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Biographie

Bauhaus

A l'origine de Bauhaus, Daniel Ash, David Haskins et Kevin Haskins, jeunes adolescents formant groupe après groupe, dont le plus long, et dernier de la liste, fut The Craze. Malheuresement, comme à leur habitude, les 3 musiciens jettent l'éponge mais Ash demande à un vieil ami à lui, Peter Murphy, d'intégrer son nouveau projet, recrutant au passage Kevin Askins et un peu plus tard David J. Askins (en remplacement du tout premier bassiste Chris Barber).

Après un premier concert début 1978, le quatuor décide de se nommer Bauhaus 1919, inspiré par le mouvement artistique allemand Bauhaus des années 20. Le premier jet sur bande se fait pour une démo promo, qui ne leur permet pourtant pas d'obtenir de contrat, mais Bauhaus persévere et enregistre une démo en 6 semaines : 5 compos dont le fameux Bela Lugosi's Dead. Le morceau en question sort en aout 1979, sous le simple nom de Bauhaus et fait un carton sur la scène indépendante anglaise.

S'ensuivent d'autres singles (Dark Entries, Terror Couple Kill Colonel, ...) et un premier album In The Flat Field en 1980. L'accueil se fait moins enthousiaste mais les critiques négatives n'empêchent pas l'album de se hisser dans les charts. L'année suivante, Mask, leur second opus, voit le jour : plus varié, diversifié mais avec moins de succès au Royaume Uni.

Pourtant, la productivité de Bauhaus ne diminue pas et The Sky's Gone Out sort l'année suivante, ainsi que le single Ziggy Stardust (reprise de Bowie) qui se hisse dans les charts et tire par là même les ventes de l'album. Bauhaus apparait alors toujours comme un sous-Bowie et ce single n'aide en rien, tant la ressemblance entre Murphy et David Bowie semble frappante.

En 1983, Murphy est frappré d'une pneumonie qui l'empeche de contribuer au dernier album de Bauhaus, Burning from the Inside. Le duo Ash / David J. prend en main l'album, le faisant apparaitre comme l'album de Bauhaus le plus "dénaturé" tant l'ombre de Murphy semble avoir disparu. Les musiciens s'embarquent dans une tournée qui verra la première fin de Bauhaus. En effet, après quelques concerts, le 5 Juillet 1983, les anglais donnent leur dernier concert tandis que Burning from the Inside sort la semaine suivante. Les raisons de la séparation sont multiples : mésentente entre les musiciens tant chaque personnalité tente de prendre le pas sur les autres, fatigue, ...

Peter Murphy travaillit avec le groupe Dali's Car puis sorti 2 albums solo : Deep et Love Hysteria. Daniel Ash joua dans Tones on Tail, David J sorti plusieurs albums solo et collabora avec Alan Moore (auteur de comics) dans le groupe The Sinister Ducks. Daniel Ash et les deux frères Askins (David et Kevin) formèrent Tones Of Nails, qui connu un certain succès au Royaume Uni.

En 1998, Bauhaus se reforme lors du Resurrection Tour et en profite pour jouer un nouveau morceau "The Dog's a Vapour", et enregistrer un double album live Gotham. Puis le groupe sombre à nouveau dans l'oubli, jusqu'à 2005 où il tourne en Amérique du Nord et au Mexique, puis avec Nine Inch Nails en mai 2006. 2008 voit l'arrivée du nouvel album de Bauhaus : Go Away White. D'après les musiciens, ce serait la véritable fin de Bauhaus, et aucune tournée ne suivrait ce Go Away White...

Historiquement, Bauhaus reste l'un des pionniers du mouvement Post-Punk et de la scène Gothique (via des musiques et vêtements assez sombres). Malgré un parcours musical chaotique (peu de succès en Angleterre alors que le groupe cartonne aux USA) et une durée de vie assez courte (4 ans), l'empreinte du groupe reste bien présente, tout comme celle de nombreux autres musiciens de cette scène (Joy Division par exemple).

