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Biographie

Aetheria Conscientia

Aetheria Conscientia est une formation de Black Metal Progressif française (Nantes) formé en 2016. Le groupe propose une musique au croisement du Post-Black Metal, du Rock Progressif et du Doom. Aetheria Conscientia évolue dans univers fictif mêlant mythologie et sci-fi ou l’homme doit quitter la terre, pour assurer sa survie, en s’exilant sur la cité-planète Hydhradh. Après un premier album Tales From Hydhradh sorti en 2018, la suite, Corrupted Pillars of Vanity sort en avril 2021.

Chronique

15 / 20
1 commentaire (19/20).

Corrupted Pillars of Vanity ( 2021 )

Aetheria Conscientia est une formation Nantaise de Black Metal Progressif, Atmosphérique et Expérimental née en 2016. Le côté expérimental s’exprime principalement grâce à l’utilisation massive du saxophone (Avouez, vous pensez tous et toutes à White Ward ? Attendez donc un peu !) dans les compositions. A travers leur premier album Tales from Hydhradh (2018), le groupe crée et développe un univers mêlant mythologie et sci-fi où l’homme doit quitter notre bonne vieille terre pour assurer sa survie, en s’exilant sur la cité-planète Hydhradh. Corrupted Pillars of Vanity, continue l’exploration de ce cosmos alternatif. Dans ce nouveau monde, les civilisations sont déchirées entre les différents dogmes religieux aux rites obscurs et adorateurs d’Aetheria (la divinité du coin) qui sont en conflit et en quête de contrôle sur la population. 

 Le développement de cet univers permet au groupe de varier les intentions narratives entre des passages contemplatifs et descriptifs contrebalancés par des moments dynamiques mettant en scène les personnages d’Hydhradh. Le premier titre, Asporhos' Altering Odyssey, raconte le voyage des derniers survivants terrestres, naviguant seuls dans l'immensité spatiale, à la recherche d’un nouveau monde. Le décor est posé par une introduction calme. Le côté ambiant des nappes, suivies par les apparitions discrètes de la guitare acoustique et du saxophone (tenu par Simon Chattelyn qui a été forcé de quitter le groupe avant la sortie de l’album pour des raisons personnelles) évoque le réveil des pilotes après leur stase liée à leur départ de la terre. Le décor vole rapidement en éclat avec l’arrivée du blast beat, des guitares tremolo et du chant criard (assuré par Andrii Pechatkin de White Ward, sur ce titre, comme par hasard !) : le triptyque classique du Black Metal. La cassure violente entre les deux passages décrit avec justesse la panique qui s'empare de l’équipage du vaisseau, usé par le temps et le voyage. L’errance dans l'immensité de l’espace est décrite dans la seconde partie du titre par des riffs plus éthérés, à la manière d’un Mare Cognitum, jusqu'à l'apothéose finale et le crash du vaisseau sur cette nouvelle planète : Hydhradh. La narrativité du titre est appuyée par le saxophone qui joue ici le rôle de narrateur de cette odyssée.


Après avoir découvert l'univers dans sa globalité, le groupe propose à l’auditeur une initiation aux rites des peuples de cette nouvelle civilisation. The Corrupted Sacrament démarre sur un riff rugueux avec des dissonances à la Nero Di Marte. Ce titre met particulièrement en avant le travail de Paul Breheret aux percussions. L’ambiance ritualiste est très bien mise en scène par les nombreux passages plus calmes où s'expriment congas et autres percussions. A cela s’ajoute le pont jazzy-psyché où le rythme atypique et une mélodie déconstruite au saxophone (un petit clin d’oeil à à King Crimson (Rock Progressif Expérimental) ?) dépeignent la folie qui a perverti petit à petit les élites de ce monde. Maintenant que l’auditeur a pris connaissance du rite, il est invité à le pratiquer à travers le titre Liturgy for the Ekzunreh. Là encore, le groupe choisit de laisser de l’espace aux percussions et aux rythmiques tribales (un très gros ajout par rapport à l’opus précédent), principal vecteur de l’ambiance chamanico-ritualiste du titre. Cette atmosphère est accentuée par les litanies chantées “Ekzunyr ornos prospeera !“ en langue hydhradhienne, dont la construction des phrases évoquera à l’auditeur averti le zeuhl des iconiques Magma (Rock Progressif Expérimental Zeuhl).


