue une marque de fabrique. Car artistiquement parlant, les japonais exploitent avec la même aisance de multiples sentiers. Du doom version grand format, au rock bien psyché en passant par le sludge ou les fréquences drones, Boris a bien du mal à contenir ses prolifiques envies d'éclectisme. Etant donné le résultat final, on n’ira pas se plaindre de leur démarche, même s'il n'est pas forcement facile d'être toujours unanime sur des albums aux identités si versatiles (quoique ...). Bien sur Boris conserve tout de même une toile de fond et une certaine ligne directrice caractérisées par un son lourd, pesant et bourru en toute circonstance.
Avec Pink, Boris tape principalement dans le stoner électrisant et furieux très 70's, mais lorgne aussi vers le doom bien sombre ("Blackout"), le post-rock nébuleux ("My Machine") ou crasseux ("Parting"). Bref, encore une fois les nippons livrent un beau bordel organisé, un chaos brumeux faussement bancal mais attirant. Terriblement attirant même, car Pink contient une grasse poignée de perles dans le genre. Avec cette voix accentué et aérienne qui traîne la langue et son lot de riffs à se rouler par terre, Boris n'a pas de mal à accoucher de tubes rock. Le céleste "Parting" où l'intense "Electric" et son rythme soutenu en sont les parfaits exemples.
Ce qu'on pourrait éventuellement regretter ici, ce sont les alternances de morceaux pas toujours triviales (ces dernières ne le sont quasiment jamais en fait). Ainsi, les nouveaux venus devraient avoir un peu de mal à être véritablement séduit par les atmosphères que le groupe ne prend pas forcement le temps de diluer. En ce sens, Boris s'adonne ici à l'interprétation d'une série de "nouvelles", là ou Feedbacker serait, à l'opposé, un "roman fleuve". C'est à prendre comme tel. Avec un peu de patience et sans immédiatement céder à la facilité consistant à se rabattre sur les titres les plus tubesques, Pink devrait convaincre n'importe quel amateur de Boris version rock et au final de Boris tout court.

A écouter : Parting - Electric - Blackout
17 / 20
2 commentaires (16.25/20).
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Feedbackers ( 2004 )

Earth 2, ce cd mythique et intemporel. Joe Preston et Dylan Carson prophétes immortels et tout ça grâce à ce cd... Source de toutes sorties d'hommages :un cd de reprises (avec Autechre, Sunn O))), JK. Broadrick...), Sunn O))) lui même, Teeth Of Lion Rules The Divine et son Rampton et...les basses fréquences de l'Asbolutego de Boris.

Les japonais sont connus pour leurs excentricités et leur insatiable besoin de faire différent. Feedbackers n'échappe pas à la règle. Le feedback, cet art divinatoire aux consonnances infinies, si souvent décrié mais grandement éprouvant.

Içi, pas question de repondre un Absolutego, Flood étant passé, et du ciment dans les inspirations coulé. Et Boris passe admirablement un cap : celui de ne pas tomber dans le "un concept/un cd" mais dans le concept protéiforme.

Feedbackers est en effet le genre de cds protéiformes particulièrement rebutant : conceptuel et poussé en longueur, dans une longue piste ultra progressive. Mais le fond justifie la forme, les idées sont multiples et le seul moyen d'imposer des transitions correctes est de jouer avec les ambiances. Dans ce jeu, Boris s'impose haut la main. Feedbackers mue des graves en aigues, des déluges lourds et lancinants en escapades psychés hallucinatoires. Le son de guitare est changeant, alternatif et de larve primitive se transforme en un papillon clair voire transparent. Pink Floyd n'est pas loin, dans la façon de faire sombrer dans une ambiance déjantée et opressante, tout en restant lumineuse et citadine.

Le tout est réhaussé par une voix qui ne se fait pas distinguer, entre Sigur Ros pour l'envoûtement et la récitation maladive. Une batterie apparait, discrete et trés trés légere, rompant avec la gravité terrestre...

Feedbackers, ou l'art d'empiler l'opression en musique, sous toutes ses formes.Boris enfonce deux clous d'un coup: celui d'achever la démarche Absolutego, et celui de prouver que Flood n'était pas qu' un éclair de génie à part, sinon que le groupe est à part...et est génial. Avec l'émergence de tels groupes, on se met à rêver de bigs bands, comnme à la grande époque du jazz, jammant autour de nappes de feedbacks endiablées.

A écouter : Feedbackers.
16 / 20
4 commentaires (14/20).
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Akuma No Uta ( 2003 )

Au pays du soleil levant, il n'est pas habitude de trouver le désert. Pourtant, Boris capture ces grandes étendues et s'approprie le terme rock n roll. Bien au delà de vouloir copier Kyuss, le groupe a ingurgité sa production, de quoi était fait le rock n roll, le groovy du groupe phare des Desert Sessions. Ayant compris que sans le son adéquat, la qualité d'une compo n'est rien, Boris nous propose encore une fois un moment changeant dans sa discographie. L'intro se base sur un feedback oppressant mais très mélodique. directement venu de chez Sunn O))) ou Earth, cette intro nous envoie dans un monde angoissant avec un effet arrière montant (larsen ou autre chose?). Sombre mélange de nappes d'effets et de son pachidermique, le son nous écrase peu à peu, pour déchirer finalement un cratère au milieu de la terre : saturation et angoisse sont à leur comble.

De ce cratère Boris va sortir et nous livrer un rock n roll des plus purs et des plus enragés. Stoner deluxe pour le mécrèant, la musique enfonce une porte ouverte du rock n roll. En effet, les guitares suraiguës jouent dans un registre blues parfois volé à Jimi Hendrix mais la base rythmique (surtout la basse) joue un sludge cradingue et exécuté dans les règles de l'art. Tout l'album va osciller entre l'aigu distordu d'une guitare endiablée et la crasse malsaine d'une batterie enragée et d'une basse surproduite. Et quand la guitare rejoint des contrées parfois plus graves (Furi par exemple), nous avons à faire à du gros noise/bruitiste dégoulinant. À partir de là on ne sait plus très bien comment cerner l'album : un stoner au son sludge sans en être, teinté d'un blues groovy diablement 70's.

Ce n'est pourtant pas le seul constat de l'album. Naki Kyuoku joue dans l'interlude floydienne terriblement psyché et mélancolique et Ano Onna no onryou nous rapelle étrangement un Janis Joplin. Ainsi, ce paysage 70´s est magnifiquement bien dépeint avec l'ajout d'une production sludge plus moderne. De surcroît, la voix ne frole pas les graves, elle se contente de chanter de façon très aérienne, et très rock n roll. Pour avoir le culot de tout exécuter avec autant de classe, de composer aussi efficacement il faut bien evidemment avoir ingurgité un répertoire impressionant de genres différents.

Le tout est relevé par une production très riche, comme l'on avait souligné, le genre de son que même l'excellent Jon Spencer blues explosion ne trouvera pas. Oh, Oh, reveille toi, Boris c'est juste un groupe qui feedbacke, tout ça ce sont tes fantasmes, écoute bien l'outro..Quoi que...et si ils se payaient le culot de jouer un stoner aux guitares feedbackés, histoire de finir de laminer les derniers connexes présents dans ton cerveau. La prochaine fois, faudra prendre une tisane, tu diras moins de bêtises.

 

Télécharger : Ibitsu , Vidéo Ibitsu ( cliquer dessus)

A écouter : Le matin