15.5 / 20
1 commentaire (13/20).
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Go Away White ( 2008 )

Un testament… Voilà ce que nous laisse Bauhaus après ce retour éphémère. Go Away White se veut presque l’album de la rédemption, le fantôme du désespoir s’étant évaporé durant cette phase de composition et d’enregistrement salvatrice. Bauhaus n’est plus, Bauhaus a disparu après avoir fait patienter ses fans pendant 2 ans. En effet, Go Away White fut enregistré en 2006, durant 18 jours dans une pièce ou les premières prises furent les dernières…

La musique de Bauhaus reste digne à elle-même, celle des plus grands succès comme Bela Lugosi’s Dead ou la fameuse reprise de Ziggy Stardust de Bowie. Le quatuor n’a pas pris une ride, ses partitions ne se sont pas jaunies avec le temps et ses notes ne se sont pas envolées. Ce chant toujours si coulant, chaleureux mais à la fois si provocant comme sur Black Stone Heart et ses sifflotements nonchalants, ou sur Mirror Remains, miroir du passé si sombre rejeté à la face du groupe… Les instruments s’assemblent et se chevauchent tout en parvenant toujours à créer cette ambiance d’un monde à part, ce romantisme presque désillusionné si cher à cette scène des années 80…

Bauhaus n’hésite pas à varier les ambiances, comme à travers ce Saved pur, avec ce chant résonnant entre les notes si étouffées et lointaine qu’on pourrait presque penser que les amplis sont enrobés de coton… ou encore le très entrainant Endless Summer Of The Damned avec cette batterie martelée par Kevin Haskins comme si sa vie était en jeu. Le mystique Zikir, digne d’un chant s’élevant d’un monastère du fin fond du Tibet côtoie le très dérangeant Mirror Remains, avec ces notes de guitare criardes et son passage au piano déconstruit, décalé… A noter The Dog’s A Vapour, signé en 1998 et déjà présent sur Gotham et la bande originale du film Heavy Metal 2000, avec ce final si dérangeant, grandiloquant et désespéré…

Go Away White n’est pas exempt de défauts, Go Away White n’est pas parfait, mais Go Away White est beau. Certes Bauhaus joue du Bauhaus et ne renouvelle pas sa formule, certes ces morceaux auraient pu être écrits il y a 25 ans, mais c’est justement cette absence de rupture musicale qui prouve la qualité du groupe, comme si le temps n’existait pas.

Bauhaus s’en va à nouveau, mais au lieu de rejoindre les limbes dont il est sorti récemment, le quatuor quitte la scène sous des airs enjoués, à l’image de cet ange qui nous tourne le dos sur ce fond éclatant… On peut déjà entendre les échos de Zikir résonner au loin, dans les bas fonds et d’obscurs clubs, et avec de la chance, lors de vos promenades en ces lieux, vous pourrez croiser 4 jeunes musiciens s’en aller, le sourire aux lèvres…

A écouter : En Souvenir...

Burning from the Inside ( 1983 )

Burning From The Inside n'est déjà plus un album de Bauhaus. Lorsque le groupe entre en studio, Peter Murphy n'est pas présent et ne participe donc pas à la composition de la plupart des titres. Burning From The Inside, c'est déjà la fin de Bauhaus, le groupe aura implosé entre les différentes personnalités, chacun ramenant l'attention sur lui pour être montré par un projecteur étincelant...

Dès les premières minutes de She's In Parties, à peine les premiers mots lancés sur une guitare lancinante, un sentiment d'égarement fait son apparition. La verve de Murphy semble s'être envolée au profit d'une mélancolie plus romantique, sentiment que l'on retrouvera sur Kingdom's Coming. Car, la surprise est de taille, Daniel Ash et David J s'essaient au chant sur certains morceaux, prenant le pas sur Murphy du fait de l'absence de ce dernier.
Beaucoup moins post-punk, plus rock ou simplement parfois tendant vers la folk, Burning From The Inside est à part. Finie la basse tonitruante, qui faisait vibrer vos pauvres enceintes sous les doigts agiles de David J. Même chose pour la batterie rythmée et précise. On se retrouve plutôt face à des ambiances éthérées, langoureuses, comme le délicat Slice Of Life ou l'hymne Hope, rayonnante sous ses quelques cordes. Peut-être à la fois le plus varié mais aussi le moins représentatif de la discographie de Bauhaus, Burning From The Inside irradie par moments, le groupe se détache de son imagerie noire qui lui collait à la peau pour s'offrir de vrais moments de bonheur : Hope clôturant l'album sur un brin d'espoir, vers un futur plus joyeux (Tones on Tail / Love And Rockets), le Kingdom's Coming aux airs de Pink Floyd ou le piano de Who Killed Mr. Moonlight, où l'on sent clairement que l'ombre de Murphy était totalement absente lors de l’enregistrement.

