Albums du moment
Pochette Erase
Pochette Couvre-sang
Chroniques
Pochette Commotions
Pochette Le Silence
Pochette Itekoma Hits
Pochette Dropdead
Pochette Chaos is Order Yet Undeciphered
Découverte
Pochette Moozoonsii

Dossier de Metalorgie #32 Août 2020 : Musique diabolique sous les tropiques

On l'a vu dans notre tour d'horizon du Metal en outre-mer, la scène réunionnaise est très vivace. Mais qu'en est-il du quotidien ? Quelle place pour une musique occidentale sur une île marquée par l'esclavage ? Comment gérer les problématiques liées à l'insularité ? Océane a eu l'occasion de se pencher sur ces questions dans un mémoire qu'elle a co-écrit en 2016. Après lecture, nous en avons profité pour lui poser nos propres questions.

Bonjour Océane, peux-tu te présenter aux lecteurs et lectrices de Metalorgie ? Où as-tu grandi, où vis-tu, et quel est ton parcours musical ? 

Salut Metalorgie, moi c’est Océane Urvois et je vis à La Réunion depuis que j’ai dix ans. J’ai commencé à écouter du metal autour de cet âge-là et c’est en grande partie ça qui m’a donné envie de me mettre à la guitare. Donc à quatorze ans, j’ai commencé à suivre des cours et ai appris à jouer de la guitare classique et folk ; pas vraiment les grattes idéales pour shredder sur du Maiden j’en conviens, même si ça ne m’a pas empêché d’essayer (rires). Du coup j’ai surtout appris à chanter tout en jouant d’un instrument. En grosse introvertie que j’étais, ça m’allait très bien de jouer toute seule au début. Ce n’est que vers ma vingtaine que je suis passée essentiellement au chant et au scream et que j’ai pu dépasser ma misanthropie pour former des groupes (rires). Actuellement je suis donc chanteuse dans le groupe de blues rock/post-hardcore Burning Doll et depuis un an je compose aussi pour mon nouveau groupe de post-metal, Midsummer Blaze. A part ça, je suis aussi graphiste donc dès que l’occasion de designer des gig posters ou du merch se présente, je dégaine ma tablette graphique. Enfin, en 2016, j’ai écrit un mémoire sur la place des musiques extrêmes amplifiées à La Réunion ; mémoire qui a servi de base de recherche pour une application mobile dédiée à la promotion de concerts et de groupes de rock et de metal exclusivement réunionnais, que j’ai développée avec mon ami Nicolas Renambatz. 

Dans ton mémoire il est question à plusieurs reprises du séga et du maloya, des musiques traditionnelles de la Réunion, qui contrastent avec le Rock ou le Metal importés eux du monde occidental, anglo-saxon. Quelle place ont ces musiques sur l’île ? 

Le séga et le maloya sont des musiques patrimoniales à La Réunion, héritées des ancêtres et des esclaves réunionnais. Contrairement à certains arts traditionnels tombés en désuétude en France, ils ont connu une renaissance à partir des années 80 et constituent aujourd’hui des musiques « vivantes » qui font la fierté des réunionnais et se jouent partout, toute l’année. Comprendre : pas seulement lors des « kabars » le 20 décembre (jour de célébration de l’abolition de l’esclavage à La Réunion). Le séga et le maloya ont donc une place centrale sur l’île ; il s’agit des musiques les plus populaires et les plus subventionnées. Depuis le maloya-rock psychédélique des Caméléons (le groupe d’Alain Peters et René Lacaille, deux figures emblématiques du séga-maloya), le rock « soft » et le rock « fusion » sont plus acceptés et répandus aujourd’hui sur l’île. Mais la branche plus « dure » du rock et le metal restent marginaux. Pour te donner une idée, en termes de nombre d’aficionados dans la scène underground, si on arrive à brasser 200 personnes (sur près de 860 000 habitants) lors des gros concerts de metal à La Réunion (avec des groupes de metal de métropole comme Dagoba en dernière partie de nos groupes de metal « péi »), c’est exceptionnel et on peut considérer qu’on a fait là une grosse soirée. Comme le dit Thomas de Vacuum Road, « même si le rock ou le metal ont leurs adeptes sur l’île, notre musique n’est clairement pas destinée à un public réunionnais ». 

