21 Albums de 2021

2021 aura été une année très riche d’un point de vue musical. Si niveau concert, ça reste bien maigre, pour revoir nos artistes préférés sur scène, au moins les sorties d’album auront continué d’affluer tout au long de l’année. Il n’est pas ici question d’être exhaustif quant à notre sélection, surtout parce que c’est impossible, mais aussi parce que l’on préfère mettre en lumière des albums sur lesquels vous êtes peut-être passé à côté en 2021 (donc non il n’y a pas Gojira, Iron Maiden ou Mastodon) et qui méritent qu’on s’y attarde un moment. On s’est aussi focalisé ici sur une sélection de 21 sorties plutôt orientée Rock / Metal et affinités car une prochaine sera dédiée au Hardcore. Maintenant que les présentations sont faites, place à la (re)découverte.



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Delving - Hirschbrunnen

Derrière ce nom, on retrouve le guitariste d’Elder, Nicholas Disalvo en solo. Si on retrouve bien évidemment la patte d’Elder, ici, le musicien y dessine des contours plus doux, toujours très planant avec cette petite touche ensoleillé. Hirschbrunnen est un album printanier, réconfortant, aux multiples mélodies qui virevoltent avec grâce entre Post-Rock, Krautrock et Psyché. Un album d’une beauté éclatante, avec un plaisir d’écoute constamment renouvelé par de nombreuses surprises et détails. Ecoutez le très efficace et Rock’n Roll Einstürzende Plattenbauten, un peu dans l’esprit de Kadavar pour vous faire une idée.
     

LantlôsWildhund

Il ne reste plus rien de Black Metal chez Lantlôs et on aurait du mal à le reprocher à Herbst, son créateur. Il se faufile encore d’avantage dans les brumes Shoegaze que sur Melting Sun, tout en gardant un fond Post Metal notamment grâce à une rythmique assez incroyable qui insuffle un sacré dynamisme au disque. C’est le cas de Vertigo par exemple ou le début fait très Punk Hardcore. Entre saccades de riffs djent (The Bubble, Home) ou passages atmosphériques captivants (Planetarium, Dog In The Wild) Lantlôs trouve là un équilibre parfait et se montre d’une justesse et d’une originalité assez édifiante.
     

Big BraveVital

Ce qui est fascinant chez Big Brave, c’est sa capacité à nous happer dans une musique à la fois minimaliste, lente et lourde. Vital est sans doute l'album le plus Doom / Drone de leur discographie ou chaque titre est construit sur à peine plus d’un riff étiré, trituré, écrasé. Big Brave c’est Earth mais version sombre et boueuse également porté par la voix incroyable de Robin Wattie assez proche de celle de Julie ChristmasVital est un disque qui se montre aussi menaçant qu’envoutant.
     

PerturbatorLustful Sacraments

On sentait l’envie de Perturbator depuis quelques années de s’extirper des codes ou clichés de la Synthwave plutôt que de faire dans la redite. Sur l’ep New Model on y trouvait des influences Techno et Indus, mais sur Lustful Sacraments, le musicien explore d’avantage des pistes Post-Punk et Coldwave qui se marient génialement bien avec sa Synthwave. On a peut-être moins de tubes explosifs, mais les morceaux n’en demeurent pas moins puissants (Excess) avec des ambiances froides mais dansantes. Nouvel album, nouvelle orientation, mais c’est encore une fois une réussite.
     

Squid - Bright Green Field

Sur ce premier album des anglais, il va falloir attacher sa ceinture car Squid est un groupe à part et qui ne fait rien comme les autres. Math Rock, Post Punk, Krautrock… ou disons Rock expérimental pour faire simple. Les guitares sautillent, bifurquent, sont étranges, les rythmiques donnent irrémédiablement envie de danser et la performance vocale d'Ollie Judge, chanteur et batteur (oui, oui !) alterne avec fluidité entre chant à la Foals, déclamation et hurlement, toujours avec cet accent "so British" qui renforce encore d'avantage le fait que tu sais que ça vient d'Angleterre. Un disque qui fait tourner la tête pour celles et ceux qui apprécient BattlesIdlesBlack Country, New Road...
     