Mais l'amateur de Gothic Rock / Batcave trouvera aussi son bonheur. Même si ces sonorités sont beaucoup moins présentes (alors qu'à l'époque venait de sortir l'énorme Pornography de The Cure), il n'en reste de nombreuses compos reflétant ce mouvement : le très punk rock Antonin Artaud, où l'on retrouve un chanteur au meilleur de sa forme, un Honeymoon Croon que l'on pourrait penser issu de la période Mask avec un brin de reggae sou même simplement la guitare sur She's In Parties.

Du côté des morceaux bonus de l’édition CD, rien de bien surprenant. L’alternatif Lagartija Nick, où l’on voit le retour du saxophone pour un morceau moins punk que rock. Encore du dub, comme à l’accoutumée, via Here’s The Dub, bien moins intéressant que Fear Of Dub (Mask), même s’il utilise des extraits de She’s In Parties. Enfin The Sanity Assassin est un équilibre entre les parties vocales plus posées de Burning From The Inside et la rythmique plus punk des albums précédents.

En 1983, Bauhaus a littéralement implosé. Le résultat en décevra plus d'un, mais au final, Burning From The Inside ne porte que le nom de Bauhaus, la musique ayant bien évolué. A l'époque de sa sortie, Burning From The Inside s'est fait attendre, puis est au final quasiment passé inaperçu. Pourtant, même si l'un des fondateurs de ce mouvement vient de disparaitre, la scène continuera à vivre via des groupes comme Clan Of Xymox, Virgin Prunes ou les plus éloignés The Sisters Of Mercy...

A écouter : Comme La Fin de Bauhaus...

The Sky's Gone Out ( 1982 )

A moitié composé en studio et à moitié construit autour de vieux morceaux ou de réenregistrements, The Sky’s Gone Out est aussi l'album qui rencontra sans doute le plus de succès dans la carrière de Bauhaus lors de sa sortie. Pourtant le moins stable et homogène, oscillant entre Pop déjantée (Third Uncle) et Musique Schizophrène (la trilogie The Three Shadows), il fut épaulé par la sortie du single Ziggy Stardust (reprise de Bowie) et la distribution d'un live gratuit en bonus.

Ainsi, la face A, composée de Third Uncle, Silent Hedges, In The Night, Swing The Heartache et Spirit, se veut un ensemble de morceaux issus de sessions d'enregistrement ou de faces B de singles. Relativement variés musicalement, ces compositions flirtent entre le bon (Third Uncle, catchy et poppy à souhait, sans tomber dans la mélodie facile) et l'anecdotique (Swing The Heartache, minimaliste et complètement hallucinogène). Bauhaus ne surprend guère au final, déçoit sans doute un peu car Murphy a tendance à délaisser de plus en plus son chant si particulier, sauf sur certains passages (In The Night), et les compositions à devenir de plus en plus faciles malgré une qualité toujours bien présente.

La deuxième face, beaucoup plus expérimentale, s'aborde avec difficulté par rapport aux opus précédents de Bauhaus. Le premier pas se fait sur The Three Shadows, composé de 3 parties, et sur Exquisite Corpse (face B de Passions Of Lovers). Bien que de qualité correcte, les notes s'émiettent dès la première écoute, tant les mélodies semblent peu inspirées face à ce qu'a pu sortir le groupe avant. On se rapproche plus d'un Pink Floyd que d'un Joy Division par exemple sur The Three Shadows, tant les instruments semblent être pris d'une soudaine liberté créatrice.
Plus traditionnel, All We Ever Wanted Was Everything s'annonce planant, sans doute plus proche de Burning From The Inside avec une nappe de sons célestes, chanson de veille de fin du monde. Sans le moindre excès, All We Ever Wanted Was Everything arrive à se frayer un chemin sur l'album, le rendant presque essentiel pour maintenir un équilibre sur les 2 faces (surtout avec ce refrain « Oh To be the cream » si envoutant).