En créole, le Metal est désigné comme "musiques lo diab" comme tu le renseignes dans ton mémoire. Comment ce rejet ou cette méfiance se manifestent-ils ? Sens-tu les perceptions évoluer dans une direction ou une autre ? 

On donne souvent l’exemple de Nutcase à La Clameurs des Bambous en 2001 pour illustrer les discriminations que peuvent subir les groupes de rock et de metal à La Réunion. A l’époque, Nutcase était un jeune groupe de rock/metal qui venait de gagner Le Son du Bahut, un tremplin musical lycéen qui leur a permis d’accéder à des salles conventionnées. C’est comme ça qu’ils se sont retrouvés à l’affiche de La Clameur des Bambous. C’était le seul groupe de rock/metal de la prog : tous les autres jouaient du séga et du maloya. En plus, en dignes rejetons de la génération Marilyn Manson, les ados de Nutcase étaient connus pour leurs provocations scéniques… et la plupart des gens étaient venus voir les concerts en famille, donc c’est peu dire qu’ils faisaient tâche aux Bambous (rires). Ils ont essayé de jouer normalement, mais le public n’était pas vraiment d’accord : il y a eu une émeute et les flics ont dû les escorter hors de la scène. On pourrait croire que c’était parce que leur chanteur Loki était en train de scarifier en string sur scène devant des gens réputés comme étant très puritains (rires) mais ce qu’on entendait surtout c’était des trucs du genre « sales zoreils » (ndlr : zoreil désigne une personne n'étant pas originaire de la Réunion). Ça paraît absurde quand tu sais qu’il n’y avait que des créoles dans Nutcase. Donc visiblement, le problème ne venait pas tant du fait qu’ils jouaient une musique « satanique » (une « musique lo diab ») que du fait qu’ils jouaient une musique de « blancs » (une « musique de zoreils »).

Naturellement, certains réunionnais font encore l’amalgame entre metalleux et satanistes par méconnaissance. Et pour cause, si la part d’athées semble croître depuis des années en France métropolitaine, à La Réunion, ce n’est pas le cas ; les chrétiens catholiques représentent plus de 80% de la population. En outre, la part des gens qui croient au mauvais esprit ici est très élevée car de nombreux réunionnais continuent de partager un fond de croyances populaires mélangeant Vaudou et Mosavy (sorcellerie malgache) et ce quelque soit leur appartenance religieuse. Ça peut constituer une différence significative dans la manière dont sont perçus les metalleux ici, parce que le « diab » a un sens plus littéral qu’ailleurs. Mais le rejet dont peuvent être victimes les groupes de rock ou de metal à La Réunion a surtout à voir avec le fait qu’on joue une « musique de zoreils ». Les esthétiques « importées » de l’Occident comme le rock et le metal renvoient au « vieux clivage entre dominants et dominés : celui qui opposait d’un côté des colons blancs dominants face à des créoles métisses dominés » comme l’écrit Nicolas Walzer dans son article « La jeunesse metal/gothic à La Réunion. Un métissage musical conflictuel entre l’île et sa métropole » (2013). C’est une lecture sociologique que mon ami musicien Geoffrey Picot, né à La Réunion et issu d’une famille de ségatiers, m’a confirmée personnellement en me confiant : « dans les premières années où je m'entraînais sur du metal, un oncle m'a dit que je devrais élargir mon champ musical... en jouant du séga, « parce qu'ou lé avant tout créole » (sic.), qu'il me disait ».

