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Biographie

A Storm of Light

A Storm Of Light, trio new-yorkais, prend ses racines en 2007 par Josh Graham (Battle Of Mice, Blood And Time), débarqué de Red Sparowes. Accompagné de Domenic Seita (Tombs, Asea) à la basse, de Pete Angevine à la batterie et de Vinny Signorelly (Unsane, Swans, Blood And Time) à la seconde batterie, Josh Graham s'inspire d'auteurs américains tels qu'Edgar Allan Poe ou William Faulkner pour signer un premier album concept, And We Wept The Black Ocean Within, chez Neurot Recordings en 2008. Auparavant side-project et première partie lors de concerts de Neurosis en 2007 et 2008, le groupe semble désormais vouloir marcher sur les lourdes traces de ses aînés en formant un projet à part entière au plus profond des abysses.

En 2009, A Storm Of Light poursuit sa quête de la lourdeur en signant deux sorties : Primitive North en split avec Nadja et Forgive Us Our Trespasses avec Andy Rice à la batterie.

10.5 / 20
2 commentaires (11.5/20).
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Forgive Us Our Trespasses ( 2009 )

Après un And We Wept The Black Ocean Within qui nous avait laissés sur une impression plus que moyenne, A Storm of Light a donné une impression toute autre en live, les vocaux féminins salvateurs venant largement compenser le marasme sonore des guitares. Néanmoins, le sentiment dégagé par le groupe, avant la sortie de Forgive Us Our Trespasses, est plus d'ordre visuel que musical (peu étonnant, en y réfléchissant quand on sait que Graham est le Monsieur Visuels de Neurosis). En renforçant ses performances live de projections vidéo aux thématiques marines et grâce à ses superbes artworks denses et travaillés (le nouvel album ne déroge d'ailleurs pas à la règle), le groupe de Josh Graham s'attache avant tout à se forger une reconnaissance sur la scène par une personnalité de mastodonte. Arriver tel un pachyderme pour se faire sa place. Pauvre porcelaine.

Et même si l'agitation paraissait assez vaine, sortir un deuxième album aussi rapidement relevait de la gageure. And We Wept... donnait à entendre, en fin de parcours que le concept se mordait un peu la queue et que la redite guettait méchamment. Le morceau choisi par le groupe pour présenter la nouvelle sortie n'en suggère pas moins: Tempest débarque dans ses gros sabots, rythme lent, batterie lourde et toutes distorsions dehors. Un schéma classique qu'on est heureux de pouvoir écorner et qu'on n'est pas surpris de voir repris, quasiment à l'identique pour la voix, sur Trouble Is Near (oui, aussi sur Omega, d'accord). Evidemment, à ce stade, la recette n'ayant déjà pas fonctionné sur le précédent disque, elle avait sans doute peu de chances de prendre ici. Pas faux, mais le même résultat est conduit par une raison différente. Ce qui gêne sur, Forgive Us..., ce n'est pas tant une bouillie sonore, autrefois élevée au rang de concept musical plus que limite (plus c'est lourd, plus c'est noir, plus c'est bien); non, ici, c'est simplement le manque évident de créativité qui met en exergue un faible relief musical et émotionnel.

Il n'est pas normal que ce soit les interludes (la série des Law of Nature, tirée tout droit des samples de Battle of Mice - où l'on croirait entendre un Julie Christmas masculin) qui apportent le plus au disque. Triste constat d'être soulagé que l'agressivité (toute relative tant elle est linéaire, perdant par là-même son onde de choc) manifestée sur les morceaux les plus lourds se terminent pour apprécier les passages un peu plus variés (The Light in Their Eyes, Across The Wilderness), qui ne sont d'ailleurs pas légion. Et, surtout, malgré la filiation évidente à Neurosis, qu'on désire que cesse cette voix monotone qui n'apporte rien aux mélodies ni à l'ambiance mais qui fait patiner les morceaux dans une platitude regrettable (Midnight fait par ailleurs penser à du sous-Minsk). Pourquoi ne pas avoir réédité l'expérience live et, aussi, celle du split avec Nadja, en intégrant les vocaux féminins qui se greffaient parfaitement aux compositions? Forgive Us Our Trespasses se fait plus aéré sans doute (interludes, guitare claire plus présente, son batterie mis en valeur donnant parfois une certaine profondeur) mais ne décolle toujours pas, la faute à une identité floue mal constituée.

