Versus - Nos avis sur le dernier Tool

C’est fait. Il a été attendu pendant très longtemps pour certains, est devenu sujet de moqueries et de memes en tout genre, et même ses géniteurs ont pris du plaisir à jouer avec les nerfs des fans les plus impatients. Fear Inoculum de Tool est désormais dans les bacs (avec un prix sacrément élevé pour du gadget en total décalage avec son temps) et sur les internets pour notre plus grand plaisir. 

La bande à Maynard comptant pas mal de fans à la rédac’ de Metalorgie (et aussi parmi vous, lecteurs), ce dossier est l’occasion pour chacun d’exprimer un avis après un bon mois d’écoutes, de désillusions ou de bonnes surprises. 1 album, 100 chroniqueurs (ou presque), c’est à lire juste en dessous. 


L'avis de Zbrlah

Je n'ai écouté Fear Inoculum que 4 fois. Peut-être nécessite-t-il plus de patience, d'investissement ? Ce ne serait pas le premier disque à être exigent envers ses auditeurs, et j'en apprécie une bonne pelletée, des albums comme ça, des albums demandeurs. Pourtant, le nouveau Tool ne me donne absolument pas, mais alors aaaaaabsolument pas envie de continuer à y passer du temps, de comprendre comment l'aimer. Parce que franchement, n'ayons pas peur des mots : Fear Inoculum est chiant. L'album a certes une production propre et précise (le son de basse est incroyable), la guitare est plus virtuose que jamais, le jeu de batterie regorge de polyrythmies et de subtilités, et est l'instrument-phare de cette heure et demi... Mais ça ne peut pas être suffisant. Les titres ne sont pas de vraies "chansons", ce sont des "ambiances". Il n'y a juste pas de riffs (à part dans 7empest qui se démarque un peu dans le bon sens), ou quand il y en a un, il est submergé dans une infinité de vague bouillie musicale sans objectif clair. Tout est trop long. Les rares climax ne valent pas le coup de subir leurs laborieuses constructions. Où est l'énergie et la hargne ? Où est le Rock ? Où est le Metal ? Les fans avaient-ils envie d'un disque de Lounge-Prog, ou de Post-Rock chelou ? Je sais que Tool a toujours surpris et s'amuse à frapper là où on ne l'attend pas, mais être imprévisible n'autorise pas à faire de la merde.

Pour répondre à la dernière question, à titre personnel, non, ce n'était pas ce que j'espérais d'eux. Carey, Jones, Keenan et Chancellor sont à mes yeux quatre excellents musiciens, qui ont décidé de ne plus faire de l'excellente musique. Je précise bien "ne plus faire", et pas "ne pas faire", car j'aime beaucoup les albums précédents de Tool. J'aime les écouter, et je crois qu'avec le recul, j'ai aimé être dans l'attente d'en avoir plus, j'ai aimé me faire troller par Maynard, j'ai aimé toute cette phase parce que ça donnait de l'espoir quant à la suite. Tous les fantasmes étaient permis : Tool allait sortir l'album du siècle, une révolution de la musique au sens large, Tool allait réussir à intéresser tout le monde à la culture Rock, le nouvel album de Tool allait guérir le cancer. Mais au final... Avoir attendu autant pour un résultat pareil, pour moi c'est une vraie déception, sûrement la plus forte de l'année. Même si j'étais très impatient de cette sortie, rétrospectivement, j'aurais préféré continuer à apprécier son attente plutôt qu'à me résigner à ce résultat beaucoup trop loin d'être à la hauteur de 13 ans de patience.

10/20


L'avis de Euka : 

Ce nouveau Tool était attendu par beaucoup. De mon côté, même si la curiosité me donnait envie de poser une oreille, Fear Inoculum a le malheur de sortir à quelques semaines près en même temps que le nouveau Cult Of Luna. De fait, difficile de capter l’attendu quand les premières notes de A Dawn To Fear arrivent.
Néanmoins, si l’on en revient à l’artiste dont il est ici question, il n’y a aucune difficulté à reconnaître la patte des Américains en termes de sonorités. La construction de l’ensemble se rapproche beaucoup plus du très bon 10,000 Days et bénéficie d’une prod très propre. Pensez bien, plusieurs titres d’une dizaine de minutes, le chant de Keenan peaufiné (on ne se battra pas sur le sens des mots, je n’ai pas envie de chercher un sens caché sous 25 niveaux de lecture) et surtout une basse aisément reconnaissable (7empest ou le morceau-titre) : C’est Tool, il n’y a aucune doute.