Mais heureusement les mentalités évoluent avec le temps. En 2014, le groupe de « death metaloya » Warfield a fusionné avec le célèbre groupe de maloya Lindigo pour plusieurs dates réunionnaises, dont une au festival Sakifo. C’est une première historique de voir se mélanger musique traditionnelle et « musique lo diab » dans le cadre d’un véritable métissage et non plus sous la forme d’une « cohabitation forcée ». Leur collaboration a connu un succès critique mais également populaire : les fans de maloya comme les fans de metal y ont trouvé leur compte. Pas d’émeutes à déplorer cette fois (rires). J’aime à penser que c’est la preuve que certains a priori à l’égard du rock et du metal à La Réunion se lèvent doucement, qu’on commence à être mieux acceptés et qu’on nous prend un peu plus au sérieux en tant que musiciens. 

Extrait du mémoire co-écrit par Océane.

Quelle est la perception d’autres musiques à succès venues du monde anglo-saxon comme le Rap ? Sont-elles aussi perçues comme « dominantes »? Comme des musiques de zoreils ? 

Bien que le rap et le metal proviennent effectivement du monde anglo-saxon et puissent être considérés comme étant des musiques « importées », il y a une différence majeure de perception entre les deux et elle tient à ce que tu viens de dire : le rap est une musique « à succès », ce qui n’est pas le cas du metal (en France en tout cas). Ça fait plus de vingt ans que le rap n’est plus une musique de niche cantonnée aux ghettos américains. Il s’est greffé facilement à de nouveaux territoires parce que c’est la musique de la rue et partout où la question urbaine se pose, il est là pour y répondre simplement. Il touche un public générique, son omniprésence médiatique aidant. Ecouter du rap est donc aussi ordinaire à La Réunion qu’ailleurs. Je n’ai pas le sentiment qu’il s’agisse encore d’un genre qui doive prouver que son existence est légitime à de potentiels détracteurs puisqu’il s’incarne dans la norme, il n’est plus subversif : dès lors, pourquoi même « songer » à le remettre en question ? Le metal à l'inverse, n’est pas une musique populaire en France métropolitaine ni à La Réunion ; elle se distingue radicalement du familier et cette distinction génère par nature des réactions, négatives (rejet de la part de la majorité), comme positives (adelphité de la part des marginaux). En outre, il est à mon sens important de souligner que le rap est une musique issue de la culture noire et le metal une musique issue de la culture blanche. Le rap trouve donc à La Réunion un terreau plus propice à son implantation que le metal, tout simplement à cause de son histoire. Le rap ne sera donc jamais perçu comme une musique de « zoreils ». 

Ton mémoire s’interroge notamment sur la communication autours des dates sur l’île. Comment en es-tu venue à assister à ton premier concert Rock/Punk/Metal à la Réunion ? Bouche à oreille ? Affichage ? 

Quand j’étais au lycée, j’habitais à La Possession et j’étais l’une des rares metalleuses de mon établissement. Je me doutais qu’il y avait une scène locale mais là où je vivais, il ne se passait rien et je ne connaissais personne qui aurait pu m’introduire au milieu. C’est donc au moment où j’ai déménagé à Saint-Denis pour poursuivre mes études en hypokhâgne que j’ai découvert la scène rock et metal « péi ». Ma prépa n’était pas très loin du bar Les Récréateurs et j’y étais tout le temps fourrée pour décompresser des khôlles. Il y avait souvent des concerts et le gros rendez-vous annuel des metalleux, La Nuit de Kal, se tenait là-bas à l’époque. Ça s’est donc fait un peu par hasard ; j’étais là, les metalleux aussi, et l’alcool aidant, je me suis rapidement intégrée (rires). Ma rencontre avec le lead des Showdus Nicolas Guéniot (aux Récréateurs, justement) a beaucoup joué car il m’a présenté tout le monde dans le milieu et c’est avec lui que j’ai monté mon premier groupe, Burning Doll. A partir de là, je n’ai plus eu aucun mal à savoir où et quand avaient lieu les concerts parce que le bouche-à-oreilles fonctionne assez bien et qu’on est si peu de groupes de rock et de metal sur l’île que tous les concerts s’organisent souvent avec les mêmes personnes. Mais lorsque tu n’es pas dans le circuit, comme c’était mon cas avant la prépa, c’est compliqué. J’ai rencontré beaucoup de métropolitains venus habiter à La Réunion qui m’ont confirmé qu’il était plus difficile de trouver des groupes et des concerts de rock et de metal ici qu’en France métropolitaine ; ça ne leur effleure même pas l’esprit qu’on existe parce qu’on ne colle pas du tout avec l’image touristique qu’ils ont de La Réunion (rires). Ceci dit, il arrive de voir un métropolitain fraîchement arrivé à La Réunion publier un post sur le groupe Facebook « Les Metalleux de l’île de La Réunion » pour demander s’il y a du metal ici et où se passent les concerts. Et c’est comme ça que le lien se fait. Ça ne veut pas dire qu’on boude le médium print pour autant. On est plusieurs créatifs à mettre nos compétences au service des groupes de la communauté pour le plaisir ; si ça peut ramener un peu de public de coller des affiches dans les salles de répèt, les facs et les lycées, c’est cool. Et j’avoue qu’avoir un encart dans le journal ou dans L’Azenda (agenda culturel mensuel gratuit) est toujours un coup de pouce supplémentaire bienvenu. Mais ce qui marche vraiment ici, c’est Facebook. 

