Biographie

Barnett + Coloccia

C'est en 2003, lors d'un voyage à Chicago, que Faith Coloccia (Everlovely LightningheartMamifferMare) rencontre Alex Barnett (OakeaterChampagne Mirrors). Malgré l'éloignement géographique (Faith vit et travaille principalement dans l'état de Washington), les deux amis croisent leurs intuitions musicales pour le meilleur et participent fréquemment aux projets de l'autre. Et réciproquement. Ils concrétisent néanmoins leurs recherches artistiques et sortent, sur le label Blackest Ever Black, un premier Lp en 2013 (Retrieval), suivi du déjà très abouti Weld (en 2015).En 2019, Barnett + Coloccia signe chez Sige Records et proposent, en février, un troisième album, intitulé VLF, qui continue d'investiguer un chemin musical situé quelque part entre l'electro-noise et l'ambient expérimental... 

Chronique

16.5 / 20
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VLF ( 2019 )

Lorsque se rencontrent l'infiniment intime et l'immensément inaccessible, lorsque flirte, dans nos délires nocturnes, le passé négligé avec le présent inconnu, lorsque se dissimule l'angoisse pour questionner fébrilement les frayeurs grandioses, il semble que la musique soit seule capable de rendre compte du petit filet de cet ailleurs indicible (et invisible), et pourtant tellement signifiant, que génère l'intrusion de notre inconscient devers notre « moi » si peu préparé. Avant de prétendre que « ça, c'est vraiment moi », l'on cherchera nécessairement quelque vibration sonore qui, se désencartant pour un moment d'un tout impénétrable, révélera nos peurs et nos hontes, notre crasse et notre douleur. Certains compositeurs, plus brillants (ou plus torturés, question de paradigme), trouvent en eux les sons capables d'universaliser les « ça » les plus divers. Ainsi Johann Johannsson, ce maître, qui s'autorisa, avant de se barrer pour de bon, un dernier voyage dans la plus pure maïeutique acoustique en signant la BO du génialissime « Mandy », sorti fin 2018. Johannsson, ce transcripteur de la mélodie des âmes mortes... Ainsi Hans Zimmer. Ainsi Max Richter. Ainsi John Carpenter ou Fabio Frizzi. Tous autorisés à poser des sons sur des images animées, à donner à entendre la crispation métaphysique des spectateurs, voire à en ré-imaginer les angoisses refoulées.

D'autres travaillent à l'envers et créent des bandes son par définition désincarnées, des signifiants acoustiques qui ne demandent qu'à trouver, au gré de l'imagination et de l'histoire de l'auditeur, leurs référents animés. Ainsi fonctionnent Barnett+Coloccia, de retour avec un troisième album intitulé VLF (pour « very low frequencies ») qui se glisse dans la longue liste des « bandes-son d'un film encore à imaginer »... Par-delà cette désignation pour le moins « fourre-tout », VLF interpelle bien plus et davantage. C'est aux univers intérieurs les plus dissous, aux mondes inconnus les plus interlopes et aux étrangetés les plus inquiétantes que ces sept compositions proposent, avec une classe inouïe, de donner une interprétation audible.
Que trépasse à jamais le temps de l'innocence (Foutain of youth) lorsque la douce voix expirée de Faith Coloccia accompagne ce cœur qui bat, de plus en plus discrètement, avant de s'éteindre, malgré lui, dans le nuage bruyant d'une chronologie qui ravage tout ; que crient les mondes souterrains et leurs morts éparpillés (Bachelor's grove), à très basse fréquence, lorsque les arpèges joués par Faith au piano ouvrent la voie aux programmations électroniques séquencées d'Alex Barnett ; que se matérialisent, chemin faisant, les ondes vénéneuses et les lazzi interdits (Confession) entre thérapeute et patient, entre savants et vieux enfants ; que pleuve, tout son soûl, ce ciel noir et déchiré sur le Guggenheim tandis que glissent les ombres menaçantes de notre culpabilité (Rain in Bilbao)... Barnett+Coloccia entre deux évocations, entre deux interprétations musicales, ne choisissent pas ; ils superposent. L'electro-noise de Alex Barnett accueille l'ambient expérimental de Faith Coloccia et VLF est la bande-son des échos de nos inconsciences ; des engrammes extirpés de nos souvenirs d'enfance.
VLF n'est pas une énième suite de sons à se réapproprier, mais un concept album complet, aux multiples variantes et aux infinies subtilités. Si Bachelor's grove rappelle les meilleures saillies de John Carpenter, Green woman lorgne davantage vers l'experimental-noise de Puce Mary et III Will rend un hommage appuyé au Johann Johannsson de Mandy*... VLF profite d'un son d'une pureté inouïe ; le mixage de Randall Dunn et le mastering de James Plotkin terminent ce travail sublime qui s'envisage telle une œuvre ouverte sur nos sourdes angoisses.
A tous ceux qui souhaitent s'inscrire dans le créneau à l'avenir, attention : Barnett+Coloccia ont frôlé la perfection avec leur troisième album, VLF !

*Voir la vidéo réalisée pour ce titre par Daniel Menche.

A écouter : à écouter à écouter à écouter à écouter à écouter à écouter à écouter à écouter ...
Barnett + Coloccia

Style : electro noise expérimental
Origine : USA
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