La Presse Metal française années 80/90 Partie I

Cet article est possible grâce à vos dons sur Tipeee, merci à tous pour la participation ! Si 1% des visiteurs donnent 1€ on sera bon, pour le moment ce n'est pas le cas.

Tu te souviens comment c’était avant internet ? Avant de pouvoir télécharger des gigas de mp3 de tes artistes préférés, avant d’avoir accès à toutes les informations que tu voulais savoir sur tes groupes favoris, avant de venir découvrir de nouvelles perles rares sur ton webzine de prédilection ? Avant tout cela, pour avoir accès à toute cette quantité d’informations à ne plus savoir qu’en faire sur des groupes ou pour en découvrir de nouveaux, pour lire des chroniques, des interviews et même d’avoir des news dans le milieu du Rock / Metal, il fallait passer par la presse musicale papier. A moins d’avoir un.e ami.e érudit.e dans le domaine, c’était encore la meilleure solution pour se tenir au courant de l’actualité dans nos genres musicaux favoris. La presse papier n’a pourtant pas disparue, même si elle a subi un sacré revers avec l’arrivée d’internet, du tout gratuit dont les webzines comme le nôtre ont aussi participé à cette évolution. Heureusement, il existe toujours des magazines Metal même si l’équilibre est précaire. On a décidé de vous faire un petit tour d’horizon des magazines français qui ont existé et ceux qui existent toujours actuellement.



Le tout premier magazine à être apparu en France est Enfer Magazine, et sort en avril 1983. A l’époque Black Sabbath sort Born Again, Motorhead Another Perfect Day, Accept Balls To The Walls, Dio Holy Diver, AC/DC Flick To The Switch, Kiss Lick It Up, Iron Maiden Piece Of Mind, Motley Crue Shout At The Devil… bref le Hard-Rock / Heavy Metal bat son plein. A l’époque pourtant, le genre est délaissé en France dans les médias et la presse. Enfer Magazine l’explique dès l’édito de son premier numéro :
« Pendant qu’aux quatre coins du globe se déchaîne l’enthousiasme des foules pour le Heavy Metal, en France nous en sommes encore au stade confidentiel. Et ce à tous les niveaux ; les médias ignorent ce phénomène de masse et pourtant les quelques rares concerts font généralement le plein, les maisons de disques réalisent de grosses ventes, mais les supports écrits n’en parlent guère sauf en quelques rares occasions et pour nous narrer les mêmes têtes d’affiche. » C’est donc avec cette envie de parler et de propager cette culture Hard et Heavy qu’Enfer se monte en 1983, avec le champ libre pour eux puisque Rock&Folk ne parle que sporadiquement de ce type de musique et que Best, magazine de Rock au sens large, n’est pas spécialisé dans le style même si celui-ci traite parfois de Led Zeppelin, Motorhead ou AC/DC. Le premier numéro d’Enfer est édité à 40 000 exemplaires, vendu pour 10FF (3,12€ - prix en euros constant). En comparaison Rock&Folk est publié à 150 00 exemplaires pour le même prix et consacre son numéro 200 au Hard Rock avec en couverture AC/DC. En 1980 Best tire son numéro à 185 000 exemplaires.



