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Biographie

Bjork

Björk Gudmunsdottir jouit très tôt du statut d'enfant-star. Entrée au conservatoire de Reykjavik dès l'âge de cinq ans, elle enregistre, à 11 ans, un album avec The Pops, le groupe de son beau-père. Gamine effrontée, elle écume les bars avec des formations éphémères comme les ados punkettes de Spit and Snot ou encore Tappi Tikkaras, avec lequel elle sort deux mini-albums, Bitid Fast i Vitid (1982) et Miranda (1983). Parallèlement, elle écrit sur des petits carnets des bouts de chansons plus personnelles. Elle se rappelle bientôt au bon souvenir des islandais au sein des punks avant-gardistes de K.U.K.L., qui sortent deux albums The Eye (1984) et Holidays in Europe (1986). Suite à la faillite de leur label, les membres s'éparpillent et se réunissent aussi vite, sous le nom de The Sugarcubes, entre new wave et pop anglaise.

L'album Life's Too Good se vend à un demi-million d'exemplaires en 1988 et place l'Islande sur l'échiquier musical international. On ne peut pas en dire autant du suivant Here Today Gone Tomorrow, mal accueilli et mal vendu. Björk se ressource ainsi en 1990 avec Gling Glo, un album de chansons traditionnelles islandaises revisitées façon jazz, avant de collaborer avec le groupe Manchester 808 State de Graham Massey sur deux titres electro.
Regonflée, elle revient aux Sugarcubes avec de nouvelles idées, aboutissant à Stick Around Your Joy, sorti en 1992, qui vaut au groupe de faire la première partie de U2 aux Etats- Unis. Leur split intervient peu après.

Symboliquement intitulé Debut, le premier album solo de Björk est une mine de sonorités diverses et de collaborations avec des musiciens de tous horizons (dont Graham Massey, mais aussi Nellee Hooper ex-Soul II Soul et le joueur de tabla Talvin Singh), venus aider l'artiste à mettre en formes une pop toute neuve, véritable mètre-étalon de multiples collages musicaux à venir au sein du paysage musical. Propulsée par une énorme hype, Björk devient une star internationale, au point d'écrire le morceau Bedtime Stories pour Madonna en 1993. L'année suivante, elle part aux Caraïbes pour enregistrer Post avec le producteur Marius De Vries et Howie B., valeur montante de la scène electro londonienne. Elle collabore aussi avec Tricky sur deux titres de ce nouvel album, ainsi qu'avec le fidèle Talvin Singh, l'arrangeur Markus Dravs et le musicien brésilien Eumir Deodato. Sorti en 1995, Post brille par sa qualité musicale extraordinaire, traversant des paysages naturels tendus entre de multiples variations électroniques. Le clip de It's Oh So Quiet signé Spike Jonze se taille la part du lion dans les rotations de MTV, ce qui contribue encore à asseoir Björk comme une superstar de la pop.

Sorti en 1997, l'album suivant s'intitule Homogenic et suit les sinusoides émotionnelles d'une Björk habitée, déclarant son amour de l'Islande au fil de dix compositions fracassantes, telle Bachelorette, dont le clip perpétue le statut d'artiste visuel de Björk avec le français Michel Gondry, pour la troisième fois à la réalisation (après Human Behaviour et Isobel).

Epuisée par son activité créatrice incessante, Björk se retire en Islande fin 1998. C'est là que le réalisateur danois Lars Von Trier (Breaking the Waves, Les idiots) vient la chercher pour le rôle principal de Dancer in the Dark. D'abord réticente,  Björk finit par accepter. C'est alors son deuxième film après The Juniper Tree (présenté à Sundance en 1991). Elle signe la BO de Dancer in the Dark, intitulée Selmasongs, témoignage de Selma, "cette petite fille introvertie et passive" pour lequel elle collabore avec Thom Yorke (Radiohead) sur le magnifique duo I'Ve Seen It All, surpassant la version filmée avec Peter Stormare. Même si le film lui vaut bien des prises de bec avec Lars Von Trier (notamment sur son travail de compositrice), il remporte la Palme d'Or à Cannes en 2000 et lui vaut le prix d'interprétation féminine. Pendant le tournage, la chanteuse fait appel à son compatriote Valger Sigurdsson avec lequel elle débute les sessions d'enregistrement de ce qui va devenir Vespertine. Disque intime, en particulier après sa rencontre à New York avec l'artiste contemporain Matthew Barney, il lui permet de s'entourer notamment de la harpiste Zeena Parkins, du duo électro Matmos ou encore du compositeur Mark Bell. Ode au charnel, porté sur les rêveries intimes, Vespertine file le vertige à force d'instrumentations complexes et coulées, comme autant de perles. Elle missionne le duo Matmos afin de réorchestrer nombre de ses compositions pour une étonnante tournée symphonique.

