Albums du moment
Pochette Loved Pochette Liquid Anatomy
Chroniques
Pochette The Cleansing
Pochette Fury
Pochette The Drought

logo Badbadnotgood

Biographie

Badbadnotgood

Trois gamins à l'assurance pleine de Jazz et à la collaboration Hip-Hop facile; tel pourrait être résumé le parcours de Badbadnotgood. Après sa formation en 2010, le trio s'est rapidement extrait du brouillard de Toronto en déposant sur Internet ses premiers remixes de A Tribe Called QuestOdd Future et Tyler, The Creator. Remarqué, le groupe tourne dans quelques festivals de Jazz et trace son chemin avec un deuxième album en 2012 (BBNG2) qui mêle compositions originales et remixes de Kanye West ou encore My Bloody Valentine.

Sans déroger à la règle, Badbadnotgood se fait un nom et parvient à collaborer avec MF Doom et Ghostface Killah, ses idoles de toujours, notamment sur Sour Soul en 2015. Un an plus tôt, avec III, les Canadiens explosaient à la face du public avec leur mélange Jazz, Hip-hop et Rock instrumental lounge, toujours classieux sous ses airs d'enfant sauvage.

16 / 20
2 commentaires (15/20).
logo amazon

Sour Soul (w/ Ghostface Killah) ( 2015 )

Les affinités de Badbadnotgood avec le hip-hop ne sont plus à prouver. En trois albums, les jeunes Canadiens, à peine plus de vingt ans au compteur au moment de leur formation, s'appuient déjà sur une solide assise instrumentale qui offre à leur jazz moderne et à leurs rythmiques joueuses bien des tentations éclectiques. Sur Sour Soul, c’est Ghostface Killah qui se colle à l'exercice de la collaboration. Pas vraiment un nouveau venu, pilier du Wu-Tang Clan et conteur d'histoires acharné comme il l'a encore prouvé sur le sympathique 36 Seasons sorti l'an dernier. En deux mots, une bonne pioche.

Groovy, discrète mais percutante, l'instrumentation de BBNG impose son tempo, d'entrée. Se jouant, sur un titre comme "Gunshower", de rythmiques minimalistes et saccadées, le trio déploie une panoplie sonore profonde, tantôt fiévreuse, tantôt langoureuse ("Street Knowledge", bien servie par le featuring de Tree), définitivement inspirée par les bandes-sons des films de la blaxpoitation des années 70. L'ambiance de Sour Soul, chill à souhait et très travaillée, est sans conteste un des points forts du disque, dodelinements de tête et lumière tamisée à l'appui. BBNG reprend ici sa recette sans esbroufe, ajoutant quelques claviers à une batterie efficace et une basse chaleureuse et offre un décor velouté et tout en retenue, parfait pour servir la verve de Ghostface.

Car le membre du Wu-Tang n'a pas sa langue dans sa poche. Le flow est tiré au cordeau, les lyrics incisives, GFK est en très bonne forme. Sans enlever le côté show off qui le caractérise, et qu'il n'hésite parfois pas à exagérer ("Food"), Ghostface se fait plaisir sur ce terrain de jeu, n'hésitant pas à se mesurer à d'autres camarades, tel Danny Brown sur la percutante "36 Degrees", un des meilleurs titres du disque, ou MF Doom, sur un titre plus léger mais dont le final aux cuivres a de quoi enthousiasmer l'auditeur ("Ray Gun"). En homme d'expérience, à défaut de véritablement surprendre, Ghostface Killah fait le job et un peu plus, à l'aise dans ses nouveaux chaussons.

En trente-trois minutes seulement, Sour Soul s'embarque dans une belle dynamique facile à prendre en marche. Quoique éphémères et donc frustrantes à leur manière, l'ambiance savamment posée et l'osmose créée entre BadBadNotGood et Ghostface Killah font du disque une belle réussite à la croisée du hip-hop et du jazz, fidèle aux bases et pas putassière pour un sou. La classe, quoi.