Mais au-delà de ce premier constat, Fear Inoculum piétine et n’offre rien, pas ou peu de sensations autre que celle d’ouvrir le packaging du disque. J’ai tenté plusieurs fois, je suis repassé sur le fou Aenima en amont, ai alterné les écoutes, mais non, la mayonnaise ne prend pas. Quand s’écoulent les notes et mots de Culling Voices, on peut alterner entre « ah, c’est plutôt cool » et « bon sang, il ne se passe rien ! ». Soit je n’ai plus l’habitude des titres à rallonge, soit il se passe un truc.

Bon, voila, la boucle est bouclée, Tool n’a pas surpris et se mord même la queue. Certes, il y a quelques doux passages, mais la sensation hypnotique de vouloir replonger dans un certain océan musical ne tient que quelques secondes. Malgré des titres comme le fameux 7empest, qui sur le principe et le papier est ce que peut produire de mieux Tool, Fear Inoculum ne m’émeut pas, ni n’éveille un vague intérêt.

08/20


L'avis de Tang

En bon amateur de l'Outil depuis Undertow, ayant fait tourner un nombre vertigineux de fois le grand Aenima, rincé également le plus métaphysique Lateralus et poncé convenablement le plus cryptique – néanmoins étonnamment accessible – 10,000 Days, je ne vais pas feindre que je n'attendais pas ce Fear Inoculum, malgré une lassitude exponentielle au fil d'années interminables. Et de ce fait la déception est loin d'être dominante chez moi, à l'écoute de l'objet je suis même plutôt comme dans un cocon, une zone de confort. Ce cinquième album est le fruit (très mûr) d'une prise de risque minimum, et ça me convient.

L'unique inquiétude que je pouvais manifester concernait l'influence que pouvaient avoir les dernières sorties d'A Perfect Circle sur l'écriture de Fear Inoculum, et heureusement elle ne concerne que la voix de Maynard J. Keenan, invariablement claire et peu audacieuse, en opposition à une section rythmique phénoménale, continuellement captivante. Le travail sur la guitare fascine aussi bien sûr en plusieurs endroits, à commencer par l'ouverture éponyme, paisible et lancinante, voile qui couvre un cœur puissant et familier. Seul le chant semble en retrait, pas concerné, déconnecté, ce qui sera le cas durant les 3/4 du disque. Pour le reste c'est l'art de la retenue qui s'exprime et fait la rareté des instants d'explosion, disséminés par petites touches (Pneuma, Invincible, Descending) ou en un bloc salvateur (7empest), entrecoupés d'interludes plus ou moins perchés (Litanie contre la Peur ou l'électronisé Chocolate Chip Trip), la construction de l'album est particulière et fait écho à celle de Lateralus ou Aenima. Après un nombre raisonnable d'écoutes on a le sentiment de parcourir une bande originale composée par Tool, d'un film bizarre au propos flou, le film de leur vie.

Celleux qui parmi les fans attendaient trop de ce nouveau Tool sont forcément désemparé.e.s, tandis que d’autres – dont ma personne sacrée – n’en espéraient plus rien au bout de 13 ans de silence, et se trouvent rassasiés par ce gros pavé de 80 minutes réconfortant, malgré un Maynard pas des masses habité et son autotune tout à fait inutile sur Invincible. Fear Inoculum demeure pour nous autres un bon album de Tool, excellemment produit, certes aux accents contemplatifs/ambient exacerbés (est-ce vraiment un défaut ?) et sans la moindre prise de risque, mais dont l’approche rythmique et les compositions s’élèvent toujours au-dessus de la mêlée.

16/20


L'avis de Neredude

Il est tout sauf aisé de tenter d'analyser un album qui fait plus de 80 minutes sorti il y a moins d'un mois. Nous le savons tous, notre ressenti face à un disque ou toute autre œuvre dépend d'un grand nombre de facteurs que nous ne contrôlons pas. Nous pouvons donc être amenés à réévaluer, ou au contraire déprécier un LP avec le temps. Et dans le cas de Tool, cette affirmation est encore plus vraie, tant leurs albums sont denses à la fois au niveau musical et dans les messages qu'ils peuvent contenir.

