Sélection d'album de Hip-Hop 2019

Difficile de réaliser un réel tour d’horizon des albums de Hip-Hop qui sont sorti cette année. Parce que, même si une partie de l’équipe en écoute, ce n’est peut-être pas là notre style de prédilection et d’autre part, tout comme dans les scènes Rock / Metal / Punk, il sort tellement d’albums dans le genre chaque année qu’il semble impossible d’avoir un aperçu réel et encore moins de tout écouter. Mais on vous a tout de même faire une petite sélection de disques qui ont trouvé grâce à nos oreilles de rouleau compresseur du genre comme Danny Brown ou Tyler, The Creator, en passant par des choses qui se sont fait connaitre cette année comme Little Simz ou Loyle Carner en passant par des choses plus expérimentales avec Clipping ou intime comme Arm. On vous laisse découvrir tout cela dans la suite.

 

Difficile de passer à côté des poids lourds de cette année 2019 avec notamment Danny Brown qui n’a plus grand-chose à prouver au Hip-Hop. En l’espace de deux disques, Old et Atrocity Exhibition en 2013 et 2016, il s’est imposé dans le milieu avec son Hip-Hop bizarroïde et bariolé, puis, trois ans plus tard, Uknowhatimsayin¿ vient enfoncer le clou. Pourtant, une première écoute nous le confirmera rapidement, Uknowhatimsayin¿ n’est pas aussi dingo qu’Atrocity Exhibition. Plus ramassé et plus condensé de par son format, mais aussi dans la durée de ses titres, cet album fait preuve d’un peu plus de classicisme instrumentalement parlant. Disons que les boucles sont plus minimalistes que par le passé, plus claires, moins folles, psychédéliques ou partant un peu dans tous les sens. Est-ce un mal ? Non, car l’album est plus lisible et gagne aussi en efficacité avec des titres percutants comme Best Life ou 3 Tearz en collaboration avec Run The Jewels avec son aspect Hardcore Hip-Hop qui pète des genoux. A l’inverse les cordes de guitare sous acide de Savage Nomad nous rappelle son passé alors que l’excellent Negro Spiritual avec Jpegmafia fait figure de neurones dans ton cerveau sous speed. Tout l’album est un enchainement de très bons morceaux chacun ayant sa personnalité propre. Citons par exemple le vaporeux Shine, presque Synthwave avec l’aide de Blood Orange, qui évoque plus un lendemain de soirée difficile ou le clignotant et pas moins étrange Dirty Laundry. Bref Danny Brown, encore une valeur sure et un excellent cru de 2019. Tyler, The Creator fait également son grand retour avec Igor, un disque bien loin de l’aspect sombre et déjanté de Goblin, l’album qui l’avait fait connaitre en 2011. Avec Igor, le rappeur affirme sa mue entamée avec Flower Boy en 2017 et nous compte ici ses peines de cœur. En découle un disque plus sensible, plus intime et introspectif. Igor est pour cet album-là, l’alter égo de Tyler, The Creator, mais on ne se sait jamais qui prend le pas dans ce qui est raconté, peut-être pour faire en sorte que le message soit d’avantage universel. Les « don’t leave me, it’s my fault » « I don’t love you anymore » ou « I prefer to be friend » sont marquants et tout le monde les as déjà vécu. Earfquake est sans doute un des titres les plus porteur de cet album, avec ces notes de pianos et son refrain marquant ou le très Soul et dansant I Think qui suit. C’est de cette ambivalence que naît l’intérêt de ce disque, parler de déceptions amoureuses, mais néanmoins en faire un disque assez lumineux et enjoué. Très Pop dans le rendu, très accessible, Igor c’est un peu ce bonbon acidulé sous la langue. A Boy Is A Gun sonne pas mal jazzy, très classe aussi, ambiance piano-bar, alors que Puppet montre une facette plus mélancolique ou que Are We Still Friends ? fait office de slow irrésistible. Onze pistes et pas une seule à jeter, le nouveau Tyler, The Creator est une nouvelle fois une grande réussite.

