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Le cas Atomic Fire Records (avec des ex Nuclear Blast Records)

C’est fin 2021 qu’on apprend la création d’un nouveau label répondant au nom d’Atomic Fire Records. Derrière cette appellation, quelques noms connus parviennent à nos oreilles : Meshuggah, Sonata Arctica, Amorphis… Si un si jeune label, totalement inconnu, se permet de signer des groupes plutôt prestigieux et déjà fortement installés dans le paysage Metal, c’est bien qu’il se passe quelque chose, mérite qu’on s’y attarde quelques instants et qu’on analyse un peu la démarche.



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Habituellement, lorsqu’un label se fonde, selon ses envies et ses objectifs, il signe des petits groupes, se fait d’avantage connaitre, prend de l’ampleur (ou non) puis sort des disques de formations grandissantes ou plus connues. Mais ici non, Atomic Fire Records tape fort dès le départ en proposant des albums de groupes déjà établis et largement connus du public Metal dans des genres divers. La raison de ces signatures est assez simple, les personnes derrière le label ne sont pas d’illustres inconnus. On y retrouve en effet et essentiellement le fondateur de Nuclear Blast Records, Markus Staiger, ainsi que deux anciens du label allemand à savoir Florian Milz et Markus Wosgien qui occupent désormais respectivement les postes de PDG et de label-manager au sein d’Atomic Fire Records. Par ailleurs, Markus Staiger, qui a fondé Nuclear Blast Records en 1987, a décidé de quitter le label le 9 octobre 2018. La date de son départ coïncide avec le rachat de Nuclear Blast Records par la société française Believe Digital qui devient l’actionnaire majoritaire du label allemand pour un chèque à huit chiffres (au moins 10 000 000$ donc). On rappellera que Sony Music avait racheté Century Media Records en 2015 pour la somme de 17 millions de dollars.

Par son départ, on peut se douter que Markus et les autres employés n’avaient plus envie de travailler dans une entreprise soumise à une major et qu’il y a de forte chances pour qu’ils soient soumis à certaines envies et décisions de Believe Digital. Trois ans plus tard arrive donc Atomic Fire Records avec comme première signature (sans compter les singles) les islandais de Power Paladin et leur premier album With The Magic Of Windfyre Steel qui parait en janvier 2021. Viennent ensuite Les nouveaux albums de Mystic Fire, Sonata Arctica, puis Amorphis entre janvier et février 2021. Les deux derniers groupes finlandais, étaient auparavant signés chez Nuclear Blast Records et comme on le disait précédemment, leur réputation et leur renommée n’est plus à faire. Un joli coup de lancement pour un label, avec ce qu’il faut de clips et de mise en avant dans les médias pour promouvoir les nouvelles sorties. Mais ils ne s’arrêtent pas là et annoncent pour les mois à venir les sorties d’Incite, de Skull Fist et surtout des mastodontes Meshuggah avec Immutable, le nouvel opus des suédois six ans après The Violent Sleep Of Reason qui était paru chez… Nuclear Blast Records, bien sûr.



Ça, c’est pour le tour d’horizon de ce qui est sorti ou déjà confirmé par le label. Sauf que quitte à y aller franco, le label allemand a également annoncé sortir les prochains disques et pas des moindres, d’Helloween, Opeth, Agnostic Front, Primal Fear, Rise Of The Northstar, mais également Silver Lake (le projet solo d'Esa Holopainen d'Amorphis - comme par hasard) et White Stones. En bref, des formations pour la plupart bien connues et respectées dans leurs domaines respectifs : le Heavy Metal pour Helloween, le Prog pour Opeth, le Hardcore pour Agnostic Front et un joli coup de poker pour récupérer des formations qui étaient toutes chez Nuclear Blast Records en dehors d’Opeth qui sortait ses précédents disques sur son propre label. Ils ont également prévu de s’occuper des groupes du label Reaper Entertainment avec des formations un peu plus underground comme Memoriam, Wolfchant, Tankard ou Lost In Grey.