A ce stade, on peut dire que Fear Inoculum est l'album le plus abouti de Tool en terme de composition pure. Il pousse ce que le quatuor avait commencé à expérimenter sur 10.000 Days à son paroxysme : des chansons longues, alambiquées et truffées de rythmes biscornus. C'est particulièrement flagrant sur Pneuma, l'une des chansons les plus réussies de cet album, dont la structure montre Tool au sommet de son art, notamment sur le crescendo de la deuxième moitié du titre. Cet album est sans doute la plus grande performance de Danny Carrey à la batterie et pas seulement en tant que technicien, mais aussi comme batteur qui sait parfaitement adapter son jeu pour servir au mieux la chanson et sa dynamique, avec encore plus de tabla et autres percussions exotiques. Le batteur est tellement touché par la grâce sur cet album qu'il a réussi à rendre un solo de batterie intéressant (Chocolate Chip Trip), effort suffisamment rare pour être salué. En somme, la batterie est l'instrument qui se distingue le plus sur Fear Inoculum et l'auditeur aurait intérêt à se concentrer dessus pendant l'écoute, pour peut être découvrir le disque sous un nouveau jour. Le mixage signé Joe Barresi va dans ce sens et met Danny Carrey très en avant, là où 10.000 Days laissait la batterie en retrait par rapport à la guitare, certes très créative, d'Adam Jones. Si la production de l'album fait déjà controverse chez les audiophiles, Fear Inoculum reste très agréable à l'écoute parce qu'il donne à chaque musicien la place qu'il doit avoir et laisse le tout respirer avec une clarté qui fera date, une leçon d'enregistrement qu'on entend rarement de nos jours pour un groupe de cette envergure. (NDR : bisous Metallica) Espérons que cette démonstration de force inspirera d'autres formations à suivre cette voie plus musicale et raisonnablement old-school sans être passéiste.

Maintenant, ne soyons pas dithyrambiques non plus. Cet album a des défauts apparents qu'on ne retrouve pas forcément sur les précédentes offrandes de Tool. Déjà, Fear Inculum est l'album qui présente le moins de nouveauté musicale par rapport au disque qui l'a précédé. Là où 10.000 Days en avait surpris beaucoup avec sa double chanson-titre planante, les relents trip-hop d'Intension ou le mémorable solo de talk-box de Jambi, ce nouvel album prend nettement moins de risques sur ce terrain et utilise presque intégralement des procédés que la formation avait déjà utilisé auparavant. C'est un album moins varié et c'est vrai que compte-tenu des 13 ans qui ont passé depuis 10.000 Days, il était légitime d'attendre plus de Tool sur ce plan. Par ailleurs, comme d'autres l'ont remarqué, il y a quatre chansons de l'album (NDR : Fear Inoculum, Invincible, Descending et Culling Voices) qui suivent exactement la même dynamique, à savoir un crescendo étiré sur plus de dix minutes se terminant avec un climax épique. Quand un album compte sept morceaux hormis les interludes, ça fait beaucoup.

Si on fait le bilan, il reste néanmoins positif. Les quatre musiciens ont prouvé qu'ils étaient encore capables de proposer des compositions captivantes, où la contribution de chacun semble avoir été travaillée avec minutie et traitant de thématiques on ne peut plus d'actualité, comme l'étrange Mockingbeat qui semble être une allusion directe au cui-cui incessant et grégaire des réseaux sociaux. Oui, Maynard ne pousse plus sa voix dans ses derniers retranchements, mais aurait-il seulement pu faire mieux que sur les précédents albums ? Adam Jones et Justin Chancellor ont la fâcheuse tendance à jouer des riffs qui se ressemblent, mais ils fonctionnent toujours aussi bien avec le reste. Il faut maintenant essayer de prendre du recul et voir si cet album révélera, ou non, d'autres secrets avec le temps.

16,5/20

PS : En fait, ce n'est pas sur le plan musical que Tool déçoit, mais plutôt au niveau de certains partenariats commerciaux plus que douteux, notamment avec le Monsanto de la musique vivante, Live Nation, pour leurs tournées mais aussi pour leur merchandising. Par ailleurs, les plus observateurs auront remarqué le message suivant inscrit sur l'édition "collector deluxe" à XX euros de Fear Inoculum : "Package manufactured by Mediafast in China", alors que le groupe avait jusqu'à présent réussi à proposer des pochettes d'album innovantes sans faire de la délocalisation.