Une fois le rite de passage terminé, l’auditeur commence à percevoir et comprendre les rouages du monde Hydhradh. Le groupe peut alors se permettre de rentrer dans les détails. C’est pourquoi l'œuvre se termine en racontant l’expédition d’un élu à travers le diptyque Absurd Crusade. Le personnage part dans une quête de vérité, à mi-chemin entre mysticisme et exploration des entrailles du monde (Votre serviteur voit dans cette nouvelle un clin d'œil aux Montagnes Hallucinées de H.P Lovecraft). La première partie, Elevation in Arrogance, est un titre aux allures et inspirations Post-Black. Deux minutes d’introduction planante et aérienne et la machine infernale se lance. Dans ce titre sont représentés tous les ingrédients qui font la force de l’album : ambiances variées entre calme et tempête, construction narrative typique du post-, percussions ethniques, lignes mélodiques sublimées par le saxophone (Pour l'anecdote, sur ce titre c’est Dima Dudko des Ukrainiains de White Ward qui s’invite au saxophone alto) et outro grandiose accompagné au piano. L'aspect narratif est une particularité de ce titre, retranscrite d’une part par les leads au saxophone mais également par la place accordée à la voix. Contrairement aux autres titres, elle occupe une place prépondérante dans l’espace sonore, loin de se limiter à un simple support des ambiances proposées. La seconde partie, Collapse in Penance, termine l’exploration dans la confrontation avec les protecteurs des secrets d’Hydhradh. Après une première partie très typée Black Metal, un pont permet à la musique de respirer tout en proposant un passage ambiant où se mêlent notes discrètes et nappes brumeuses sur fond de beuglements d’êtres inconnus. Le tout donne l’impression à l’auditeur de se balader, torche à la main, dans les entrailles du monde. Au bout du tunnel, la vérité grandiloquente et écrasante est servie par un passage qui monte en tension. Ce dernier donne à entendre des notes uniques répétées au saxophone (aux alentours de 10 minutes jusqu’à 12 minutes) dignes d’une musique de film. Le final éclate dans une apothéose mêlant blast-beat, tremolo, percussions et saxophone. Voilà donc la nature de la vérité.


Corrupted Pillars of Vanity est une œuvre conceptuelle à placer dans un contexte précis. Certes, à la première écoute, le combo Post Black-Metal et saxophone rapprochera Aetheria Conscientia de leurs compères de White Ward. L’important ici est de souligner en quoi l'œuvre des Nantais diffère de celle des Ukrainiens. D’un côté, l’ambiance film noir moderniste de White Ward, permet l’expérimentation dans des structures de morceaux beaucoup plus torturées et alambiquées qui ravira les amateurs de free-jazz. De l’autre, l’univers riche d’Hydhradh, illustré par la pochette dessinée par Amaury Pottier, est plus linéaire c’est certain. Pourquoi ? Parce qu'il se doit de garder une cohérence globale permettant d'accompagner l'auditeur à la découverte de ce monde imaginaire. L'atout principal de ce cosmos tourmanté, c'est qu'il se prête davantage aux expérimentations rythmiques ritualistes et aux liturgies en langue hydhradhienne : deux salles, deux ambiances. Le tout est servi par un enregistrement home studio de qualité et un mix qui, même s’il met en avant le saxophone, reste cohérent et bien équilibré. Avec cet album, Aetheria Conscientia se fait une petite place dans la scène Post-Black actuelle qui aime expérimenter la narration dans sa musique(1). 


1: lisez ma chronique de Wayfarer si vous doutez ! Et si vous trouvez que je dis toujours la même chose je vous réponds que Sophocle disait : “Ne tuez pas le messager”, nah.

A écouter : Liturgy For The Ekzunreh, Absurd Crusade (Part I et II)
Aetheria Conscientia

Style : Black Metal Progressif et Experimental
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Origine : France
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