Et de se demander, au final, quel est le but d'un homme qui a quand même quitté Battle of Mice et Red Sparowes pour créer son propre exutoire, sorte de chutes d'enregistrement issues de la bande des "frères Scott" (Kelly et Walker). Ressort alors la possible explication que Josh Graham ne serait capable que de travailler en collaboration (Red Sparowes, Nadja) ou confrontation (Battle of Mice) comme sources créatrices et qui, lorsqu'il se retrouve seul, ne ferait que ressasser ses inspirations déçues. Moche, mais tellement courant.

A écouter : Euh...
9 / 20
5 commentaires (8.6/20).
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And We Wept the Black Ocean Within ( 2008 )

En 2008, Neurosis, grâce à ses individualités, aura été plus que présent sur le devant de la scène. Année faste pour Neurot Recordings et le groupe d'Oakland dont deux de ses membres se sont déjà pliés à l'exercice solo plus tôt cette année (Steve Von Till avec The Grave Is A Grim Horse et Scott Kelly avec The Wake). C'est maintenant au tour de Josh Graham (monsieur visuels de Neurosis) de présenter le premier album de son nouveau projet.

Red Sparowes, Blood and Time, Battle of Mice, les antécédents flatteurs de Graham posent d'entrée le ton. Ce n'est pas non plus ce que démentira la pochette, cauchemar sous-marin aux couleurs somptueuses; certainement l'une des plus réussies cette année.
Navigant en eaux profondes, And We Wept the Black Ocean Within se veut album-concept, descente en abysses d'un personnage aux sentiments tourmentés (dénégation, colère, dépression) et balloté par les flots. Une tempête d'émotions au coeur d'un océan vengeur. Adrift, d'entrée, conforte la métaphore marine, le calme avant la tourmente. Sans conteste, la plongée est asphyxiante au possible: la rythmique pachydermique, le son invariablement heavy des guitares et la monotonie de la voix étouffent les oreilles tout au long de l'album, véritable bourrasque de 68 minutes, n'accordant que de courtes périodes d'accalmies guère salvatrices (Undertow, les orgues de Leaden Tide).

L'océan est vaste et sa traversée parait rapidement longue, surtout lorsque les vagues suivent toutes le même mouvement pour ne plus former qu'une masse indistincte et sans relief. Si l'exercice attise la curiosité en premier lieu (disons sur le premier quart d'heure), l'Ennui (sic) prédomine sur la seconde partie du voyage. La faute à des morceaux qui s'étirent inutilement en longueur, à l'absence d'un climax fracassant qui viendrait fendre les eaux de façon biblique et à un remplissage peu inspiré dans la dernière demi-heure (l'outro de Leaden Tide et les deux interludes qui suivent, Breach et Descent) qui donnent plutôt l'impression d'errer sur un océan du vide, loin du coeur de la tempête promise. Dernière étape, Iron Heart se révèle peut-être la piste la plus intéressante, rappelant Isis en plus lourd où la voix se lâche enfin et les guitarent semblent s'ouvrir un peu. Difficile cependant d'y accorder plus attention tant les raisons de jeter l'éponge en cours de voyage sont nombreuses; le tout formant un mélange décourageant de lassitude et de pénibilité contre lequel il faut constamment lutter.

Les références sont connues (si Neurosis n'existait pas...) et qui est familier avec le travail de Graham ne sera pas dépaysé. Sans doute pas assez. A défaut d'être réellement profondes, les eaux de And We Wept the Black Ocean Within sont inoffensives, l'album ne faisant qu'effleurer son sujet avant de tourner en rond. Imaginez le capitaine Achab regardant Moby Dick nager dans un verre d'eau.

A écouter : sur une mer d'huile