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Musique et environnement

A l’heure où une pénurie mondiale de matières premières contribue à ralentir les pressages, et dans un contexte général de dégradation de l’environnement, c’est notre propre consommation de musique qui est questionnée. Comment envisager les années à venir ? Faut-il réduire ses achats de disques ? Comment dans le même temps, soutenir musiciens, petits labels et disquaires indépendants ? Ces questions se posent à plus forte raison pour nous, fans de Metal avides de box collectors en tout genre, de vinyles couleur, toujours à la recherche de merch et de goodies en plastique


Commençons donc par le sujet qui fâche : quelles sont les conséquences de notre passion pour la musique ?
 
C'est un fait, nos étagères accueillent de plus en plus de vinyles depuis quelques temps. Le regain d’intérêt pour ce format nostalgique remis au goût du jour n’est malheureusement pas inoffensif. Le support nécessite notamment du PVC et du PVA, des matériaux cancérigènes et sources de déchets. A tel point que l’entreprise Thai Plastic and Chemicals PCL, source de PVC pour plus de la moitié des vinyles américains, s’est retrouvée épinglée par Greenpeace à plusieurs reprises. 

Le format CD de son côté est considéré comme légèrement moins polluant qu’un LP, car moins gourmand en ressources naturelles. En revanche, impossible de le recycler contrairement au vinyle, puisque le CD est un mélange de différents matériaux. A cela il faut ajouter un « boîtier cristal » en polystyrène, ou une pochette en carton pour les amateurs de microsillons. 

Faut-il donc arrêter d’acheter des disques et se contenter de musique dématérialisée ? Pas si sûr. Même si cela est moins visible, le streaming est aussi source de pollution : le stockage massif de données sur des serveurs consomme de grandes quantités de ressources. Pire encore, la musique n’a jamais autant émis de gaz à effet de serre que de nos jours. Certes la transition vers une écoute en ligne a réduit le recours au plastique, mais alors que dans un monde pré-internet on ne dépassait pas les 160 millions de kilos de CO2, la musique à l’heure actuelle émet entre 200 et 350 millions de kilos de dioxyde de carbone. Des chiffres qui s’expliquent certainement par une forte démocratisation de l’écoute via des plateformes. Leur utilisation s'est accrue grâce aux téléphones, tablettes et ordinateurs, des appareils néfastes à l'environnement de leur création à leurs derniers jours (en cause : le besoin en minéraux, métaux, et la consommation énergétique qu'ils engendrent). Rattrapés par la réalité, des services de streaming comme Spotify ont commencé à communiquer sur la baisse de leur empreinte carbone. Celle-ci est cependant à relativiser, puisque l’entreprise suédoise héberge une grande quantité de données chez Google Cloud et ne les compte donc pas dans les chiffres de ses bilans environnementaux.

Numérique ou physique, comment trancher ? Tout dépend de vous : selon cet article de la BBC, mieux vaut se contenter de streamer un titre si on ne le passe que quelques fois. En revanche, à partir de 27 écoutes et au-delà, acheter la version physique est un choix plus écologique. Cependant l'article ne tient pas compte de l'acheminement du disque jusqu'à votre platine, une donnée pourtant non négligeable en termes de CO2.Le merch, c'est du sérieux (extrait du documentaire Heavy Metal Parking Lot)

Enfin, direction le dressing. Il faut aborder le cas du merchandising, produit pourtant incontournable sur lequel les artistes peuvent dégager une marge intéressante. Rappelons que l’industrie du textile est l’une des plus néfastes et qu’il faut environ 3000 litres d’eau pour produire un seul t-shirt. Le teindre nécessite l’usage de produits chimiques polluants, rejetés dans les océans. Le recours aux microplastiques est également néfaste pour l’environnement, tandis que la qualité en baisse des vêtements réduit leur durée de vie. Conséquence directe : des décharges de textile à ciel ouvert et/ou des tentatives d’incinération de ces vêtements, fatalement néfastes pour la qualité de l’air. 