 

Enfin deux noms un peu moins connus mais dont il serait très dommage de passer à coté. Little Simz est une jeune rappeuse londonienne et à 25 ans elle sort déjà son troisième album et vient tout exploser avec celui-ci. Pochette sombre, titre d’un entre deux, ni totalement sombre, ni vraiment clair, tout cela est à l’image de sa musique, feutrée, classe, très organique. La preuve, les rythmiques sont créent avec un ensemble basse / batterie solide et groovy avec par exemple l’ouverture sur Offense très funky ou sa suite implacable avec Boss. On trouve aussi des mélodies au piano (Selfish - ce titre est tellement entêtant) quelques lignes d de guitares ici ou là avec des tonalités Blues (Wounds) ou le jazzy Flowers avec Michael Kiwanuka. Bref cet album respire, est chaleureux, parfois un peu dansant, mais avec une dominante un peu triste, grise, comme on le disait. La voix de Little Simz est parfois Soul (Selfish), parfois avec un débit très rapide comme sur Pressure ou avec un flow un peu breaké sur 101 FM avec ses ambiances asiatiques. La rappeuse parle d’elle, d’égo, de son ancien compagnon comme sur Sherbet Sunset, du passé du business ou du rapport à la célébrité. Grey Area n’est pas un album qui s’écoute le point levé, bien au contraire, mais il est touchant et sincère dans ce qu’il a à raconter et dans ce qu’il propose musicalement. Outsider de Détroit, Apollo Brown est extrêmement productif. En l’espace de dix ans il a sorti plus qu’une quinzaine d’albums, souvent en collaboration avec d’autres MCs. Cette année il revient avec un disque un peu particulier nommé Sincerely, Detroit, un album concept tournant autour de sa ville natale. L’autre particularité, c’est qu’à travers ces 21 pistes, toutes sont en collaborations avec des MCs, DJs, producteurs ou rappeur.se.s originaires ou vivants à Détroit. Les morceaux sont donc plutôt variés, notamment vocalement, mais jamais on a l’impression d’incohérence ou de titres trop étranges ou ne collant pas avec une certaine ligne directrice. Au contraire, Apollo Brown, malgré sa productivité a toujours gardé l’inspiration et un goût certain pour le Hip-Hop old school. On pense à Gangstarr, Cunninlynguists ou plus récemment à Joey Badass. Un peu difficile de sortir un titre plutôt qu’un autre car les instrus ont un peu tendance à se ressembler : un drum kick lent et un groove latent porté par des boucles organiques à base de guitare, piano (Never) ou instruments à vent. C’est très smooth et ça s’écoute tout seul (365).

 

Earthgang et Injury Reserve ont tous les deux sorti leur premier album en 2019 et font déjà preuve d’un gros potentiel. Quelques secondes d’écoute du premier album d’Earthgang vous feront directement penser à un groupe : Outkast. Vous aimez ces derniers ? Il y a alors de fortes chances que vous apprécier ce Mirrorland, mais dans le cas contraire, ça risque de vous faire l’effet du petit doigt de pied qu’on se cogne contre la table basse. Earthgang a ce côté foufou et audacieux qu’on trouve chez Outkast, et forcément le flow de Johnny Venus y fera inévitablement penser. Le duo sait passer de choses très Pop à la Trap en quelque secondes (Up) et possède pas mal de bonnes idées d’une piste à l’autre comme le feutré Proud Of U ou le tellement entêtant This Side. C’est dansant, assez addictif si l’on apprécie le côté un peu déjanté du projet et il s’en dégage un truc sensuel, presque sexuel en fait. Il ressort de cet opus une énergie très positive, chaude, bariolée de phases hallucinées. Si vous cherchez du Hip-Hop un peu atypique, Earthgang est là pour vous. Quel est le point commun entre Injury Reserve et P.O.S ? Les deux groupes de Hip-Hop se sont fait connaitre grâce à une fanbase qui vient du Punk. Plutôt étonnant. Si elle se comprend chez P.O.S qui est régulièrement entouré d’un guitariste et d’un batteur sur scène, pour Injury Reserve c’est plus particulier, simplement parce que le trio est originaire de Phoenix (pas trop l’endroit rêvé pour se faire connaitre quand on fait du Hip-Hop) et qu’ils ont dû faire leur premières armes devant un public Punk. La volonté de tout faire de manière DIY (enregistrement, prix libre des eps sur internet…) a permis de les faire connaitre jusqu’à ce premier disque éponyme qui fait preuve d’une furieuse envie de mélanger les genres, mais surtout d’allier un côté un peu expérimental avec des pistes accrocheuses et du coup accessibles. L’ouverture sur Koruna&Lime sonne de manière étrange, Jawbreaker lui dévoile des sonorités asiatiques apaisantes, alors que Gravy’n Biscuit fait très jazzy / salsa, New Hawai est en mode détente les doigts de pieds en éventail, alors que Jailbreak The Tesla se la joue Gangsta Rap. Il y a vraiment un aspect très cool qui se dégage de cet album, honnête, simple et terriblement accrocheur.