Enfin, comme toujours, 4 morceaux en bonus sur l'édition CD. Entre le culte Ziggy Stardust, la version originale de Spirit, il reste peu de place pour Party Of The First Part et Watch That Grandad Go. Le premier s'oriente plus vers une musique d'ambiance, atmosphère jazzy avec whisky et cigares sur fond d'années 20, le tout saupoudré de quelques samples. Watch That Grandad Go fusionne un peu ce qu'a fait Bauhaus, avec une base rythmique punky, un Peter Murphy semblant prendre son pied en duo avec le saxophone et quelques passages plus "osés" (aux alentours de 1min - 1min 20).
La version originale de Spirit semble plus dansante, plus ensoleillée que la nouvelle présente sur The Sky’s Gone Out tandis que le pavé Ziggy Stardust semble moins doux que l'originale. Même si le fond du morceau change peu, la forme qu'il prend permet au groupe de jouer sur ce sentiment de copie de Bowie, tout en se détachant de cette impression via une vitalité presque palpable des sons.

The Sky’s Gone Out ou la chute de Bauhaus, Icare d'un soleil déclinant sur une carrière éphémère. Le disque s'écoute d'une oreille distraite et même si l'ensemble donnera sans doute des frissons, cela semblera bien peu face à In The Flat Field. Même si le passage entre Mask et The Sky’s Gone Out peut surprendre, il ne sera rien en comparaison de la transition The Sky’s Gone Out / Burning From The Inside.

A écouter : Ziggy Stardust - All We Ever Wanted - Third Uncle

Press the Eject and Give Me the Tape ( 1982 )

Premier album live pour Bauhaus, Press the Eject and Give Me the Tape arrive donc à la suite de 3 albums d'excellente facture. Enregistrés à Londres et Liverpool en 1981 et 1982, les morceaux recueillis ici étaient d'abord offerts en supplément du The Sky's Gone Out, puis ont été réédités indépendamment dans la même année. Connu pour ses concerts théâtraux, que reste-t-il de Bauhaus une fois les 4 jeunes gens démaquillés ?

A peine le disque lancé, les premières notes de "In The Flat Field" résonnent. Pas de cris, de sifflements, juste les musiciens. Cette absence de public, le comble pour un album live, se retrouve sur 90% de Press the Eject and Give Me the Tape. Certes, on ne demande pas une foule en liesse qui déborde sur les musiciens tant les concerts étaient confinés, mais on se retrouve presque face à un album studio au son un peu faiblard, quasiment des démos face aux originaux.

La tracklist pioche dans les 2 premiers disques, In The Flat Field et Mask, sans oublier le culte single Bela Lugosi's Dead. Tout semble plus caverneux et parfois même incertain. On imagine facilement Peter Murphy jouer avec le public et ses comparses, gesticuler pour concentrer l'attention sur lui, surtout lors de certains passages où les cordes vocales semblent se donner en spectacle ("In Fear Of Fear", "Rose Garden Funeral of Sores" ou "Stigmata Martyr"). Les fans de la première heure frémiront sans doute sur la ligne de basse de "In The Flat Field" ou les notes déviantes de "Bela Lugosi's Dead", même si aucune grosse surprise n'apparait. Pas de réinterprétation, d'inédit ou de sortie des sentiers battus. Remis dans le contexte de sa première mise sur le marché, cela ne choque pas forcément, étant son statut de "bonus", mais à prendre la réédition comme un objet indépendant, l'image de Press the Eject and Give Me the Tape se ternit.

A noter que sur la réédition se trouve la reprise de The Velvet Underground "Waiting For The Man", où la douce Nico vient fredonner l'espace de 4 minutes (Attention cependant à la qualité du son qui tient plus du son pirate que d'un véritable morceau retravaillé en studio).