L'avis de Florian Denis

Tool est certainement le groupe ayant eu le plus d'influence sur ma vie, puisqu'il m'a ouvert à la musique “complexe”, loin du punk-rock que j'écoutais quasiment exclusivement à mes 15 ans. Quel choc j'ai subi en tombant sur Aenima au hasard d'un téléchargement eMule. Néanmoins, après 13 ans sans vraies nouvelles je n'attendais plus grand chose d'un éventuel album, ayant même petit à petit plus ou moins délaissé le groupe et sa discographie que je connaissais trop bien au fil des années. Mais après les concerts de cet été et m'être mangé le diptyque Descending/Invincible en live, qui m'a laissé sur le carreau par deux fois et qui m'a clairement apparu comme étant le point culminant des concerts, l'attente était de retour comme jamais. Quasiment un mois après sa sortie et après d'innombrables écoutes, je pense pouvoir enfin oser donner mon avis sur Fear Inoculum.

A l'occasion de la sortie de leur FANTASTIQUE nouvel album A Dawn To Fear, Cult Of Luna ont utilisé les mots suivants : "It’s a journey that deserves time in an era where everything has to be fast". Cette phrase pleine de sens est également parfaitement adaptée pour décrire ce nouveau Tool. A l'écoute des longue plages progressives composant l'album et dépassant toutes les 10 minutes, on peut comme mon collègue Rémi se demander où est le rock et le metal, mais ce serait probablement passer à côté du propos de l'album. Non, Fear Inoculum n'est aucunement un album viscéral, c'est un album cérébral. Exempt de tout sentiment d'urgence et de toute hargne, il donne au contraire l'impression d'être le fruit d'un long et lent processus de maturation, où chaque note semble avoir été réfléchie, pesée, maîtrisée. Tool a choisi de prendre son temps, et en demande autant à l'auditeur, quitte à sérieusement diviser son public même au sein des fans les plus hardcore. Danny Carey décrit même comment Adam Jones, extrêmement exigeant et pointilleux lors de la composition de chaque détail de l'album, a failli rendre fou les autres membres du groupe.

Ce qui frappe en premier quand on lance la lecture, c'est la production, d'une précision et d'une clarté impressionnante. Certes, certains sons renvoient immédiatement à leurs albums précédent : les percussions sur Fear Inoculum renvoient à Reflection, la basse sur Pneuma rappelle Schism... Mais ces auto-références que beaucoup leurs reprochent ne doivent pas masquer l'évolution qui a été entamée avec cet album : jamais Tool n'avait sonné aussi aérien et progressif, jamais le groupe n'avait installé une atmosphère aussi lumineuse, ni basé autant ses titres sur des mélodies ici plus travaillées que jamais. Malgré la longueur des morceaux, tout est dans la retenue et même les courtes explosions finales sembles contrôlées, donnant à l'ensemble un sentiment de maîtrise et de cohérence difficilement descriptible. Tout est parfaitement à sa place, et rien n'est laissé au hasard. L'ambiance qui se dégage de l'album tranche ainsi nettement avec la noirceur organique de Aenima, l'ésotérisme de Lateralus ou le côté terre à terre cynique de 10 000 Days. C'est d'ailleurs pour cette raison que le morceau final 7empest est pour moi le moins intéressant de l'album : avec son chant et ses riffs “Undertowesques” appliqués sur une structure étirée propre à Fear Inoculum, le groupe semble ici tomber un peu plus dans l'auto-caricature, qu'il avait pourtant réussi à éviter sur le reste de l'album en assumant pleinement sa nouvelle posture.

Que ce soit techniquement où au niveau de la composition pure, les 3 musiciens sont sur cet album au sommet de leur art : les changements rythmiques sont incessants, Adam Jones brille par ses parties lead (qui attendait ça de lui ?) et ses trouvailles mélodiques, Danny Carey délivre les percussions les plus complexes de sa carrière et semble avoir 8 bras, et Justin Chancellor... est Justin Chancellor (c'est peut-être lui qui innove le moins, malgré une prestation parfaitement maîtrisée). Maynard, quant à lui, se fait plus discret et laisse beaucoup de place aux parties instrumentales. Mais son chant aussi marque une nette évolution : exit les timbres agressifs (si ce n'est sur 7empest), exit les trips introspectifs hallucinés, place à un chant aérien dont les mélodies somptueuses font systématiquement dresser les poils (la première moitié de Descending...).