Zaäar - Magická Džungl’a

On retrouve ici quatre musiciens de Neptunian Maximalism dont son principal instigateur, Guillaume Cazalet, mais également une pochette somptueuse et étrange, à l’image de la singularité musicale de Zaäar. Drone, Ambient rituel et Free Jazz permettent déjà de dresser le contour de cet album. Percussions en tout genre, flûtes, saxophones, synthé, basse, trompette, cloches, chant chamanique et batterie sont quelques éléments que vous pourrez croiser dans ce voyage hypnotique. Magická Džungl’a est primaire, sauvage, cacophonique et donne envie de pratiquer des rituels, nu, perdu au milieu d’une forêt luxuriante. Un disque destiné aux personnes les plus curieuses.


Swampbeast - Seven Evils Spawned Of Seven Heads

Bonne grosse dose de violence ici, avec le premier album des américains de Swampbeast. Leur Death Metal se fait vicieux et boueux avec parfois quelques éléments Black Metal (la voix criarde notamment), Doom ou Crust qui parsèment les titres ici ou là. Mais c’est surtout cette sensation d’être continuellement pris à la gorge tout du long qui prédomine avec des riffs parfois vicelards et tordus à la Immolation. Etonnamment, l’ensemble est assez groovy à l’ancienne comme chez Tomb Mold. 2020 avait révélé Of Feather And Bone, 2021 a Swampbeast.
     

X’ed Out - We All Do Wrong

On pourrait citer Oxbow, Unsane et Ken Mode qu’on aurait presque tout dit. We All Do Wrong a aussi cette capacité, en une seule écoute, de te retourner la gueule. Ils jouent du Noise-Rock / Post-Hardcore de grande qualité, avec la spécificité d’avoir un musicien qui joue de la trompette et apporte des touches maladives, dérangeantes aux compositions. En plus de ça, c’est cru, méchant, avec des riffs soniques excellents ou hyper groovy comme sur Fouling The Nest, peut-être le meilleur titre de l’album, qui évolue sur une fin hypnotique assez folle. Très très grande sensation que ce We All Do Wrong.
     

LLNN - Unmaker

LLNN est la lourdeur incarnée, ça on le sait depuis leur premier album Loss paru en 2016. Mais aussi épaisse que soit la musique des danois, ils trouvent le moyen de se renouveler comme ici sur Unmaker qui est sans doute leur meilleur exercice d’équilibriste entre t’envoyer des guitares en fusion dans la tronche et réussir, malgré tout, à alléger un tant soit peu la formule. Force est de constater que la plupart des titres remuent les tripes comme sur Interloper qui débute en Post-Rock avant d’éclater en riffs aussi lourd que les phrases d’un harceleur de rue. Division est aussi d’une colère et d’une méchanceté rare. Toujours est-il que si tu n’as pas besoin de tes cervicales, tu peux toujours en faire une offrande à LLNN.
     

HelloweenHelloween

Cet album me fait l’effet d’une surprise, tout comme l’était Firepower de Judas Priest en 2018. Il se montre d’une efficacité, d’un sens de la mélodie (dans les guitares ou le chant) et de l’écriture qui fait encore plaisir à voir pour un genre comme le Heavy Metal. Et pour le coup, Helloween montre qu’en matière de Speed / Heavy Metal, ils en ont encore sous la pédale. Rise Without Chains est une petite pépite de rapidité et de mélodie, tout comme Fear Of The Fallen ou Beast Time qui sont clairement des tubes. Notons que la jongle entre les deux chanteurs, Michael Kiske et Andi Deris est un régal. Et pour une fois les allemands ont une belle pochette réalisée par l’artiste Eliran Kantor (Testament, Archspire, Gaerea, Havok, Venom Prison…)