Press the Eject and Give Me the Tape est un album live d'une qualité relativement honnête. Pas forcément essentiel pour découvrir le groupe, il prend vite la poussière une fois Gotham entre les mains. L'énergie du live peine à être retransmise, même si les compos semblent toujours aussi hallucinées. Press the Eject and Give Me the Tape n'a comme vocation que d'ajouter une photographie d'Eugene Merinov à la disco du groupe et d'offrir un aperçu de la verve de Bauhaus en concert.

A écouter : Pour se donner une ide
17 / 20
2 commentaires (12.25/20).
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Mask ( 1981 )

Il aura à peine fallu 1 an à Bauhaus pour boucler le successeur de In The Flat Field. Mask, derrière son artwork dessiné par Daniel Ash, est décrit par le groupe comme un album plus structuré, moins passionné que son prédécesseur. De fait, Mask voit ainsi l'ajout de claviers et d'une guitare acoustique sur quelques morceaux. Avec le recul, il faut bien l'avouer, le pas peut paraitre grand entre In The Flat Field et Mask.
Ainsi, malgré une faible évolution dans le jeu de basse toujours déchainé de David J, celle-ci prend encore de l'ampleur et confirme sa place d'élément essentiel sur la quasi totalité de Mask. La batterie, n'hésite parfois pas à se mettre en retrait pour développer les ambiances essentielles au disque (Mask), même si elle reste 95% du temps musicalement riche et présente. La guitare de Daniel Ash, autre tête pensante du groupe (ce qui donna de nombreuses confrontations avec Peter Murphy), semble moins fantomatique, éreintée, plus incisive (Muscle In Plastic, Hair Of The Dog). De fait, la musique en elle-même semble plus stable, construite, contrairement à In The Flat Field où on pouvait avoir un sentiment de tâtonnement incertain.
Quant à lui, Murphy semble s'être adouci. Non pas en perdant sa verve, mais en la maitrisant pour la violenter, jouer avec l'auditeur d'une manière plus subtile que sur In The Flat Field. Voulant toujours attirer l'attention, il lance ses mots (Hair Of The Dog ou Kick In The Eye) de manière à ce que ce ne soit pas l'impact sonore qui soit plus violent ou marquant, mais simplement son chant qui séduise de manière insidieuse.

L'apparition des éléments "nouveaux", comme le synthé qui emplit les nouvelles compositions (Of Lillies And Remains, enregistré en une seule prise en studio ou In Fear Of Fear) développe encore la musique dans des ambiances à la fois vibrantes mais aussi hallucinatoires, si ce n'est mystérieuses (Mask, Hollow Hills). Car là où un The Cure a développé une trilogie ultra-connue pour son aspect dévasté, Bauhaus se contente d'y aller plus progressivement, lessivant l’auditeur une fois l’écouter terminée et non dès les premières notes.
In Fear Of Fear voit le retour du saxophone, apportant un peu de chaleur à Mask, tandis que quelques sonorités que l'on pourrait presque rapproche du funk semblent disséminées sur quelques passages (Kick In The Eye), dues en grande partie aux influences musicales de David et Daniel. Il faut cependant attendre le morceau Mask pour se retrouver vraiment face à des sons distordus et dépouillés, à l'aspect d'ébène d'un Bauhaus envoutant comme ils avaient su le faire sur Bela Lugosi's Dead.

Comme sur In The Flat Field, l’édition CD de Mask se voit agrémentée de quelques bonus. Entre singles et Eps, ce sont 5 morceaux qui sont offerts. L’excellent In Fear Of Dub, qui comme son nom l’indique est une compo de Dub, utilise la base rythmique de manière hypnotique, tandis qu’une alternance chant (un « heyhey ») / saxophone / synthé se développe sans fin. Même chose pour Ear Wax, avec une basse vraiment lourde et groovy, mais qui voit le chant de Murphy plus développé. Harry, c’est au final le côté presque reggae de David & Daniel, où l’ensemble apparait bien ensoleillé face au reste du disque.
Ensuite, le très expérimental 1. David Jay 2. Peter Murphy 3. Kevin Haskins 4. Daniel Ash, composé à 8 mains successives. Entre chants déjantés (“Fishcackes? clamé régulièrement ou les syllabes inversées), musique dépouillée (la plupart des sons, si l’on omet la basse, semblent plus des bruits de la vie courante assemblés que de véritables instruments). Même sentiment pour Satori, à savoir un mix de Dub et d’expérimentations de la part de Bauhaus.

