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Biographie

Blood Incantation

En provenance de Denver dans le Colorado, Blood Incantation est un groupe s’adonnant à un Death Metal Old-School fortement inspiré par les univers spatiaux et les anciens récits cosmogoniques tels que les mythes mésopotamiens Anunnaki. Formée en 2011, l'entité est alors composée de membres des groupes Abysmal Dimensions et Spectral Voice : Paul Riedl au chant et à la guitare, Isaac Faulk à la batterie et Morris Kolontyrsky à la guitare. Après trois démos sorties entre 2013 et 2014 chez Woodsmoke, le trio accueille dans ses rangs le bassiste fretless Jeff Barrett (également affilié à Spectral Voice). Ce n'est qu'à partir de 2016 que ce dernier prend part au processus créatif avec Starspawn, premier album signé chez Dark Descent Records et entièrement produit en analogique.

16 / 20
5 commentaires (16.6/20).
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Hidden History Of The Human Race ( 2019 )

A n’en point douter, les bienheureuses et bienheureux déjà convertis à l’époque Starspawn/Interdimensional Extinction se sont jetés sur ce nouveau bébé-alien et l’ont sûrement rangé parmi les albums phares de 2019. Pour les autres il n’est pas trop tard, munissez vous de la première combi spatiale à vous tomber sous la main, faites un bisou à vos proches, et en route pour le futur. 

Pour son deuxième long format, Blood Incantation nous trimbale à nouveau dans son décor mystico-spatial caractéristique. Le groupe y déploie son Death Metal très illustratif et visuel, parcouru par des faisceaux d’harmoniques et traversé de mélodies lasers. Le quatuor fait le pari de transporter son auditeur plutôt que de le faire mouliner des bras ou ployer la nuque. Les riffs misant sur l'efficacité pure sont disséminés çà et là et n'occupent qu'une place secondaire du paysage.
Au contraire, les musiciens préfèrent nous donner à entendre des bizarreries difformes, à varier les gammes mineures et majeures dans des mesures peu stables. De quoi se représenter des créatures immondes venues du fin fond de l’espace-temps pour asservir l’humanité. A condition de s’en donner le temps, car on ne peut apprécier pleinement ce disque d’une simple oreille distraite ; Hidden History Of The Human Race ne révélera ses secrets qu’avec une écoute attentive et complète. 

Mais que les plus fâchés avec la musique sophistiquée ne se formalisent pas. Conscients de la frénésie qu'ils imposent, les Américains n'hésitent pas à lever le pied à plusieurs reprises. On nous sert du mid-tempo aux cymbales ruisselantes et aqueuses, tandis que soufflent les vents de phaser et de notes clean. Plus nombreux qu’auparavant, ces interludes (parfois abrupts) fonctionnent et donnent du relief, de l’atmosphère, ils posent un cadre. Une sorte de panorama apaisé avant de se faire ravaler tout cru par le chaos (Inner Paths (To Outer Spaces)). 
Comme à l’habitude de ses géniteurs (on se souvient de Vitrification Of Blood pt.1), HHOTHR s'achève par un voyage de 17 min que l'on imagine en parfaite résonance avec les scènes hallucinées du vortex de 2001 L'odyssée de l'espace. On y décèlera de gros clins d’œil appuyés aux vieux jours de Death et au Formulas Fatal To The Flesh de Morbid Angel, mais pas que. Parce que c’est dans ces titres les plus développés que l’on épouse le plus la musique de Blood Incantation, instable par moments puis coulant de source dans les solis et les phases mélodiques qui nous ramènent à la réalité. 

A l'instar de Death, Cynic et Atheist qui ont en leur temps ouvert des brèches Death-Prog qui leur étaient propres, Blood Incantation trace lui aussi un nouveau chemin tortueux. En plein âge du Death Old School revisité, les Américains font partie de la poignée de formations à avoir un son, une patte vraiment spécifique et immédiatement identifiable. Les gars du Colorado tirent leur épingle du jeu une nouvelle fois et vont conquérir à coup sûr de nouveaux territoires avec cette deuxième engeance. 

16 / 20
3 commentaires (17.83/20).
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Starspawn ( 2016 )

Après nous avoir mis sur orbite avec Interdimensional Extinction, le quatuor de Denver est de retour pour nous faire explorer les méandres d'une planète au climat hostile : Starspawn. Immergé dans ce macrocosme sonore l'auditeur sera mis à mal, confronté à un univers musical instable et protéiforme.

Pas de piste introductive ni d'entrée en matière progressive. Vitrification Of Blood (Part I) démarre au quart de tour avec un Death sulfureux au son bougrement heavy. Rudoyé par les frappes massives de la batterie et les riffs malsains des grattes, on est comme happé par une cadence infernale. Blood Incantation nous bringuebale par des incartades imprévisibles tout en conservant cette touche de folie dérangeante nourrie par un son chaud et organique. Hidden Species (Vitrification Of Blood Part II) nous précipite davantage dans ce sentiment d'inquiétante étrangeté avec ses mélodies distordues et ses paysages sonores lunaires. Toujours en mouvement, les compositions témoignent d'une inventivité intarissable à tel point que rien ne laisse présager les renversements de thèmes ou les volte-face rythmiques. On a l'impression que le groupe a donné libre cours à son inspiration sans s'imposer de limites quant aux structures et longueurs des morceaux. Avoir osé pondre un titre de 13 minutes pour un album de 35 minutes, c'est pour le moins déconcertant.

De part son approche, la musique tempétueuse des deathsters peut évoquer le caractère turbulent/touche-à-tout de maudlin of the Well. Combinant des parties tantôt rentre-dedans tantôt groovy, des passages psychédéliques viennent aérer le tumulte de la narration. Dans une sorte de délire hallucinogène les solos de guitare se propagent au moyen d'effets chorus planants. Mais si chaque membre fait preuve d'une grande maîtrise de son instrument, ils nous épargnent un déluge de démonstrations techniques indigestes propre à certains groupes de Death Technique sur-produits.

Starspawn apporte un vent de fraîcheur dans le paysage du Death Metal. Sans non plus se détacher totalement des canons du genre (Morbid Angel, Death) ce dernier joue avec les codes et crée un univers très personnel. Il est vrai que la structure éclatée des morceaux peut rebuter ou donner la sensation d'une superposition d'ébauches mais cet aspect déroutant nous incite à apprivoiser l'album du début à la fin faisant obstacle à toute lassitude. Malgré sa courte durée ce nouvel ovni prouve que tout n'a pas été dit, que l'on n'est pas condamné à se tourner vers le passé et à répéter les même schémas.

A écouter : Vitrification Of Blood (Part I) / Hidden Species (Vitrification Of Blood Part II)