Trois disques à conseiller en version « smooth » du Hip-Hop. Loyle Carner tout d’abord qui avait été découvert en 2017 avec son premier opus. Le jeune rappeur anglais poursuit dans la même veine d’un Hip-Hop-Jazz intimiste paré d’un soleil d’automne avec Not Waving, But Drowning. Quinze pièces en hommage à sa mère, quinze morceaux qu’on parcourt tel un recueil de poème. Loyle Carner c’est une voix douce, posée, un flow parfois assez impressionnant dans sa manière d’agencer les mots, mais toujours d’une élégance rare à la fois dans la musique (les beats sont discrets, les notes de piano mélancoliques) que dans son phrasé proche du Spoken Word. Sur plusieurs titres on note des voix féminines comme Loose Ends avec la voix Soul de Jorja Smith qui répond parfaitement à la douceur de celle de Loyle Carner qu’on devine sensible et honnête se livrant sur des thèmes parfois durs comme le deuil ou l’abandon. On pense aussi à la scène Hip-Hop-Jazz japonaise tel que NujabesNomak ou Shing02 pour cette manière de développer des ambiances douces et mélancoliques. Ce disque est une petite pépite. Le premier album de Mavi est également à conseiller. Son flow est parfois proche de celui d’Aesop Rock, mais avec une voix plus traînante, presque Soul par instant. Les instrus sont old school, posées, douces, la voix du MC omniprésentes et entraînante. D'ailleurs, difficile de ne pas penser à Earl Sweatshirt en écoutant ce Let The Sun Talk. Un nom plutôt bien trouvé car il y a un côté chaleureux dans ce disque, mais d’autres facettes plus sombres (Ghost) et une dimension assez mystique ou étrange sur pas mal de titres comme la brève Love, Of Money, à la mélodie cassée ou le bizarroïde GuernicaMavi est en tout cas à suivre de près car il a pas mal de choses intéressantes à proposer. Puisqu'on l'évoquait plus tôt, Feet Of Clay  est le nouvel ep d’Earl Sweatshirt. Sept titres, des morceaux de moins de deux minutes au compteur, mais bon, on est habitué de la part d’un type qui a sorti un album de 24mn l’an dernier. Sept titres, qui semble bricolés, comme des bouts de tranche de vie que nous compte le rappeur. Earl Sweatshirt parle beaucoup de lui, de grandir, de s’affranchir des majors pour la suite de sa carrière, d’addiction à l’alcool et des liens difficiles avec sa famille. Sa voix est traînante, langoureuse. Il n’y a pas de groove ici, plutôt des mélodies étranges et des beats lents et froids. Cloud Rap ou Abstract Hip-Hop appelle ça comme tu veux, l’ensemble est en tout cas planant, comme les restes d’une soirée embrumée. Il n’y a pas de refrains, Earl Sweatshirt raconte ses histoires sans temps mort, comme un type que l’on écouterait raconter des bouts de sa vie au fond d’un bar enfumé. Feet Of Clay possède du coup cet aspect de petits morceaux, pas finis, bricolés, comme des démos. Ca peut sembler bancal ou trop vaporeux musicalement, mais il y a ce truc touchant, séduisant dans la forme qui donne envie d’y revenir régulièrement.

 