Bauhaus, malgré une ascendance toujours aussi post-punk (notamment grâce à la 4 cordes), s'impose de plus en plus via une noirceur délicate, sur des généralement rythmes entrainants (The Man With The X-Ray Eyes ou l'excellent Dancing, dont la basse rappellera sans conteste Joy Division). Avec Mask, Bauhaus apparait comme un groupe plus organisé, plus soucieux de sa musique. Ceci, avec le début du mouvement gothique développé par The Cure ou Siouxie & The Banshee, permet à Bauhaus d'enfoncer le clou, s'affinant et se taillant petit à petit la réputation qui explosera par la suite…

A écouter : Mask Hair Of The Dog Passion Of Lovers
18 / 20
1 commentaire (17/20).
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In the Flat Field ( 1980 )

Après le succès et la renommée acquise par Bela Lugosi's Dead et la débandade des singles suivants (Dark Entries, Terror Couple Kill Colonel et Telegram Sam), Bauhaus se lance avec ce premier album In The Flat Field. Quasiment composé en studio, il marque le véritable début d'une courte carrière d'à peine 4 ans.

Sur In The Flat Field, l'ascendance punk se fait toujours autant sentir, de la même manière que sur le single Dark Entries. La basse, toujours vrombissante sur ces quelques notes assourdissant l'atmosphère, côtoie une batterie maîtrisée d’une main ferme et bénéficiant toujours d’une rythmique punk. Quant à la guitare, elle se veut tantôt malmenée (In The Flat Field, Double Dare), tantôt utilisée avec une précision chirurgicale (Spy In The Cab). Bauhaus travaille ses morceaux d’une manière directe, les laissant apparaitre les premières fois très trébuchants, incertains. Pourtant, après quelques écoutes, on se retrouve finalement à quelque chose de jeté directement hors de l’esprit des musiciens, mais qui a muri pendant un long moment en leur sein.

En effet, Murphy accentue sa manière de lancer ses mots, jonglant dédaigneusement avec l'auditeur. Le chanteur aime être le centre des attentions, sentiment que l'on retrouvera sur Mask ou The Sky's Gone Out, et le montre à l'aide de mimiques vocales, de sons ou mots pourtant jamais arrogants (God In An Alcove, Nerves ou Spy In The Cab). Car Murphy, en plus d’être chanteur, semble avoir besoin de s’exorciser, d’exister à travers la scène (comme il le montre lors des premiers concerts de Bauhaus). Si les autres musiciens jouent avec passion, Murphy, lorsqu’il se lance, tente de devenir la musique, chose qu’il réussit parfaitement sur un Stigmata Martyr malmené.

Mais Bauhaus n'hésite pas à se lancer dans des compositions plus douloureuses, moins rythmées, comme l'excellent Spy In The Cab ou Nerves. Au-delà de l'aspect culte se trouvent des morceaux d'une richesse reluisante. Sur Nerves, l'alliance des instruments plus traditionnels avec le piano, le tout supporté par un Pete Murphy au bord de l'implosion, donne lieu à une véritable représentation théâtrale de 13 minutes. D'un autre côté, Dive et son saxophone déjanté apparait comme un morceau fou, livré à lui-même à peine sorti de l'imagination des 4 jeunes musiciens.