Dès le premier numéro, Enfer parle de Metallica, un groupe complètement inconnu en France à ce moment-là. Kill Em All vient tout juste de sortir. Le magasine écrit « La Californie, haut lieu touristique, réputée pour la douceur de son climat vient pourtant d’engendrer un gang de Heavy Metal des plus prometteurs ». C’est aussi dans ce tout premier numéro qu’Enfer parle de Mercyful Fate, inconnu jusqu'alors, puisque Melissa, leur premier opus, sort cette année-là chez Roadrunner Records en précisant « Attention : ne faites pas l’erreur d’ignorer ce groupe, Satan Vous observe !!! ». Venom y est cité également, lui aussi, pas du tout connu à l’époque et l’interview de Def Leppard évoque rapidement leur concert avec Sortilège. Le second numéro consacre sa une à Iron Maiden, puis évoque Satan, Manowar, Judas Priest ou Accept également méconnus à l’époque. Le magazine se compose de chroniques, de live reports, d’articles, de rétrospectives sur un groupe (notamment de groupes influents sur la scène Hard comme Hawkwind ou les Stooges), d’interviews mais aussi d’un courrier des lecteurs où ces derniers permettent de donner leur avis sur ce qu’ils trouvent de bien (ou de moins bien - et certains n’ont pas leur langue dans leur poche) sur le journal. Dès le numéro 3, Enfer Magazine passe à 48 pages pour arriver jusqu'à 64 pages au numéro 8 pour être distribué à 100 000 exemplaires. Le magazine l’évoque en édito et en fin de numéro, s’ils peuvent exister, c’est grâce à ses lecteurs, au fait d’en parler à ses amis, à demander aux buralistes de se procurer des exemplaires pour le faire connaitre. Dans sa mise en page, comme dans son contenu, ou dans sa manière de s’adresser à son lectorat, Enfer Magazine, tient beaucoup du fanzine. Photos en noir et blanc, découpage et montage un peu DIY, son ton dans l’écrit plutôt oral et loin d’être verbeux, il donnait plutôt un sentiment d’appartenance à une communauté de passionné.e.s qu’à quelque chose de plus formel, plus impersonnel. Ce qui ne les empêchait pas d’avoir des articles bien écrits, avec de vraies recherches et infos discographiques et des interviews pertinentes notamment. C’est sans doute grâce à cela que le magazine a pu perdurer jusqu'en 1987 et a permis de faire connaitre le Hard et le Heavy en France à cette époque. Et puis il a aussi mis en lumière des groupes devenus cultes aujourd'hui dans le milieu, notamment ces dernières années avec le regain du Heavy Metal et les reformations de vieux groupes. On pense à Sortilège bien sûr, mais aussi à H-Bomb, VulcainBlasphème ou Titan. En 1986, une boutique par correspondance est créée, ainsi qu’un label nommée Enfer Records, très en lien avec le magazine. Ils développeront aussi avec eux des 45T souples, bien avant tout le monde, ainsi que des articles accessibles via minitel (ancêtre du web). Malheureusement, en avril 1987, c’est le dernier numéro avec notamment Ritchie BlackmoreToto, Europe et Motorhead, sans que l’on sache la raison de cet arrêt. Dans tous les cas, grâce à leur succès, Enfer a permis à d’autres magazines de voir le jour dans cette période-là avec par exemple Metal Attack, Hard Rock Magazine et Hard-Force et il est possible que la concurrence de ces deux derniers ait joué dans l’arrêt du magazine.



Six mois après la naissance d’Enfer Magazine, ce succès grandissant donne idée à d’autres journalistes pour lancer Metal Attack et un premier numéro qui parait en octobre 1983 vendu 13FF (4,06€). Satan’s Joker y côtoie TrustBlue Öyster CultOcéan, avec des chroniques de Kiss, Mötley Crüe, Sortilège, Metallica pour un total de 48 pages. Toutes les photos sont en couleur, sont nombreuses, la mise en page plus pro et plus typique d’un magazine qu’Enfer et son look fanzine. Le contenu est de qualité, avec plusieurs interviews (Mötorhead, KissH-Bomb) des chroniques (H-Bomb, Black Sabbath, Diamond Head) pour le second numéro, des live reports, et aussi un concours par numéro pour gagner des instruments, des disques ou des goodies de groupes connus. En juillet 1984, Metal Attack s’étoffe avec 60 pages, puis 76 pages en septembre 1984 avec le numéro 13. A ce moment-là, le magazine met en avant les groupes connus dans le Hard et le Heavy à l’époque tels que Bon Jovi, A/CDC, Iron Maiden ou Dio, propose de longues interviews et on peut y trouver des posters de ses groupes fétiches. Cela ne les empêche pas de parler de groupes plus ou moins obscurs comme Santa ou Icon (qui sort son premier album éponyme en 1984 chez Capitol Records) mais de chroniquer Mercyful FateQuiet Riot ou Vulcain. Le dernier numéro parait en février 1986 avec une couverture sur Ozzy Osbourne, mais comme Enfer Magazine, aucune raison n’a été donnée quant à l’arrêt de la publication. Il était vendu 15FF (4,01€) sur la fin, le même prix qu’Enfer à l’époque, mais on ne connait pas non plus à combien d’exemplaires il était tiré. 