Si tu cherches du Hip-Hop qui va flirter du côté de la Noise et de l’expérimental deux noms sont à retenir. Révélés en 2014 avec leur album éponyme, Clipping est de retour cette année avec There Existed An Addiction To Blood qui est clairement un album à ne pas mettre entre toutes les mains. Plus expérimental et plus sombre que Clppng, cette nouvelle mouture semble creuser plus loin dans l’horreur et dans la peur. Bien que l’ensemble ne sonne pas spécialement de manière imbitable, il possède un aspect angoissant et peu sécurisant. Loin d’une véritable violence verbale  ou de beats tapageurs, Clipping y préfère des ambiances noires, des pistes qui pourraient coller en bande son de films d’épouvante ou d’un John Carpenther. L’album semble être construit comme tel, un roman que l’on suit, chapitre après chapitre, le frisson le long de l’échine. Nothing Is Safe évoque une déambulation d’un sérial killer, Run For Your Life plus calme resserre l’étreinte et fait penser à un slasher et Attunement est une piste anxiogène nourrie de pulsations Noise. Bref, si tu comptes passer un moment agréable à l’écoute de cet album de Hip-Hop / Expé / Noise, ça risque de ne pas être le cas. En l’espace de quatre ans Dälek aura été très productif. Deux albums en 2016, 2017, un nouveau projet nommé Anguish en collaboration avec le groupe de Jazz suédois Fire ! Orchestra en 2018 et cette année la sortie d’un ep intitulé Respect To The Autors. Pas de révolution dans ces six pistes, Dälek continue de faire, ce qu’il fait de mieux, à savoir un Hip-Hop / Noise (Shoegaze devrait-on dire ?). Le beat est lent, lourd, les ambiances très noires, pesantes. Et malgré tout, le MC arrive à créer ce sentiment de musique planante, aérienne, à la manière d’un My Bloody Valentine. With These Mics est envoûtante par son flow et son rythme qui nous berce, Molten évoque une marche la nuit dans des ruelles crasseuses alors que Words Connect est le titre le plus pesant et poisseux de l’ep. Une bonne porte d’entrée pour découvrir l’univers sombre et désincarné de Dälek.

 

Deux disques à conseiller en France avec tout d’abord le neuvième album studio pour Oxmo Puccino cette année qui revient avec quinze pistes d’ambiance sereine et une qualité d’écriture qui impose le respect. Les mots sont pesés, simples, la voix profonde, assurée, tel un vieux sage, les paroles distillées avec mesure, mais puissance. C’est dans ces interstices que nait toute la force du rap d’Oxmo Puccino, magique, poétique, évocateur. Pas besoin d’artifices et même quand ça part un peu dans l’égotrip c’est fait avec classe et humour ("lyricalement réconfortant, créateur de souvenirs importants, j’ai rien demandé je suis le parrain, à presque cinquante balais, j’men bas la raie"). Les instrus sont posées, chaleureuses, rêveuses même (Horizon Sensuel) ou un peu dansante comme Social Club très Fonky Family dans l’idée ou avec des basses deep (Peuvent Pas). Oxmo Puccino c’est la force tranquille, un rap solide mais tellement loin des clichés du genre et de la prétention des rappeurs actuels. Comme il le raconte en interview : « À mes débuts, j’écrivais de manière instinctive, spontanée. Depuis, j’ai lu, étudié des auteurs, éprouvé des techniques différentes. J’ai compris le pouvoir de l’écriture, les tournures différentes pour formuler tes pensées, là où les mots peuvent t’emmener… C’est puissant ! En quelques lettres, tu peux forger une bombe !" C’est aussi le second album du rennais Arm, anciennement Psykick Lyrikah. On comprend à l’écoute de ce Codé, cette envie de changer de nom qui colle mieux à ce changement artistique. Arm a toujours porté une plume d’un Hip-Hop sombre, urbain, surréaliste parfois. Sa prose reste là même, c’est toujours d’une classe folle évoquant la nuit, la ville, la solitude, le doute. Instrumentalement, Codé est plus aéré, aérien même, pas vraiment Hip-Hop dans les instrus en fait. Des titres comme Deux, Persona ou On A possèdent un fond Ambient, très minimaliste, comme si la musique s’effaçait pour mettre en valeur les paroles et la voix de Arm. Désormais le MC use beaucoup de vocoder, et ça passe bien, car sa voix modifiée se marie bien avec les ambiances éthérées, notamment sur l’excellent Cap Gris avec Vîrus en invité. La musique de Arm s’adresse à l’âme, elle est touchante, humaine, comme les mots d’Albert Camus, poétique mais d’une manière différente d’Oxmo Puccino. Tout est enivrant dans cet album, il donne envie de déambuler la nuit dans des ruelles mal éclairées, à songer, à s’évader, à penser, vivre, s’oublier.