En sus, sur la réédition CD se trouvent les quelques singles sortis à l’époque. En vrac, le fougueux Dark Entries se mêle au presque rock’n’roll Telegram Sam, tandis que Rosegarden Funeral of Sores apparait comme névrosé, opulent. Sans doute trop décadents pour l’époque, trop intimistes en Angleterre (où le groupe ne connaitra au final que peu de succès que ce soit auprès du public ou de la presse), ces quelques morceaux possèdent encore de nombreux relents punks (Scopes) qui resteront marqués dans les futures productions du groupe, à l’apparence plus sombres. Cet ajout permet aussi de retrouver des compos beaucoup plus expérimentales, telle la martelé Untitled, confession d’un Murphy si anéanti que les mots peinent à sortir. Autres rajouts, les premières versions de God In The Alcove ou un remix de Terror Couple Kill The Colonel, dont l’utilité est plus anecdotique qu’autre chose.

N'ayant quasiment pas pris une ride, In The Flat Field, que ce soit en édition originale ou réédition CD, demeure un album complet et prenant. Beaucoup moins sombre que le single Bela Lugosi's Dead, Bauhaus incarne la première vague gothique, dont le groupe tentera vainement de se détacher par la suite. In The Flat Field est un album à écouter, de la première à la dernière note, au moins pour se cultiver, si ce n'est pour sombrer.

A écouter : Dive Nerves - Double Dare

Bela Lugosi's Dead ( 1979 )

En 1979 sort ce qui deviendra l'un des morceaux cultes de la scène Batcave : "Bela Lugosi's Dead", première véritable œuvre de Bauhaus dissimulée sous un artwork tiré du film Le Cabinet du docteur Caligari. Plus qu'un simple morceau qui révèlera Bauhaus, c'est aussi l'un des fondateurs du courant Post-Punk / Batcave (né du nom The Batcave, club qui verra jouer en son sein Robert Smith, Nick Cave ou Siouxsie Sioux).

Monument du haut de ses 9 minutes, le morceau titre se met en place autour d'une ligne de basse omniprésente et du chant sombre et doux de Pete Murphy. Les quelques notes de guitare et la batterie ne sont là que pour amener un aspect distordu à la compo. A l'apparence minimaliste, on retrouve cependant de nombreuses influences au sein de la musique du quartet : du rock qui se recroqueville sur lui même pour garder une intimité à peine dévoilée, un aspect décalé et déconstruit, presque psychédélique, un côté angoissant que ne reniera pas The Cure par la suite sur sa célèbre Trilogie. Là ou Bauhaus maîtrise totalement sa musique, c'est sur cette capacité à garder l'auditeur en haleine, captivé par Bela Lugosi's Dead avec un musique dépouillée de presque 10 minutes.
Non pas mis en avant pour son rôle de Dracula dans les paroles, Bauhaus y clame le fait que Lugosi fut enterré avec la cape dans laquelle il joua Dracula, l’acteur s’étant complètement identifié à son personnage après le tournage du film. Hommage à une scène horrorifique, on retrouve cet aspect morbide et glauque sous un aspect sensuel qui prendra possession de la scène gothique.

Pour Boys, l'approche reste la même, cependant la basse se fait moins omniprésente, mais garde la base sonore que l'on retrouvera sur les albums suivants. Bauhaus ne s'énerve pourtant pas encore comme sur Dark Entries ou In The Flat Field, mais possède déjà cet aspect noir et simple qui fera le succès de Double Dare.

L'influence sur la scène musicale se fait sentir, à travers l'apparition du mouvement Gothique / Cold Wave la même année, dérivés du Post-Punk auxquels seront assimilés des groupes comme Joy DivisionThe Cure ou The Sisters Of Mercy. L'assemblage romantico-mélancolique est poussé à son paroxysme, autant au point de vue musical que vestimentaire, où le noir prédomine au travers des deux aspects, les différencie des furieux de Alien Sex Fiend ou de la délicieuse Siouxsie & the Banshees, plus ouverte vers d'autres cultures (orientale par exemple).

Premier pied de Bauhaus sur la scène, premier bijou livré dans les bas fonds d'une cité en ruine. Bela Lugosi's Dead est le romantisme gothique des vieux films d'horreur en noir et blanc, où tout est surjoué, mais empreint d'un voile flouté. Resté comme LE morceau de Bauhaus dans la mémoire contemporaine, Bela Lugosi's Dead n'est que le début trébuchant d'une scène confidentielle à l'extrême.

A écouter : Oui !