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Biographie

Blur

Pour une biographie exhaustive de Blur, vous trouverez toutes les ressources nécessaires sur Internet, et notamment l'article Wikipedia correspondant. Par peur de la redite, on ne fera ici que rapidement souligner le côté emblématique des Anglais dans leur volonté de renouveler la Britpop au début des années 90, l'ascendant qu'ils ont pris toute au long de cette décennie-là, et la stature de groupe emblématique qui ne les a pas quittés depuis.

En 2015, The Magic Whip marque le retour dans le groupe de Graham Coxon, et du producteur Stephen Street (leur producteur attitré dans les années 1990), après un hiatus de 12 ans et un Think Tank en demi-teinte, composé en grande majorité par Damon Albarn, seul aux commandes.

A l'attention des novices, Parklife et Blur sont sûrement les deux albums les plus indiqués pour entrer dans leurs productions.

Chronique

15 / 20
2 commentaires (12.75/20).
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The Magic Whip ( 2015 )

C'est beau comme du Disney. Séparés aux débuts des années 2000 par une amitié fatiguée, Graham Coxon et Damon Albarn se retrouvent à la fin de la décennie, jouent quelques concerts, se regardent dans les yeux, cheveux au vent, et se rabibochent. Ils n'ont pas encore beaucoup d'enfants tout de suite, chacun partant vaquer à nouveau à ses productions respectives; mais loin des yeux cette fois ne veut pas dire pas loin du cœur. 2013 : le groupe voyage pour un obscur festival japonais, annulé au dernier moment. Coincés pendant cinq jours à Hong-Kong, Albarn et Coxon jouent au macramé et bidouillent quelques compositions pour passer le temps. On aurait pu en rester-là, se serrer la main et se quitter bons amis mais Coxon, de retour en Angleterre, travaille dans son coin, réarrange les différents bouts, et procède à de nouveaux enregistrements avec le producteur historique de Blur, Stephen Street, et ses compagnons de groupe, Alex James et Dave Rowntree. Il en fait un cadeau-surprise à Damon Albarn, qui ne demandait pas mieux et, ta-da, Blur sort The Magic Whip son premier album en douze ans, seize si on compte la bande au complet.

Le background a des airs de conte de fées mais revoir ainsi débarquer un groupe recomposé a de quoi susciter l'appréhension. Des reformations sépia des années 90, on en dépasse le quota tous les jours ces dernières années, pour des intentions parfois malhonnêtes et des résultats souvent mitigés. Au moment où j'écris, c'est Refused qui s'y colle mais n'y voyez bien sûr aucun rapport avec la phrase précédente. On en frôle presque l'indigestion. Blur n'est pourtant pas fait de ce côlon-là. Les Anglais parviennent très honnêtement à tirer leur épingle du jeu en proposant une synthèse réussie, entre Britpop old school et arrangements plus modernes. De fait, il ne s'agit pas de rejouer Parklife ou The Great Escape malgré quelques clins d’œil familiers, ni - plus heureusement - de revenir au tout électronique de Think Tank. Il s'agit de réconcilier l'ancienne et la nouvelle génération, de montrer que l'on peut faire du neuf avec du vieux tout en évitant la linéarité des compositions. L'enchainement de la première moitié du disque, jusqu'à l'onirique "Thought I Was A Spaceman" qui déroule sur six minutes ses mélodies flottantes et les lyrics aériens de Damon Albarn, et la retombée sur l'énergique "I Broadcast", plus terre-à-terre, caresse de près cette idée sans complexe. Une manière de dire que, peu importe ce que vous attendiez, Blur s'est fait plaisir.

Tout au long de sa carrière, il s'en est fallu de peu que la musique de Blur ne soit le résultat d'une bataille d'égos, comme celle d'Oasis a pu le devenir jusqu'à imploser. Le groupe a su manœuvrer habilement, même si la patte imposante de Damon Albarn a souvent pris le dessus sur le gant de velours de Coxon. En l'occurence, The Magic Whip se donne à l'un, puis à l'autre, avec un balancement bienheureux. Albarn se montre plus inspiré dans ses lyrics ("Lonesome Street", "Pyongyang") qu'il n'a pu l'être sur son récent album solo, et Coxon a mis du cœur à l'ouvrage pour faire sonner ses guitares à l'ancienne, harmoniser l'ensemble et réfréner tout envie d'emphase et de grandeur de mauvais goût, même si cela n'excuse pas quelques ratés ("Ghost Ship"). Composé avec un groove certain que l'on retrouve dans les lignes de basse derrière les manipulations électroniques, et en dépit d'une deuxième partie moins marquante, l'album est émaillé de titres discrets à l'efficacité grandissante ("Ice Cream Man", "There Are Too Many of Us") qui n'ont rien à envier à la bruyante "Go out", tube plus évident, qui se fond peu à peu dans le moule.

Ce qui est appréciable sur The Magic Whip, c'est l'évidence refusée de morceaux qui se livrent pour être apprivoisés par un auditeur patient. Un auditeur vieux qui aurait oublié de vieillir, mais qui apprécie sa dose de confort et le soin accordé à son environnement. Le packaging a beau être neuf, l'assise est toujours aussi solide.