Il faut aussi dire que la concurrence commence à arriver. Hard Rock Magazine débute en septembre 1984 et Hard Force Magazine en juillet 1985. Hard Rock Magazine consacre sa première une à Scorpions, Judas Priest, MötorheadStatus Quo et Mama’s Boys. 48 pages pour un prix de 15FF (4,36€) équivalent aux autres magazines, avec un contenu similaire : news, chroniques, dossiers sur des groupes qui commencent à se faire connaitre à l’époque, interviews et top de la rédaction. La formule est toute trouvée pour les magazines, et au final difficile de faire original dans le format, surtout qu’à l’époque les magazines sont encore à leurs débuts plutôt balbutiants, loin d’être des exemples de longévité. Difficile de trouver des couvertures des tout premiers numéros de Hard Force Magazine, mais le numéro 5 qui parait en juillet/août 1986 traite de Twisted Sister, AC/DCMarillion, avec deux dossiers spéciaux sur le Hard français et celui allemand pour également 15FF (4,01€) sur 52 pages. Le premier numéro est tiré à 1500 exemplaire, ce qui est peu, et puis le magazine sera en concurrent jusqu'à son arrêt avec Hard Rock Magazine. La publication de Hard Force Magazine sera en dent de scie jusqu'à son arrêt en janvier 2000 (vendu 27 FF soit 5,37€). D’une part parce que bien souvent le numéro est distribué de manière bi-mensuelle, mais pas tout le temps, mais aussi parce qu’il verra trois séries se succéder jusqu'en 2000 pour reprendre à chaque fois avec un numéro 1. C’est un total de 118 numéros qui seront tout de même publiés en quinze ans, malgré des pauses de publications de parfois plusieurs mois. Si les couvertures dans leurs tous premiers numéros sont assez variées, le magazine à tendance, surtout dans les années 90, à alterner Iron Maiden, Metallica, AC/DCGuns N Roses tous les trois / quatre numéros. Ca sera moins le cas à l’approche des années 2000 avec l’ouverture vers des genres et des groupes nouveaux (le Néo Metal en particulier) tels que Machine Head, Pantera, Rage Against The Machine, Soulfly ou Korn. En 2010, Hard Force est devenue une plateforme internet répertoriant archives, news, chroniques, concerts, comme un webzine actuel finalement. Hard Rock Magazine s’en tire mieux que son concurrent. Il est édité à 100 000 exemplaires en 1992 et vendu pour 30 FF (6,70€) pour une centaine de pages. Le format est classiques (news / chroniques / dossiers spéciaux / interviews / posters). Le magazine se permet quand même dans les années 90 d’aller chercher plus loin que les groupes de Hard / Heavy populaires. Par exemple dans le numéro 99, Joe Satriani et côtoie, Kreator et Faith No More ou Paradise Lost ou bien Mudhoney et Sonic Youth. Dans le numéro 119 de janvier 1995 on peut y trouver également No One Is InnocentAerosmith, Faith No More ou Machine Head, mais peu de temps après le magazine suspend sa publication, avant de revenir en décembre 1996 avec un nouveau premier numéro, une un consacrée à Slash et aussi un sampler contenant du Ugly Kid Joe, Mötorhead ou Serenity. Le magazine perdura jusqu'en 2003 avant de revenir sous une nouvelle formule en 2005, une refonte graphique et traitant de groupe Metal finalement très variés (Shining, Torche, Ensiferum, Witchthroat Serpent, etc)  et éloignés de ses débuts Hard / Heavy. Avec le déclin de la presse papier, la société qui édite Hard Rock Magazine met la clef sous la porte fin 2015 entraînant un dernier numéro 53, consacré à Lindemann.
(ce dossier sur la presse Metal française, est scindé en deux, la seconde partie sera publiée prochainement)

Pentacle (Mars 2020)

France Metal Museum pour voir les scans d'anciens magazines.

Partager :
Kindle

Laisser un commentaire

Pour déposer un commentaire vous devez être connecté. Vous pouvez vous connecter ou créer un compte.

Commentaires

manolo69Le Samedi 14 mars 2020 à 12H05

Merci de raviver ces vieux souvenirs !
Petite précision : le premier article sur Metallica dans le premier numéro d'Enfer Magazine (avril 83) a été écrit avant la sortie de Kill'em All (juillet 83). Des visionnaires !

mascaraLe Vendredi 13 mars 2020 à 11H49

Excellent, j'attends la seconde partieavec impatience, on verra si ça parlera de Rock Sound qui est le magazine que j'ai acheté mensuellement pendant des années.