« Tout suffocant et blême… »
Perclus par la solitude et par le froid, possédé tout le long de son ambulation par des spectres auditifs, Birds of passage possède la grâce des anges déchues qui errent l’écume aux chevilles.
L’appel premier est un "You" silencieux. Une manière de marquer l’isolement et la séparation. Car Without the world est une œuvre, qui a été forgée, comme son nom l’indique, dans la retraite et le recueillement. Au sein d’un hiver permanent, dans une ambiance désertique, accablée, propice à ces moments de spleen désarmant. Birds of passage est ainsi hors du monde, excommuniée – elle cite The scarlet letter dès ses premiers mots –, diffusée dans une brume cafardeuse qui trouble les sens de l’auditeur. "Winter again"…
Cette sensation n’est pas le fruit du hasard. Pour composer, Alicia Merz dit s’inspirer des "souvenirs, des souffles coupés par le froid, des cigarettes calcinées, des ombres et des aurores". L’opus est ainsi hanté par des aveux tronqués, des non-dits parlants et des cris murmurés ("Heal"). L’écoute s’avère alors hypnotique, incroyablement chargée, éprouvante - trop réel pour n’être que de la musique -, plongeant sans cesse dans un dédale d’hallucinations, avec au cœur cette impression permanente d’être en proie à une mystérieuse fièvre, agonisant seul sur un radeau vide qui dérive vers nulle part ("Those backest winter nights"). S’agit-il du parfum de la mort ? De ses caresses que distillent ces nappes aux claviers, de sa voix inscrite dans ces lignes de chant-parlé que les échos se renvoient ("The Patterns On your face"). Sinon, qu’annoncerait cette guitare folk désespérée ("All my line")?
Dans un style minimaliste et lo-fi rappelant parfois Soap&Skin par sa vulnérabilité ou Slowdive en version féminine, trouvant son élégant et fragile équilibre dans un balancement entre folk, expérimental et ambient, Birds of passage agite les fantômes de Archive ("Whisper a word") et Portishead pour se laisse aller à la mélodies des âmes.
Emotionnellement harassant. Artistiquement éblouissant. Jamais ombre ne fut plus lumineuse.
« Pareille à la feuille morte ».
A écouter : "quand sonne l'heure"