Un autre point intéressant et qui prouve la puissance d’un si jeune label, en dehors du parcours et des compétences déjà acquises chez Nuclear Blast Records par ses employés ce sont ses collaborateurs. Les bureaux et représentants internationaux sont situés en Angleterre, aux États-Unis, en Suède, en Italie et en Espagne, de quoi avoir une bonne distribution et promotion en Europe et aux Etats-Unis. Pour la France, c’est Olivier Garnier qui s’en occupe et qui travaille pour Replica Promotion, un organisme qui gère déjà pas mal de labels tels que Metal Blade Records, Mascot Records, Afm Records, Kscope, ou encore Eleven Seven Music. Les disques sont également distribués par Warner Music, le troisième plus gros consortium de l’industrie de la musique à l'échelle mondiale et Alternative Distribution Alliance. Atomic Fire Records va même jusqu’à ouvrir un magasin de disques à Donzdorf en Allemagne, là où est situé le siège social du label. Le magasin sera ouvert au printemps 2022. Pour résumer, le label ne fait pas les choses à moitié avec son lancement en sortant des disques attendus de gros groupes, quelques poulains auxquels ils croient, mais s’entourent aussi de gens qui avec leur savoir-faire et leurs compétences, leur permettent déjà de viser haut dans le music business.



Et si on peut facilement concevoir que Markus Staiger ai eu envie de fonder un autre label après son départ de Nuclear Blast Records, probablement en désaccord avec la politique de Believe Digital, comme deux des employés qui l’ont suivis, on peut aussi se demander du pourquoi des groupes comme Amorphis, Meshuggah ou Opeth ont signé sur un tout jeune label comme Atomic Fire Records, alors que la distribution, la promotion, la visibilité et les tournées leurs étaient de toute façon assurées. Le savoir-faire et la confiance de Markus et ses employés y est peut-être pour quelque chose, même si imagine bien qu’il offre tout de même des contrats intéressants aux groupes. Peut-être que la proximité avec les groupes et la passion d’un « vieux de la vieille » est aussi un gage de confiance et d’intérêt pour les groupes qui préfèrent travailler avec des personnes qui mettent en valeur leur travail. Des éléments de réponse nous sont donnés dans une interview du Rock Hard #225 avec Jérôme Riera, actuel manager de Nuclear Blast Records. Il précise par exemple que Markus Staiger a souhaité, lors de son départ, conserver un portefeuille de groupes avec lesquels il avait une affinité particulière ou avec lesquels il travaillait depuis longtemps. Il confirme aussi que Markus et lui n’ont pas / plus la même vision pour Nuclear Blast Records et notamment sur les questions de la musique digitale. Et même si le label resté attaché au marché physique il confirme que les revenus pour Nuclear Blast Records sont de 60% pour le numérique et de 40% pour le physique, donc il y a bien un changement qui s’opère pour le label. Dans l’interview consacrée à Rock Hard, Jérôme parle beaucoup de streaming (nous avions consacré un dossier sur le sujet), à quel point c’est encore mal perçu et considéré et comment le Metal et Nuclear Blast Records doivent affronter l’évolution des pratiques et des technologies. Il conclue sur cette phrase qui peut paraitre un peu prétentieuse : « Aujourd’hui Nuclear Blast, même visuellement, doit être le label de tout le Metal. Nous avons besoin de marquer le changement. »

Le fait est qu’on assiste aujourd’hui à une sorte de duel entre deux entités. L’une frappe fort dès le départ et s’avère d’ores et déjà comme un label important à suivre. L’autre a visiblement l’intention de perdurer en adoptant une stratégie davantage orientée vers le digital. En découlent plusieurs questions. Est-ce qu’Atomic Fire Records compte grandir et récupérer d’autres formations issues de Nuclear Blast Records ? Ou peut-être bien d’autres gros labels tels que Century Media Records ou Metal Blade Records pour continuer à concurrencer ses voisins ? Quelle est la suite pour Nuclear Blast Records avec l’aide de Believe Music ? Va-t-il tenir la distance ou s’effondrer comme ce fût le cas pour Roadrunner Records lors de son rachat part Warner Music en 2020 ? Nous continuerons de suivre tout cela avec attention.

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Pentacle (Mars 2022)

L'interview de Jérôme Riera, actuel manager de Nuclear Blast Records, est à lire dans le numéro #225 de Rock Hard de novembre 2021. A commander au format papier ou numérique sur leur site.

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