Fear Inoculum n'est certainement pas l'album que tous les fans attendaient. Mais c'est à mon sens un grand album, un album qui se révélera pleinement dans le temps à une époque où les productions s'enchaînent et sont remplacées d'une semaine à l'autre dans notre attention trop limitée. Il n'a pas convaincu tout le monde immédiatement, mais qu'importe, cet album demande du temps et je suis persuadé que nombre de ses détracteurs finiront par y revenir, que ce soit dans quelques mois ou quelques années, et constateront qu'ils étaient passés à côté de quelque chose de magnifique. A chaque écoute, j'ai l'impression de découvrir de nouvelles choses, de nouveaux sons dans ces morceaux d'une richesse abyssale. De même, plus je réécoute les anciens albums, et plus j'apprécie celui-ci. J'aime ce que Tool a été, j'aime autant ce qu'ils sont devenus. Fear Inoculum, c'est en quelque sorte l'apaisement et le contrôle de soi après avoir passé des années à fouiller dans sa propre noirceur.

Quelques minutes avant d'écrire cette chronique, alors dans un avion à destination de Montréal, je me suis offert une énième écoute au casque, yeux fermés, sans rien faire d'autre que de focaliser mon attention sur chaque note et chaque respiration. Et bordel, quel pied.

Je-serai-bien-incapable-de-le-noter/20


L'avis de Bacteries

A quelques semaines d'écart sortent deux albums de deux groupes de cœur : Cult Of Luna et évidemment Tool, le tant attendu Tool ! On passera sur le fait que l'album n'a été distribué qu'à un prix exorbitant, dans un packaging certes fou mais aussi loin des nécessités écologiques (et chut avec le "mais c'est pour le plaisir, un truc exceptionnel" : c'est un coup à finir avec un appartement à la Trump).

Bon revenons-en à la musique : difficile de juger un album si long, composé depuis si longtemps et affiné sur chaque détails. Et pourtant c'est ce côté millimétré qui va jouer en sa défaveur pour ma part; oui la production est dingue, oui ça joue extrêmement bien (Danny Carrey est incroyable), oui y'a des idées, donc oui c'est un bon album mais la fougue manque cruellement sur les 80 minutes de cet album. Et voilà où les débats semblent se focaliser, entre ceux qui aiment le côté complexe mais à la fois rentre-dedans, la noirceur / lourdeur contrebalancé par la précision et l'aération apportée par celle-ci. On a donc des titres à rallonges, très Prog, très bien fait mais il me manque cruellement la fougue et pour moi ça suffit pour ne plus coller.

Et voilà comment j'ai eu plus envie de revenir sur le Cult Of Luna (comme quoi mon intro avait du sens) que sur ce Tool, pourtant pas mauvais mais pas au niveau des précédents opus du groupe.

Note : 13/20


L'avis de Chris

On ne peut pas dire que Tool a tenu à nous mettre dans les meilleures conditions pour apprécier son nouvel album. Après treize années ayant fait (démesurément) gonfler l’attente autour de ce sixième passage en studio des Américains et des interviews toutes plus ambiguës les unes que les autres, le foutage de gueule de l’édition physique « deluxe » annoncée à 80 euros dans nos contrées a failli me faire lâcher l’affaire, lever mes petits poings tels des antennes vers le ciel et maudire le jour où je suis devenu accro au quatuor californien. Une fois évacuée cette impression désagréable de voir un moment tant espéré se transformer en foire médiatico-artistique, le besoin vital de se plonger dans ces 85 nouvelles minutes de musique a pris le dessus (pas assez cependant pour acheter l’objet, qui arrivera je l’espère dans une version qui ne relèvera pas de l'escroquerie).

Là encore, il a fallu du temps, celui d’environ cinq écoutes, pour que le déclic intervienne. Peut-être était-ce le minimum nécessaire pour justement se débarrasser de ces attentes, que ce disque fantasmé, rêvé et imaginé à maintes reprises s’incarne totalement, que la fiction laisse place à la réalité.