 

Dans les disques un peu à part de choses purement Hip-Hop, deux disques ont retenu notre attention. La déferlante Fka Twigs en 2014 avec LP1 a été impressionnante et ultra médiatisée. Depuis, pas grand-chose, sinon le retour cette année de Tahliah Barnett avec son second opus, Magdalene. Difficile de ranger l’artiste dans la catégorie Hip-Hop car cette dernière évolue plutôt dans une mélange de R&B, Electro, Soul, mais bon ce n’est pas complètement éloigné et on fait ce que l’on veut. Déjà faisons fi des clichés, Fka Twigs n’a rien à voir avec un R&B tapageur, cliché et vulgaire. On a ici à faire une musique travaillée, des atmosphères particulière, ce truc vraiment à part. Quand on sait qu’elle collabore avec des artistes comme Nicolas Jaar et Oneohtrix Point Never, on sait qu’on ne va pas avoir de la soupe de club aseptisée. Magdalene  possède un côté religieux, et cela tient d’autant à la voix de la chanteuse que des atmosphères oniriques que déploie le disque (Daybed). Les instrus sont minimalistes, mais extrêmement travaillées, comme d’un travail d’orfèvre. C’est beau, enivrant. Et même quand ça part dans la Trap à ambiance futuriste comme sur Holy Terrain, c’est fait avec classe et subtilité. Fka Twigs nous emporte dans ces moments rares et sensibles comme sur les aériens Sad Day ou Mirrored Heart, jusqu'au dénouement sur Cellophane avec sa douce mélodie au piano. Un très très beau disque de 2019, tout simplement ! Kate Tempest est vraiment à part sur la scène Hip-Hop. Combien de rappeur.se. déclament leur texte de cette manière-là ? Pratiquement personne. Kate Tempest parle, plus qu’elle ne rappe. Ce n’est pas tout à fait du Slam non plus, on l’imagine plutôt sur le devant d’une scène de théâtre en train de nous raconter une histoire. Les mots sont millimétrés, choisis avec importance, le débit calme, posé, envoutant, renfermant une certaine colère froide qui ne demande qu’à sortir (Keep Moving Don’t Move). La musique crée suit les textes, participant à une atmosphère tendue, telle une B.O funeste, à la dérive. Il y a quelque chose de très intime dans ce disque, on sent Kate Tempest à fleur de peau d’une force mais d’une fragilité comme si tout allait rompre. Sur la brèche. The Book Of Traps And Lessons. Ce sont des textes poignants, mais aussi des mots engagés qui critique son pays et les travers de notre monde actuel. Et le titre de l’album semble tout trouvé pour dire qu’il s’écoute comme on se plonge pleinement dans un livre, en ne faisant rien d’autre. Et même si on ne peut pas forcément à proprement parler de Hip-Hop, ne vaut-il pas mieux se laisser embarquer par les spoken words de Kate Tempest plutôt que d’écouter toujours les mêmes disques clichés ?


Enfin, il faut rappeler que les ponts entre le Metal et le Hip Hop sont plus nombreux qu'on pourrait le croire. L'album Wrecked de Zonal en est un bel exemple puisqu'il est sorti chez Relapse, label éminent de Metal lourd et extrême, au point d'avoir désorienté par mal de ses suiveurs, si on en croit les commentaires Youtube qu'on peut lire sous leurs clips. Ce projet n'est autre que la suite de Techno Animal, groupe formé par Justin K Broadrick (Godflesh, Jesu) et Kevin Martin (The Bug) dans les années 90. Ils ont récemment décidé de s'associer à nouveau sous le nom de Zonal, nom moins équivoque que Techno Animal. Nous les avions vu sur scène au Roadburn 2018 (NdR : voir notre report) et c'était tout simplement monstrueux. Wrecked n'est pas un album de hip hop pur, parce qu'il rassemble toutes les influences de ses deux têtes pensantes : noise, indus, dub... L'album a aussi la particularité d'être divisé en deux parties, la première étant enrichie par la contribution de Moor Mother, une MC possédée originaire de Philadelphie. La seconde partie du LP, instrumentale, est toute aussi intéressante et écrase l'auditeur avec des beats d'une puissance qui laisse béat. Un des membres de l'équipe a récemment pu les revoir au Guess Who?, festival éclectique se déroulant à Utrecht, et le duo y a prouvé une nouvelle fois que leur musique prend toute sa dimension sur scène, avec une grosse sono. A noter qu'ils avaient invité le MC Nazamba en plus de Moor Mother, et il donnait une touche toute particulière à aux chansons instrumentales de l'album. 

Bien loin d’être un dossier exhaustif, voici les quelques noms que nous avons retenu de cette année 2019 en matière de Hip-Hop ou de choses annexes. En espérant que vous ferez de belles découvertes. N’hésitez pas à laisser en commentaire vos coups de cœur dans le genre ou vos découvertes de cette année, c’est toujours intéressant de savoir ce que nos lecteur.trice.s écoutent.

Pentacle (Novembre 2019)

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