Tu cites notamment Julien Apaya Gadabaya « A l’image de sa production phonographique (centrée sur l’autoproduction), le milieu du rock réunionnais paraît marqué par l’auto-organisation et le "système D". Comme pour d’autres styles, l’accès aux circuits médiatiques est problématique pour la majorité des groupes. Le mouvement rock s’organise en conséquence en s’appuyant sur des structures associatives, le bénévolat, les réseaux informels et le "système D"». Quelles formes prend le système D pour toi ? Est-ce la raison pour laquelle tu souhaitais créer une application spécifique au Rock et Metal réunionnais ? 

Quand on a eu l’idée de développer l’application mobile NOISEROOM avec mon ami Nicolas Renambatz, c’était principalement pour faciliter la mise en relation des groupes avec leurs fans acquis ET potentiels. En 2015, on avait mené un petit sondage au sein de la communauté histoire de vérifier nos soupçons vis-à-vis de cette problématique de promotion et sur 180 rockers et metalleux réunionnais, on a constaté que 71% des répondants avaient déjà manqué un concert parce qu’ils n’étaient pas au courant, 50% avaient déjà manqué un concert parce qu’ils n’étaient pas véhiculés et 10 personnes ne connaissaient carrément aucun des 26 groupes de rock-metal locaux qu’on avait listés. On a voulu répondre à ce manque en développant une solution sur mesure qui aurait servi à rassembler les amateurs de rock et de metal isolés sur l’île autour du live et qui aurait permis aux fans qui venaient d’arriver à La Réunion de trouver nos groupes et nos concerts plus facilement. La principale fonctionnalité côté « fan » consistait en le fait de pouvoir rechercher des concerts par genre (rock, metal, punk), zone géographique (nord, sud, est, ouest de l’île), période (aujourd’hui, cette semaine, ce mois-ci) et de trouver un covoiturage. Côté « groupes », l’application devait leur permettre de notifier leurs fans via un canal dédié et d’atteindre des prospects qualifiés avec la garantie que l’information ne se perdrait pas dans un fil d’actualité Facebook saturé. En un sens, on essayait de dépasser le « système D » actuel avec un « système D » 2.0, un peu plus ingénieux et fédérateur (rires). 

Tic, fondateur de StudioTic, lieu accueillant les groupes du coin pour leurs répètes. 

Penses-tu que ce système D et ses limites soit une sorte de « force » qui unisse les fans entre eux ? On peut souvent entendre dire dans le milieu des musiques en marge que la confidentialité a du bon, partages-tu ce point de vue ? 