III ( 2014 )

Cela fait cinq ans que les jeunes canadiens de BADBADNOTGOOD font bouger la scène Jazz moderne à grands coups de pied dans les valseuses, y compris jusqu'à leur récente collaboration avec Ghostface Killah du Wu-Tang Clan qui vit le jour plus tôt cette année. Mais revenons sur leur précédente sortie, III. Il s'agit du premier album entièrement constitué de compositions originales signées par le groupe qui avait pour lors l'habitude de mélanger créations et reprises d'artistes comme Flying Lotus, Joy Division ou encore Kanye West, allant même jusqu'à réadapter le thème du jeu vidéo The Legend Of Zelda : Ocarina Of Time. Mais le virage amorcé par III ne réside pas uniquement dans ce nouveau travail d'écriture mais également dans une sonorité plus orchestrale orientée vers une utilisation conventionnelle des instruments pour créer une cohesion qui ne débordera pas de toute la durée de l'album.

Cette nouvelle forme audacieuse démontre l'envie d'avancer vers une voie plus professionnelle à l'aide de l'expérience acquise par le combo. Si le son de BADBADNOTGOOD réside toujours dans ce trio piano / basse / batterie, chaque musicien s'ouvre aux moyens d'intégrer au mieux de nouvelles sonorités. Bien qu'initialement pianiste, le travail de Matthew Tavares à la guitare entraine à une fascinante passe d'armes avec le batteur Alexander Sowinski sur Eyes Closed, et prouve encore une fois la polyvalence de ces surdoués de la musique. Chester Hansen s'assure toujours de créer des lignes de basses phénoménales (Kaleidoscope) tandis que Leland Whitty, collaborateur du groupe depuis BBNG2, intervient avec justesse au saxophone sur Confessions et s'offre un joli solo en fin de titre.
L'envoutant Differently, Still réussi même à recréer une ambiance tellement fidèle à ce que représentait le Jazz dans les années glorieuses que l'on sentirait presque la fumée des cigares embrumer un vieux pub miteux de Caroline du Nord. Une partie de l'histoire où le talent pouvait surgir au coin de la rue, un soir où il s'en allait improviser un jam imbibé de whisky devant une flopée d'inconnus retranscrit dans un bien bel hommage. S'ensuit l'enchaînement Since You Asked Kindly / CS60, comme pour dire que même si le passé demeure, tout reste encore à faire. Le synthétiseur prend alors le dessus et les sons électroniques émergent accompagnés de notes minimalistes pour le premier et de grosses basses vibrantes pour le second, précédés par un travail de texture laissant présager un déluge de mélodies entêtantes. La production, fantastique et minutieuse, permet ainsi d'apprécier au maximum l'album.

On pressentait un certain rapprochement vers la scène Hip-Hop sur les deux premiers albums mais ce cercle instrumental semble s'en éloigner sur III, comme s'il avait choisi d'ouvrir la voie en deux pour alterner les albums de Jazz avec des collaborations Hip-Hop.
Il s'y dégage une fraicheur musicale agréable et c'est un véritable régal d'arpenter ce nouveau disque. Il s'agit donc de leur premier vrai album sur sa globalité qui est à la fois le plus morne mais qui n'enlève en rien l'excellent travail sur sa réalisation et sa performance. Il permet de jeter un regard nouveau sur leur parcours, avec un plaisir intact à l'écoute de leur discographie et de mieux comprendre cette étape cruciale qui prépara le terrain pour Sour Soul.


L'album s'écoute sur Bandcamp.

A écouter : Eyes Closed, Since You Asked Kindly, CS60
Badbadnotgood

Style : Jazz / Hip-Hop
Tags : -
Origine : Canada
Site Officiel : badbadnotgood.com
Facebook :
Amateurs : 2 amateurs Facebook :