Son disque suivant, Medulla, s'avère déconcertant. Nanti d'invités aussi prestigieux que Mike Patton, la compositrice islandaise Jonnus Vidar ou Razhel de The Roots, au milieu de ses fidèles Bell, Matmos, Sigurdsson et Guy Sigsworth, cet album très intuitif n'utilise qu'un seul instrument, la voix de Björk.
On ne peut pas en dire autant du petit dernier, Volta, qui lui permet de collaborer notamment avec le producteur américain Timbaland ou le crooner androgyne Antony (Antony&The Johnsons). Volta s'avère tribal, percussif, minéral et pour le moins non-conventionnel dans la discographie d'une artiste qui de toute façon ne l'a jamais été. Pour l'occasion Björk demande au français Michel Ocelot (Kirikou) de signer le clip de son premier single écologiste Earth Intruders.

Chroniques

Vulnicura Volta
16 / 20
6 commentaires (16.58/20).
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Vulnicura ( 2015 )

Björk est on le sait une artiste avant-gardiste qui cherche toujours à surprendre et se réinventer. Biophilia son précédent opus proposait une série d'applications multimedia pour chaque piste de l'album. Une idée originale hélas plombée par la pauvreté mélodique de cet opus, sans conteste son album le moins réussi à ce jour. Vulnicura son nouveau disque ayant fuité sur le net en début d'année, il s'est retrouvé disponible sur I-Tunes en exclusivité avant sa sortie en CD le 16 mars 2015. Cette album est particulier dans la mesure où c'est celui d'une rupture. Björk s'est en effet séparé de son compagnon le peintre-vidéaste-sculpteur-photographe américain Matthew Barney. C'est de cette rupture que Vulnicura tire sa substance. Cet album annonce la couleur de par sonn titre. En effet Vulnicura provient du latin « vulnus » pour blessure » et de « cura » pour  soin. Le disque nous propose donc de suivre l'islandaise  dans les méandres de cette  rupture amoureuse enveloppée dans une musique foisonnante et des paroles de femme abimée par la vie. Vulnicura se veut ainsi le récit détaillé de l'avant à l'après séparation. Bjork s'est cette fois entourée d'un orchestre islandais de cordes et de Arca, un jeune prodige vénézuélien à la production. 

Le résultat séduit dès les premiers morceaux que sont Stonemilker et Lionsong. Les cordes sont élégantes, l'électronique désarmant et les psalmodies de la chanteuse magnifiquement mises en formes. Le romantisme est de mise jusque dans les paroles imprécatrices  de Stonemilker : "We have emotional need I wish to synchronize our feelings show some emotional respect". Lionsong est quant à elle une complainte sur la frustration et l'imcompréhension d'une femme qui ne sait plus si elle doit continuer d'aimer. On peut éventuellement penser à ce stade à Vespertine pour l'alliage électro acoustique, à ceci prêt que ce dernier disque était une célébration intime de l'amour physique. Non, ici le morceau History of Touches évoque certes le sexe et les caresses, mais comme une chose évanescente au point de se muer en souvenir. 

L'étape suivante est celle de la rupture en bonne et due forme, Black Lake où les cordes subliment le chant incantatoire de Björk tandis que des percussions jouent le contre point synthétique. L'émotion est palpable  et nous renverse de notre fauteuil d'auditeur par une exigeance qui fait de Vulnicura une intense expérience sensorielle. L"angoisse jaillit de Family et de ses espoirs de refuge alors que le minimalisme des percussions côtoient des cordes presque menaçantes puis des plages éthérées. Vulnicura s'avère alors un disque aussi riche qu'habité tant le pouvoir de fascination de l'extra-terrestre Björk explose de bout en bout. 