Oui, bien-sûr que l’underground a du bon, a fortiori sur une petite île comme la nôtre : on évolue dans un environnement très bienveillant et très solidaire en tant que musiciens et c’est plus simple de construire une base de fans fidèles qui n’hésiteront pas à se déplacer plusieurs fois à travers l’île pour voir le même groupe. Le revers de cela, c’est qu’on peut se retrouver dans un milieu parfois trop hermétique et confortable : la scène se renouvelle peu et notre « cocon » ne nous prépare pas forcément bien à la réalité du terrain au niveau national et international. 

En termes pratiques, que faut-il selon toi pour que les musiques extrêmes marchent davantage à la Réunion ? Thomas Arcens et Vincent Pion dans Bourbon Rock citent notamment le manque de lieux, qu’en penses-tu ? 

Effectivement, avec la disparition de Pierre Macquart (celui-là même à l’origine du Son du Bahut, du Manapany Festival et du Bato Fou : trois opportunités d’expression pour le rock et le metal réunionnais) et de hauts lieux de l’underground comme Le Cyclone Café et Les Récréateurs, les endroits où l’on peut jouer du rock et du metal se réduisent à peau de chagrin. Mais ici comme ailleurs, ce n’est pas le manque de lieux qui amènera la scène à disparaître. Jusque là, il y a toujours eu des entrepreneurs qui partageaient notre passion des musiques extrêmes amplifiées pour prendre la relève dans le milieu alternatif quand des bars metal-friendly fermaient. En dernier recours, il y a toujours moyen de monter une scène à l’arrache sur la varangue d’un pote (rires). C’est d’ailleurs ce que font les punks de La Ravine des Roques tous les ans lors du Dr. Alexis Festival et ça se passe très bien. Je crois qu’une des façons de faire progresser les musiques extrêmes amplifiées ici, c’est de se rassembler officiellement sous la forme d’un collectif, façon Church of Ra. On travaille déjà les uns avec/pour les autres en vue de créer des albums, des artworks et des clips plus qualitatifs donc pourquoi ne pas essayer d’aller plus loin ? A travers NOISEROOM, c’est cet aspect communautaire qu’on voulait voir se renforcer et je dirais même « se syndiquer ». L’autre façon de se développer en tant que groupes de rock et de metal réunionnais, c’est tout simplement d’avoir des bienfaiteurs à différents échelons. J’ai cité Pierre Macquart, je peux aussi citer Fredo Moutoumodely (interview) du groupe Behind Our Reflections, qui a fondé son label indépendant amateur Metal Island Recordings et qui permet aux groupes de rock et de metal débutants d’enregistrer leurs albums avec du bon matos à petit budget. Je pense aussi à Tic, l’ex-batteur de Nutcase et propriétaire des salles de répétitions Studiotic (devenu le repaire des rockers et des metalleux dyonisiens) qui met à profit son expérience pour aider les groupes à se professionnaliser. Il repère les formations qui ont du potentiel parmi celles qui répètent chez lui puis les fait passer de la salle de répétition à la petite scène et si ce premier live fonctionne, il leur trouve des dates dans les bars à travers l’île. Quand un groupe est assidu et qu’il lui a vraiment tapé dans l’œil, il va jusqu’à faire jouer son réseau pour les aider à organiser leur tournée en métropole. Et tout ça, il le fait bénévolement. Aujourd’hui, Tic ambitionne de développer son label, Labelistic, et j’ai le sentiment que ça fait partie des initiatives qui vont permettre de donner une dimension supérieure à notre scène. 
Océane sur scène, avec son groupe Burning Doll. 

Tu es toi-même musicienne, quelles sont vos ambitions avec ton/tes groupes en terme de tournées ? Penses-tu qu’il y ait un plafond de verre sur le Rock d’outre-mer, et si oui, le vois-tu comme un problème ? 