Côté musique live, les dégâts causés varient forcément pour chaque concert ou festival : des données comme le nombre de spectateurs et d’artistes, leurs trajets et leurs comportements sur place rendent l’événement plus ou moins polluant. Un article sur le sujet, publié par le Centre National de la Musique, donne cependant un ordre d’idées : « selon une étude publiée par Eneris en 2011, le bilan carbone moyen d’un festival de 50 000 festivaliers en France s’élèverait à 1 000 tonnes de CO2 soit l’équivalent de 400 allers-retours Paris-New York en avion ». Le chiffre est forcément préoccupant et interroge nos propres pratiques en tant que public, tandis que les artistes multiplient ces dates et doivent se déplacer d’une destination à l’autre, alourdissant plus encore leur bilan carbone. 

Prise de conscience dans le monde de la musique

Bien entendu, les acteurs les plus à même de faire bouger les choses restent les leaders politiques, au niveau national ou supra-étatique. La Cop21 puis la Cop26 ont fixé comme objectif de plafonner le réchauffement climatique à 1,5° d’ici la fin du siècle, reste à savoir quelles contraintes et mesures de rupture seront réellement mises en place dans les années à venir. Le but n’est donc pas de culpabiliser ici qui que ce soit mais de proposer quelques pistes pour limiter la casse à notre petite échelle de mélomanes. 

On l’a vu, le choix entre support physique ou numérique est à envisager au cas par cas. Cependant, des tentatives encourageantes laissent présager un avenir plus serein pour les fondu.e.s de 33 tours. Un groupe de huit entreprises hollandaises a planché sur un projet de « green vinyl », fabriqué sans PVC et à partir de matières recyclées. Si l’objet n’est pas encore convaincant en terme de qualité sonore, on est en droit d’espérer une alternative de ce type dans les années à venir. 

Sur scène, certains groupes sont également à l’avant-garde du changement, parfois depuis plus de dix ans. 

Pour la promotion de son album In Rainbows, Radiohead avait en effet planifié en 2008 une série de concerts plus écologique que la normale. En collaboration avec une agence environnementale d’Oxford, le groupe avait à l’époque évalué l’impact de ses shows précédents pour en tirer des leçons. A titre d’exemple, la plus grosse dépense énergétique provenait des trajets du public, représentant jusqu’à 97 % de la pollution totale générée par l’une de leurs anciennes tournée. Thom Yorke et les autres musiciens ont donc décidé de jouer dans des centres-villes (où les transports en commun sont plus accessibles et nombreux), tout en incitant les spectateurs au covoiturage et à éviter l’avion, avec des chiffres à l’appui. Le matériel quant à lui, a été transporté par voie maritime et non par les airs, tandis que les artistes ont privilégié au maximum le rail et la route à des vols énergivores. 

Radiohead en live à Saitama (Japon, 2008) pour la promotion de In Rainbows. 

De son côté, Massive Attack s’engage également pour la planète. Suite à un rapport du Tyndall Centre for Climate Change Research (un partenariat entre plusieurs universités étudiant le changement climatique), les papas du Trip-Hop choisissent d’interpeller les états quant à leurs responsabilités. Déjà familiers du train (ce qui a représenté une baisse de 31 % de leurs émissions de CO2), les anglais suggèrent de mener des politiques incitant le public à favoriser le rail à la voiture ou l’avion, en créant par exemple des tarifs plus avantageux pour le concert. Ils préconisent également une restauration locale dans les festivals, des sources d’énergies décarbonées que pourrait soutenir le gouvernement, par ailleurs prompt à subventionner des énergies fossiles. De plus, Massive Attack imagine des salles de concert proposant un système de « plug and play », dans lesquelles des équipements volumineux pourraient être utilisés par les groupes de passage pour éviter le transports d’amplis, batteries, etc. 

Coldplay a prévu de défendre son album Music Of The Spheres en revoyant à la baisse son empreinte carbone. Prévue pour un début en mars, la série de dates du groupe anglais devrait émettre 50 % de CO2 en moins que leur précédente tournée. Certes Chris Martin et sa bande se déplaceront parfois en avion, mais ils paieront un supplément destiné à financer du carburant renouvelable pour les vols. Les musiciens utiliseront exclusivement des énergies renouvelables sur scène, grâce à des panneaux solaires et des batteries rechargeables. A l’aide d’une application, les fans sont encouragés à utiliser les moyens de transports les plus verts possible pour se rendre au concert, et les moins « polluants » se verront attribuer une remise sur leur billet. D’autres aspects comme l’utilisation de l’eau ou le merchandising sont développés sur le site officiel du groupe

Cette démarche est encore très minoritaire, et pour cause : Coldplay est un groupe de renommée internationale signé chez Warner, suffisamment gros pour que des entreprises comme BMW (qui a développé les batteries rechargeables) travaillent avec eux. Il n’empêche que cette initiative est à saluer, en espérant qu’elle inspire d’autres artistes et propose un modèle écologique et de plus en plus démocratisé. 