Notget surprend par ses tonalités orientales pour mieux capter un autre moment de l'après rupture : la cure. La voix de Björk se fait alors plus caressante, elle qui a parfois tendance à scander ses paroles. Love will keep us safe from death nous dit elle simplement. Puis Atom Dance ressuscite la magie de Volta par ses paroles qui glorifient l'amour compassionnel (No one is a lover alone Most hearts fear their own home) et la présence bienvenue de Antony Hegarty (Antony and the Johnsons). Un véritable bijou notamment quand leurs voix s'entremêlent. Björk poursuit son voyage sentimental avec les circonvolutions de Mouth Mantra, étrange prière synthétique dans sa musique et métaphorique dans ses lyrics (I have followed a path That took sacrifices Now I sacrifice this scar Can you cut it off). Quicksand convoque de nouveau les violons en contrepoint d'une mélopée mettant en valeur toutes les femmes brisées par les tourments de l'amour. Un final presque minimaliste pour un disque qui ne l'est vraiment pas. 


Vulnicura est un album tout en reliefs aussi bien musicalement, vocalement que textuellement. Björk nous y invite à partager sa peine et ses espoirs avec une belle humanité et s'éloigne de la performeuse arty qu'elle aurait pu devenir après Biophilia. Non, ici tout est parfaitement agencé sur ce disque exigeant mais ô combien salvateur. Une authentique réussite. 

A écouter : de bout en bout
16.5 / 20
3 commentaires (16.17/20).
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Volta ( 2007 )

Tribal, universel, percussif à souhait, ce dernier album en date de Björk s'intitule Volta, titre curieux évoquant tant l'énergie qui s'en dégage que celle peu à peu épuisée dont les hommes se servent pour alimenter leurs grandes machines. Volta est en effet un album conscient, tant par ses connotations écologistes que par sa dimension mystique affirmée, dimension tout à la fois païenne et humaniste.

Avec un single au clip superbement coloré, Earth Intruders, Björk nous plonge dans l'ambiance naturelle d'un album qui mise autant sur l'electro cadencée que sur les forces vives de son instigatrice. Produit par Timbaland, ce morceau résonne d'échos millénaires, mélangeant cultures traditionnelles et images destructrices en une frénésie de percussions s'achevant en outro marine, mélant mugissements abyssaux de bâteaux et cris de mouettes. Déroutant, mais tout autant excitant. Le deuxième morceau de l'album renseigne sur la courbe sinusoide des émotions ici exprimées. Wanderlust mixe l'electro et les vagues classiques, la voix de Björk se posant très en avant, à la fois charnelle et imprécatrice, ce que vient confirmer le premier duo avec Antony (sans the Johnsons), The Dull Flame of Desire, étourdissant lorsque leurs voix s'entremêlent. Instant fragile, à l'image de I see who you are, berceuse sensuelle tendance Vespertine. Volta se révèle dans toute son Innocence comme un retour aux atmosphères d'un Homogenic, en ménageant ses effets entre la hargne des tempos de Timbaland et de fines orchestrations de cordes et de clavecins ou bien de cuivres. Björk fait une fois de plus des merveilles. Le disque jouit ainsi d'une atmosphère très particulière qu'entretiennent des lyrics souvent inspirés.

Les images d'une Björk habillée de flammes et des couleurs de l'arc en ciel renvoient aux mythes de la création autant que ses textes évoquent la destruction ("When you & I have become corpses"), à travers aussi bien le Dreaming aborigène que l'Armageddon rédempteur surgi d'une terre nourricière, salie par une humanité inconséquente. Entre les touches de douceur, Björk instille quelques poisons des temps anciens, Vertebrae by Vertebrae, parcourant la colonne et débridant l'essence originelle, pour mieux relâcher l'étreinte en un frisson d'empathie incontrôlée. Ainsi nous parvient Pneumonia, souffle de l'âme attristée d'une hypersensible. A la lumière des intentions volontiers belliqueuses de Declare Independance, on pourrait imaginer l'évocation de quelque future bataille galactique, à travers les cris pleins de conviction de Björk et les chuchotements conspirateurs posés sur une rythmique quasi martiale (voire martienne). La dernière piste de Volta n'en est que plus attendrie, sorte d'ode minimaliste magnifiée par les interventions d'Antony entre les suppliques angéliques de Björk. Aucun doute, les intentions étaient aussi pures que possibles.

Volta apparaît comme une célébration riche de multiples variations et possibles interprétations. A la fois remarquable par sa simplicité musicale (pour un album de Björk s'entend) et néanmoins complexe dans ses mouvements, cet album possède une âme changeante qui déstabilise au fil des écoutes et fascine. La marque d'un disque réussi.

A écouter : comme un disque enfantin et vocateur