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Acheter un album de metal extrême au début des années 90 1 mois 1/2, des lettres, des lires et pas mal d'attente

Chaque semaine avec nos listes de sorties nous listons autour de 40 sorties, si une vous intéresse en trois clics il vous sera possible de l'écouter et commander. Bandcamp, Spotify, Deezer, Youtube, ... nous donnent accès à une foule d'albums sans effort. Mais qu'auriez vous fait avant ces plateformes ? Avant Internet même ? Avant l'euro ?

Karen, vétérane de la scène metal (organisatrice de concerts, présentatrice radio et à la barre de Sueur De Metal depuis 18 ans), nous partage l'aventure de l'achat d'un album, dont elle n'avait jamais entendu la moindre note, en 1993. Et on peut dire que c'était une autre paire de manches à l'époque !


Couv' du fanzine Funeral #2J'ai envie de vous raconter une vieille anecdote, quelque chose qui m'a vraiment marquée (voire traumatisée !).
Je me dis que ça rappellera pleins de souvenirs à certains et montrera peut être aux plus jeunes ce qu’on était obligé de faire quand on voulait acheter un CD de Death Metal au début des années 90.

J’avais 18 ans en 1993, et j’écoutais du « Metal extreme » depuis donc 2 ou 3 ans.
J’achetais beaucoup de fanzines en français et anglais dont je découvrais l’existence en général justement par le biais de pubs dans ceux que j’achetais, et ce 1er album de Sadist "Above The Light" avait dans plusieurs d'entre eux de particulièrement bonnes chroniques, qui le présentaient toutes comme vraiment surprenant, un vrai « pavé dans la mare » pour l’époque.

J’avais donc comme d’habitude, téléphoné à mon « dealer » préféré, Christian d’Adipocere, pour savoir s’il l’avait en stock et lui commander. Il n’en avait plus et ne savait pas trop quand il pourrait en avoir de nouveau.
Ce CD était sorti chez Nosferatu, un jeune label italien qui n’existe plus depuis très longtemps. 
Faute de le trouver ailleurs, je décidai de refaire ce que j’avais déjà fait plusieurs fois avant la création d’Adipocere en 92, c’est-à-dire me lancer dans ce qui était une folle aventure à l’époque, longue et compliquée : acheter un album à l’étranger !


Chronique de Sadist dans le fanzine funeralD’abord, il fallut trouver l’adresse postale du label dans les fanzines qui avaient chroniqué l’album, puis me lancer dans l’écriture (en anglais bien sûr) d’une lettre demandant son prix et les démarches exactes pour pouvoir le recevoir, puis l’envoyer par la poste.
Et c’est vraiment là que commençait le plus dur en réalité : 
Attendre… Attendre en se posant pleins de questions (Vont ils bien recevoir ma lettre ? Quand ? Comment en être sûre ? Vont ils s’enquiquiner à me réécrire tout ça pour 1 CD ? Quand ?…)…

Je commençais à désespérer et avais dans l’idée de rappeler Christian pour voir si par le biais d’Adipocere c’était possible de le commander, quand je reçus la lettre de réponse, 2 ou 3 semaines plus tard.
Elle me donnait bien toutes les infos nécessaires pour la commande et le paiement, mais en voyant le montant indiqué, j’ai tout à coup vraiment paniqué… Plus de 26 000 lires ? 
Je me souvenais de vacances en Italie avec mes parents quelques années plus tôt et donc que la Lire ne « valait pas grand chose » convertit en francs, mais quand même, 26 000 !
J’ai donc téléphoné à ma banque pour savoir exactement combien ça faisait en francs et Ô soulagement, ça faisait bien dans les 90 frs.


C’était parti pour la phase de commande !
J’allai donc quelques jours plus tard à "La Banque de France" à Saint-Nazaire pour envoyer un « mandat bancaire international » de plus de 26 000 lires, mais au moment de le signer, un gros doute...
- (« Ok, c’est seulement des lires normalement mais j’espère vraiment que je ne fais pas une grosse connerie… »
- « Mais non Karen, allez c’est seulement 90 francs, tu as même quelques centaines de francs de plus sur ton compte en cas de soucis, allez… »)...
Ensuite je renvoyai un courrier en anglais à Nosferatu pour leur expliquer que ce mandat correspondait à l’achat du CD de Sadist à envoyer à telle adresse postale, puis de nouveau : Attendre… Attendre en se posant encore plus de questions…
Heureusement, j’avais parlé de cette commande à ma mère et elle me rassurait dans les moments de doute car impossible, même si je savais que ce n’était pas le cas, de m’enlever complètement de la tête l'idée que je m’étais peut-être ruinée ou endettée. 
Attendre encore et toujours, jusqu’au moment où je le vis dans la boite aux lettres ! 
« Putain, ça y est !!! » 
Enfin pas tout à fait, il me restait encore quand même à faire un détour en bus jusqu’au guichet de ma banque un soir après le lycée, pour être vraiment sûre que c’était bien « seulement » 90 frs qui avaient été débité de mon compte (vive les applis bancaires sur nos smartphones aujourd’hui hein...).