AsphyxNecroceros

Asphyx revient en 2021 en grande forme avec une charge Death Metal explosive. C’est simple, il n’y a rien à jeter dans ce disque. Des riffs cataclysmique, aux mid tempo déboite nuque, au chant toujours aussi impressionnant et qui n’a rien perdu de sa superbe de Martin Van Drunen, ce qui donne toute l’identité au groupe, aux pointes de mélodies bienvenue que le groupe ose insérer de manière subtile à quelques endroits, Necroceros témoigne d’un savoir-faire dans le genre qui nous impose un énorme respect. Et tant pis si le premier et dernier album de Cadaveric Fumes ne figure pas dans cette liste, mais il faut bien faire un choix.


Marissa NadlerThe Paths Of The Clouds

A la base, je voulais y faire figurer le dernier album d’Emma Ruth RundleEngine Of Hell, mais dans un registre proche, et peut-être un peu moins connu du public "Metal", le nouvel opus de Marissa Nadler est une pure merveille de Folk sombre. On retrouve d’ailleurs Emma sur deux titres du disque, mais aussi la harpiste Mary Lattimore qui apporte quelques petites touches élégantes et magique sur deux titres. On aime se perdre dans cette atmosphère vaporeuse, ésotérique même, avec la superbe voix de Marissa Nadler comme seule guide, dans ce mélange de Folk / Dream Pop aux contours Gothique.
     

Plebeian GrandstandRien Ne Suffit

Le groupe avait atteint des summums de violence dans ces deux derniers albums et semblait avoir tout dit en terme d’extrémisme. Mais il prend une nouvelle voie avec Rien Ne Suffit en incorporant dans son Hardcore / Black Metal une bonne grosse dose de Power Electronics. Et on pense alors à mélange de Converge, de Gorguts et de Pharmakon, ça suinte de mal-être, c’est viscéral au possible et c’est sans doute le disque le plus haineux et le plus malaisant que tu pourras écouter cette année. Ecoute non recommandée, sauf si tu veux finir en larme à te recroqueviller sous tes couettes.
     

King WomanCelestial Blues

Aucun album de Doom Metal de cette année n’a autant la classe de ce Celestial Blues. La voix de Kris Esfandiari, parée d’atour gothique, est incroyable et est un énorme atout pour le groupe. Même musicalement, King Woman emprunte des chemins mélodiques et mêmes stylistiquement assez improbable, mais non moins très appréciable. Le groupe a sorti un album osé, à part dans la scène Doom, très noir et très froid, mais il mérite qu’on le mette une fois de plus en lumière.
     

Spiritbox - Eternal Blue

Eternal Blue est l'exemple d’album qui peut redonner foi, en 2021, dans le style Metalcore car peu d’album du genre m’ont autant enthousiasmé ces dernières années. Le côté Djent / Progressif prédomine, mais est fait de manière juste et laisse aussi place à des envolées mélodiques / atmosphériques. Spiritbox est un petit joyau, une perle rare, porté par la voix de Courtney tout bonnement impressionnante et passant d’un registre chanté à hurlé. Il faut écouter Hurt You et Constance pour se rendre compte à quel point le groupe est capable d’un grand écart, mais ces deux titres démontrent toute l’étendue de leur talent.
     

L’EffondrasAnabasis

Blues, Rock, Psyché, Noise, Post-Rock, on n’a jamais vraiment su définir clairement ce groupe et ce n’est pas ce Anabasis qui va nous aider à trancher. Tant mieux car L’Effondras est un groupe à part, on le sait depuis leurs débuts, et continue de tracer son chemin, dans un onirisme scintillant qui pourrait tenir sur une BO des films des studios Ghibli, s’ils étaient plus Rock. Le groupe évoque en tout cas, un abandon, un voyage sans parfois connaitre la destination à la manière d’un livre de Sylvain Tesson. Il est d’une beauté et d’une chaleur réconfortante. On aime se perdre, comme on aime se retrouver. Cette phrase prend tout son sens à l’écoute de ce disque.
     

