Titre : The Theory Of Everything Année : 2013

Tracklist
CD 1 :
1) Phase I - Singularity
2) Phase II - Symmetry

CD 2 :
1) Phase III - Entanglement
2) Phase IV - Unification
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Collection : 1 membre possède cet album.
Moyenne lecteurs : 17/20 (1 avis dont 1 avec commentaire)
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Commentaires

V.N.A. 17 / 20 Le 30/04/2017 à 19H02

[Petites remarques avant de commencer : contrairement à ce que laisse penser la tracklist ci-dessus, l'album ne se compose pas de quatre longues pistes mais de quatre parties totalisant 22 pistes sur le cd 1 et 20 sur le cd 2. D'autre part je dirai plutôt "la copine" que "la fille" pour "the girl", afin d'éviter les confusions si je parle de la mère et la fille.]

Huitième album pour Ayreon (ou septième, si on considère que les deux Universal migrator en forment un double), et si on connaît déjà le travail d'Arjen Lucassen, musicalement il n'y a pas vraiment de surprise, on serait même plutôt un petit cran en-dessous de The Human Equation ou de 01011001. La véritable originalité vient plutôt des paroles et de l'histoire ici narrée.
Avec The Theory Of Everything, Lucassen délaisse ses intrigues d'ampleur cosmique pour aborder des thèmes plus proches de nous, comme il l'avait sur The Human Equation. Mais là où THE se focalisait sur le parcours intérieur d'un personnage immobilisé à la suite d'un accident, en proie à ses différentes émotions, ici on assiste aux étapes successives de la vie du personnage principal, le prodige, en quête d'une vérité ultime, la théorie du tout, et le moteur de l'intrigue sera ses relations souvent compliquées avec les autres personnages. Le casting est plus réduit, sept chanteurs seulement, et globalement moins prestigieux qu'à l'accoutumée, mais pas moins pertinent et efficace pour autant.
En physique, la théorie du tout est une sorte de Graal visant notamment à unifier la physique newtonienne et la mécanique quantique. L'album ne s'intéresse pas vraiment à ce Graal en lui-même, mais plutôt à sa quête, pour poursuivre l'analogie arthurienne, et hormis dans The Breakthrough, les seules références à la physique théorique se situent dans les titres des pistes instrumentales (quantum chaos, string theory, dark energy...).
Cette quête, donc, est centrée sur le parcours du prodige (Tommy Karevik), doté d'un monde intérieur riche mais confus et incapable de communiquer avec son entourage, du moins jusqu'à ce qu'un médicament lui permette de mettre de l'ordre dans ses pensées et d'exprimer enfin le génie qui est en lui et qui mettra tout en œuvre pour accéder à cette théorie du tout.
Les thèmes, idées, questions abordées foisonnent dans cette histoire pourtant simple au premier abord, entre autres (et en vrac) :
- l'opposition entre les sentiments, l'individu, défendus par le côté féminin du casting (la mère, Cristina Scabbia, et la copine, Sara Squadrani) et la raison, la science pure, les capacités plutôt que l'individu, défendues par le père (Michael Mills), le psychiatre (John Wetton) et le professeur (JB de Grand Magus), bien que ce dernier soit plus mesuré. En extrapolant un peu, il s'agit aussi d'une opposition entre la sécurité de la stagnation et les risques de l'évolution.
- les relations entre les parents et le fils : la mère surprotectrice au détriment de ses aspirations, le père qui s'en désintéresse dans un premier temps puis qui y voit un moyen d'atteindre son propre objectif quand il prend conscience de ses capacités exceptionnelles.
- la rivalité entre deux individus, tant intellectuelle que sentimentale.
- l'expérimentation thérapeutique/médicamenteuse.
- atteindre un objectif louable non seulement au détriment de sa propre santé mais aussi sans se soucier des conséquences de ses actes.
- s'opposer aux rêves de quelqu'un si c'est pour son bien, et dans cet ordre d'idées, être aidé par les personnes avec qui on est en conflit (et les plus ouvertement égoïstes, le père et le rival, interprété par Marco Hietala) quand ceux qui nous aiment nous freinent.
- la projection du professeur, qui estime avoir raté sa vie, sur l'élève qui, lui, a les capacités de réussir ; le professeur devient d'ailleurs le seul soutien inconditionnel du prodige, prêt à l'aider quoi qu'il décide mais s'inquiétant aussi de son bien.
- peut-on toucher au savoir absolu et en revenir pour le diffuser ?
- la subsistance après la mort.
- etc.
Les paroles, généralement sous forme de dialogues, représentent davantage l'idée générale ou un état d'esprit que les véritables paroles des personnages (par exemple, dans The teacher's discovery, difficile d'imaginer le rival dire réellement "c'est moi le génie, lui il veut juste prendre ma place", même si c'est ce qu'il pense et dit en substance).
Une des forces de l’œuvre réside dans le fait qu'aucun jugement n'est porté, sinon celui des personnages en fonction de leurs propres motivations. L'histoire nous pousse à réfléchir par nous-même, à nous interroger, et à la fin, libre à chacun de répondre à la question qui plane sans être posée ouvertement : est-ce que ça en valait la peine ?