Pour des raisons évidentes de popularité et de budget, le groupe de Metal moyen ne peut pas encore prétendre à de telles solutions. Cependant à leur échelle, certains artistes se font le relais de sujets environnementaux, comme Alissa White-Gluz d’Arch Enemy et sa prédécesseure Angela Gossow. Toutes deux ont développé un discours pro-vegan et mettant en garde contre la souffrance animale, témoignant aussi bien auprès de média Metal que d’associations comme PETA. De son côté, Cattle Decapitation nous rappelle régulièrement à quel point l’espèce humaine est nuisible, et ce à travers des pochettes éloquentes ou des paroles relatant nos exactions envers les animaux et notre habitat. 

Chez Cattle Decapitation, l'Homme est acteur et victime de sa propre perte. 

Aaron Weaver, batteur de Wolves In The Throne Room, gère avec sa femme une ferme écologique, sans recours aux pesticides. Ses motivations aussi écologiques que spirituelles le poussent ainsi à vivre de manière auto-suffisante dans une forêt de l’état de Washington. Bien que cela ne soit pas son but premier, cette vie « basse consommation » compense en partie les tournées, disques et t-shirts.

Connus mondialement pour leur engagement, les français de Gojira véhiculent eux aussi un message écologique et mettent leur popularité à contribution. Sur son site officiel, le groupe relaie depuis plusieurs années des pétitions en faveur de l’environnement (contre l’exploitation minière des océans ou le massacre des éléphants par exemple). Depuis 2021, alors que le président brésilien Bolsonaro affiche une politique ouvertement hostile aux indigènes d’Amazonie devenus encombrants pour l’exploitation de la forêt, les quatre français ont participé à des ventes aux enchères à but humanitaire. Comme d’autres poids lourds du milieu (Lamb Of God, Metallica, Slayer, etc), les musiciens ont mis en vente des instruments et du merch exclusif afin de lever des fonds pour soutenir cette population en danger. Par ailleurs, Joe Duplantier a manifesté au Brésil à l’été 2021 aux côtés des indigènes pour la défense de leurs terres. Sans arrêter de tourner et de vendre de la musique en format physique, Gojira met en place des actions permettant de contrebalancer son impact écologique en alertant et en agissant sur des questions environnementales cruciales. 

Quels sont nos moyens d'action ?

Le dilemme est de taille : acheter un album ou du merch permet de soutenir économiquement nos artistes préférés, mais cela n’est pas sans conséquence pour la planète. En attendant les disques 100 % verts et des concerts zéro carbone, voici quelques modestes pistes pour minimiser notre impact : 

- privilégier les transports en commun ou le covoiturage pour se rendre en concert ou en festival. Les événements Facebook peuvent être l’occasion de proposer des trajets au lieu de voyager à vide.
- des actions pour améliorer l’impact des festivals existent : le Hellfest, en partenariat avec les assos Animaje et Ghetto Art, tente de recycler un maximum de déchets (62 % du nombre total de déchets en 2019). Adopter un comportement responsable lors de ces événements en plein air permet de soutenir et faire grandir ces initiatives. 
- télécharger sa musique pour l’écouter hors-ligne. Bandcamp permet de le faire facilement avec tous les titres que vous avez achetés sur la plateforme. 
- consulter les distros françaises avant de commander à l’étranger (Adipocère, Season Of Mist, Listenable Records, Osmose Productions, etc). En plus d’une économie sur les frais de ports, cela vous évitera de faire transiter une commande depuis l’autre bout du globe. 
- surveiller le marché de l’occasion. Cela se fait malheureusement au détriment du groupe, mais c’est l’occasion de donner une seconde vie à un album tout en soutenant le disquaire du coin. 

Skaldmax (Mars 2022)

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Commentaires

MetalpassionLe Mardi 16 août 2022 à 12H20

Article très intéressant qui met bien en évidence la relation entre la musique les Instruments et l'environnement