On sort bientôt notre premier album avec Burning Doll et on aimerait marquer le coup avec une tournée modeste en France métropolitaine, un an ou deux après sa sortie. NutcaseWarfield et Vacuum Road (pour ne citer qu’eux) ont déjà ouvert la voie et je dois avouer que leur ambition est communicative… malgré la quantité d’huile de coude que ça nécessite. Car, effectivement, je pense qu’il y a un plafond de verre pour les groupes de rock et de metal d’outre-mer dès lors qu’ils souhaitent s’exporter. L’isolement inhérent à notre insularité (et au fait qu’on évolue dans une niche) rend le réseautage avec l’extérieur difficile à mettre en place et le prix exorbitant des billets d’avion (entre 700€ et 1200€ l’aller-retour Réunion-Paris) constitue un frein supplémentaire. Il y a aussi, à La Réunion, la difficulté d’accéder à la reconnaissance institutionnelle qui nous permettrait d’avoir plus d’opportunités professionnelles ou d’obtenir plus facilement des subventions. Comme me l’expliquait le directeur de l’Observation du PRMA (Pôle Régional des Musiques Actuelles) de La Réunion Guillaume Samson, « l'enjeu du rock et du metal à La Réunion, c'est de faire reconnaître leur valeur culturelle dans un environnement où historiquement, ce qui a été porté c'est ce qui vient du local parce que, précisément, c'est ce qui a été nié [au séga et au maloya] par la période coloniale. ». Officiellement les groupes de rock et de metal réunionnais ont les mêmes chances que les groupes de world réunionnais face aux opportunités ou aux subventions puisque le genre de musique n’est pas un critère d’éligibilité. Pourtant ils doivent se battre plus que les autres pour prouver que leur cause est légitime dans un système qui valorise les musiques portant un marqueur de créolité fort et dont la capacité à générer des carrières d’artistes n’est plus à démontrer. C’est une problématique qu’on dépasse en créant un « système D » justement, parce-que si on veut se développer et que La Région ne nous aide pas parce qu’on manque d’authenticité réunionnaise ou qu’on est trop peu commerciaux (rires), on n’a pas d’autre choix que de se débrouiller par nous-mêmes. 

Souhaiterais-tu adresser un message aux fans de Metal en métropole, et si oui lequel ? 

Allez écouter le dernier album de Vacuum Road, Biopsie, c’est un joyau d’inventivité bienvenu dans le paysage du metal français. L’un des plus beaux albums sortis en 2019 à mes yeux et nou la fé (« ça vient de chez nous »). Voilà, c’était l’instant chauvin, merci. 

Merci pour le temps consacré à nous répondre, le mot de la fin est pour toi. 

Soutien zot mizik lo diab péi, oté ! 

Skaldmax (Août 2020)

Le mémoire d'Océane est disponible à la lecture ici. Cette version tronquée se concentre uniquement sur les aspects musicaux de ce travail de recherche. 

Partager :
Kindle

Laisser un commentaire

Pour déposer un commentaire vous devez être connecté. Vous pouvez vous connecter ou créer un compte.

Commentaires

SkaldMaxLe Mardi 01 septembre 2020 à 12H19

Salut JAN97, et merci pour ton commentaire !

Le mémoire a été réalisé dans le cadre d'un Master en Création et Edition Numérique. Océane et son collègue ont imaginé une application, Noiseroom, qui permettrait de trouver plus facilement les concerts qui se tiennent à la Réunion. L'app n'est resté qu'au stade du projet étudiant pour l'instant.

Pour le droit à la diffusion, si j'ai bien compris ton comm', nous avons demandé son accord à Océane pour rendre son travail en libre accès pour celles et ceux qui voudraient le lire :)

JAN97Le Lundi 31 août 2020 à 23H06

Hey! j'ai commencé à parcourir le travail d'Océane mais n'ai pas compris dans quel cadre ce travail est réalisé: mémoire de recherche? doc d'appui pour quel usage? Je prendrai le tps de lire et réagir > je note que ce doc est réalisé avec bcp de soin ce qui peut poser la question du droit à diffusion au bénéfice du/des auteur(s)
Bravo à elle
Bonne continuation
Bravo à Metalorgie
(moi: tjrs de la Réunion, tjrs Rock)