Dans mon souvenir, ce que je viens de vous raconter a pris plus de 1 mois et demi.
Et oui, tout ça pour 1 CD… mais j’adore cet album, en lui-même mais aussi parce que je sais à quel point ça a été chiant et surtout stressant pour l’obtenir (toutes mes autres commandes de ce type auparavant avaient été en Allemagne donc niveau conversion ça avait été beaucoup moins « flippant » psychologiquement heureusement ! 90 francs représentaient environ 27 Deutsche Marks à l'époque.), et toute la patience qu'il a fallu lui a vraiment donné une saveur particulière.
Cette commande est la dernière que j’ai faite de cette manière à l’étranger car ensuite, j’ai pu trouver l’essentiel de ce que je voulais chez les VPC et labels français comme Adipocere, Holy records, Osmose, Listenable, puis Season of Mist et d'autres… Ou encore chez quelques disquaires de ma région.

Je ne dirai jamais que « c’était mieux » que les quelques clics qu’il suffirait de faire aujourd’hui mais ce que je dis toujours quand je reparle de cette époque, c’est que je suis vraiment contente de l’avoir connue et d’avoir été capable de faire tout ça, même pour seulement 1 CD dont je n’étais même pas sure qu’il me plaise en plus puisque je n’en avais jamais entendu une seule note ! 
Par contre, 27 ans plus tard, j’ai toujours une sorte de sentiment de panique et repense à cet album dès que j’entends parler de lires italiennes… 

Bacteries (Décembre 2020)

Merci à Karen de nous avoir permis de partager son récit d'un simple achat d'album.

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Commentaires

BacteriesLe Mercredi 16 décembre 2020 à 15H10

Ah mascara : le Gravity Kills je l'ai aussi acheté après un live NPA !
Et je me souviens avoir galéré pour le trouver, j'ai dû aller avec mes parents chez un disquaire à 20Km de chez moi, commander le CD, et attendre le coup de fil pour me dire qu'il l'avait enfin reçu.

Pas aussi underground que Karen, mais déjà ça a mis plus d'un mois juste pour avoir un CD d'un groupe dont j'avais vu un live de 3 minutes à la TV ...

mascaraLe Mercredi 16 décembre 2020 à 14H30

Ah, que de souvenirs :-)

Cela me rappelle quand je passais par mon disquaire parfois après juste une écoute, à l'arrache, par hasard. Typiquement l'album "As good as dead" de Local H, alors que la veille j'étais tombé sur leur prestation de "Bound for the floor" à Nulle Part Ailleurs (souvenirs !) sur Canal+.

Idem pour d'autres CD, comme l'éponyme pas bien connu de Gravity Kills, quand j'étais encore trop jeune pour prendre le train jusqu'à la capitale et aller à la Fnac ou Virgin, et donc il me restait le rayon CD de Continent (souvenirs !!) ou mon disquaire, Le Platineur, à Enghien-Les-Bains près de chez moi.

Ce mode de commande par voie postale, je l'ai pas mal utilisé aussi pour du merch, je remplissais mon bon de commande papier, un chèque et hop, envoyé, et pareil que Karen, après il fallait attendre, sans savoir si le chèque était arrivé à bon port (ou avait été détourné ?!) ni combien de temps cela allait prendre pour recevoir mes tshirts et mes sweat capuches... jusqu'à ce que ce soit livré, et là c'est l'euphorie, comme à Noël, on ouvre le carton, on déballe et on découvre en vrai d'un coup tout ce qu'on avait commandé !! et on se dit qu'on a vraiment bien fait de claquer 217 francs parce que demain au lycée, ça va carrément le faire avec ce magnifique sweat capuche Deftones/Dickies bordeaux !!!

Celui-ci : https://www.trendstees.com/product/deftones-dickies-logo-hoodies/, mais en bordeaux ;o)