Lingua Ignota - Sinner Get Ready

La musique de Lingua Ignota est fascinante, forgée dans la douleur, et ce nouvel album se révèle d’autant plus effrayant à la lumière des horreurs causées par son ancien compagnon, Alexis Marshall (chanteur de Daughters). Il y a ce truc sinistre, douloureux, dans sa musique entre Néo Classique, Noise, Indus, qui donne envie de pleurer avec elle. Sinner Get Ready te marque au cœur, tout comme il est lugubre, mais possède cette facette hypnotique (Many Hands) libératrice. La douleur de Kristin est toujours là, mue d'une nouvelle façon, dans une plaie moins béante que sur les deux albums précédents, mais néanmoins réelle. On conseille aussi de jeter une oreille sur Sightless Pit, où l'on retrouve la musicienne accompagné de deux musiciens de The Body et Full Of Hell dans un style un peu différent, mais pas moins remuant.
     
 
Bruit≤ - The Machine Is Burning And Now Everyone Knows It Could Happen Again

S’il fallait retenir un album de Post-Rock cette année, ce serait celui des toulousains, multi-instrumentistes. Basse épaisse, syncope rythmiques, quelques notes de piano, des nappes de synthé, Bruit≤ évoquera parfois Mogwai ou Godspeed You! Black Emperor, qui ont d’ailleurs sortis de très bons albums cette année, mais avec suffisamment de personnalité et de force pour qu’on se penche plus longuement sur leur musique. Une force dans la manière de nous captiver, une intensité musicale qui se révèle poignante, notamment sur les montées comme sur le dernier titre The Machine Is Burning qui file les frissons. Un disque majestueux !


Papangu - Holoceno

Tu imagines si Mastodon, Magma et King Crimson fusionnaient ensemble ? Ca donnerait ce premier album des brésiliens de Papangu qui est mélange de Metal, de Prog, de Zeuhl et de Rock Psychédélique. Sur le papier ça peut sonner dégueulasse, mais Papangu a suffisamment bien digérer ses influences que le rendu est étonnant et détonant. C’est technique, mais sans tomber dans la démonstration et puis surtout ça riff (Sao Francisco), ils laissent parfois place à des passages plus mélodiques / psyché au synthé et surtout c’est d’une fluidité exemplaire d’autant plus pour une jeune formation. A écouter si t’as envie de pleins de notes.
     

Ferriterium - Calvaire

A la question, est-il possible de conjuguer agressivité et mélodie dans le Black Metal, Ferriterium répond un grand oui avec son second album Calvaire. Par contre, tiens-toi prêt.e, parce que ça blaste dans tous les sens et pendant toute la durée du disque, ne laissant que de rares moments de repos, mais les (très) nombreuses mélodies rendent la chose plus digeste et même étonnamment immédiate. Ferriterium pourra aussi rappeler la scène Black Metal canadienne avec des groupes comme Forteresse ou Délétère dans leur sens de la mélodie délivrée à toute vitesse. Un disque exaltant et d’une grande richesse dans ses compositions.


Converge x Chelsea Wolfe - Bloodmoon : I

Cet album n’a pas grand-chose à voir avec un disque de Converge et à part quelques rares passages un peu plus Rock / Hardcore, on est très loin de la musique chaotique et nerveuse du combo. Par contre, on se retrouve d’avantage sur les territoires connus de la musicienne, à savoir plutôt Rock et Gothique, même si l’ensemble sonne plus Post-Hardcore (Stephen Brodsky de Cave In joue sur le disque et ça se sent). Bloodmoon : I est un disque bariolé de nombreuses couleurs, parfois un peu grandiloquent, à glacer le sang lors que Chelsea Wolfe hurle, mais l’ensemble, à deux doigts de se casser la gueule tient pourtant en place. Surprenant et original.     

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Pentacle (Décembre 2021)

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Commentaires

WabbaJack DLe Lundi 27 décembre 2021 à 13H23

Petite rectification, X'ed Out c'est une trompette pas du sax. ah et puis merci, bel article.