C’est lors de cette cinquième écoute que j’ai laissé tombé tout parallèle avec le reste de la discographie de Tool. Si j’ai envie de retrouver ce qui fait la force d’Aenima, j’écouterai Aenima. Si les compositions de Lateralus me manquent, je ressortirai Lateralus. Fear Inoculum a de son côté autre chose à nous proposer. Si l’impression de retrouver des riffs familiers est nette, elle ne doit pas venir obscurcir l’horizon très dégagé d’un album apaisé optant pour une approche plus abstraite et méditative de ce qui est au cœur de la musique du groupe. Outre son impeccable production, Fear Inoculum montre des musiciens en totale symbiose, jugeant secondaire l’efficacité pure d’un riff pour se concentrer sur ce qui passe habituellement au second plan. Chaque arpège de guitare, note de basse et coup de cymbale a un objectif. Tool nous force, sur la durée d’un double album, à aiguiser nos sens émoussés par nos habitudes de consommation de la musique. Une performance qui mérite à elle seule ma reconnaissance et ma gratitude.

En ce qui concerne les morceaux, il me reste encore beaucoup à apprendre et à comprendre à leur sujet. Fear Inoculum, Pneuma et Descending m’ont déjà livré une petite partie de leur mystère mais gardent encore très certainement pour eux de nombreux secrets qui seront dévoilés avec le temps. Culling Voices, Invincible et 7empest me fascinent sans que j’ai l’impression de les avoir encore bien appréhendés. Chocolate Chip Trip et les interludes font plus que de la figuration et participent de l’expérience immersive de l’album.
"C’est long mais c’est beau", aurait pu (à peu près) déclarer un ancien président qui vient de nous quitter. "Plus c’est long, plus c’est bon" explique la sagesse populaire. Aucune raison, donc, de bouder son plaisir d’en avoir pris pour plusieurs mois de voyage avant d’avoir la sensation d’avoir fait le tour de la question.

17 pour l'instant/20


L'avis de V.N.A.

Je n'ai jamais aimé Tool. Voilà, vous pouvez arrêter de lire.
Vous êtes toujours là ? Bon, je vais blablater un peu alors, avec un peu de chance j'arriverai à parler de Fear Inoculum sans m'endormir. Mais d'abord, mon rapport à Tool en un peu moins bref.
Mon premier contact avec le groupe est survenu peu après ma découverte du monde du Metal, un CD parmi d'autres pioché à la médiathèque municipale. Ça m'a ennuyé, je l'ai restitué en vitesse, fin de l'histoire (croyais-je). J'ai dû retomber dessus une fois ou deux par la suite, pour le même résultat ; et quand je suis tombé sur A Perfect Circle, je n'ai pas fait le rapprochement mais j'ai trouvé ça encore pire. Bref.
En 2006, la sortie de 10000 Days, j'en avais plus ou moins rien à carrer. Mais il y avait ce petit webzine que j'avais pris l'habitude de visiter (ça s'appelait Metalorgie, je ne sais pas si ça vous parle) et qui en balançait une chronique dithyrambique assortie d'une note complètement démesurée. Ah bon, il y a vraiment des gens qui aiment ça ? En fait, je suis peut-être passé à côté de quelque chose... Sauf que non, pas de déclic, ce même déclic que j'ai recherché en vain au fil des années qui ont suivi, à mesure que mes goûts évoluaient et que je redonnais des chances infructueuses à la formation.

Arrive donc Fear Inoculum en 2019, ça fait un moment que je n'ai pas retenté, et j'en suis grosso modo arrivé aux conclusions suivantes :
- Tool, c'est un peu l'équivalent musical de 2001, l'odyssée de l'espace (le film) : apparemment, des gens adorent (je n'en ai jamais rencontré en vrai, mais j'ai vu ça sur Internet, donc c'est sûrement vrai), pour ma part je trouve ça d'un ennui abyssal ;
- de toute façon, le groupe prend beaucoup plus de plaisir à jouer avec les attentes des fans qu'à jouer de la musique ;
- le prochain album était censé sortir en 2033, donc le bâcler pour le sortir en avance, ça ne risque pas d'apporter grand-chose de bon.
Ah, et accessoirement, le coup de l'édition physique unique à 80 boules pour extorquer les fans et/ou allergiques au démat', ça ne les fait clairement pas remonter dans mon estime. Les commentaires de type "génialissime, sans conteste l'album de l'année / de la décennie" après une demi-écoute le jour de la sortie (bon, j'exagère... un peu), étrangement ça ne m'incite pas à faire confiance aux avis positifs. Autant dire que sans ce dossier, je ne m'y serais pas penché de sitôt. Mais bon, tentons le coup, tâchons de ne pas nous laisser dominer par les a priori, après tout le déclic est toujours possible.

Les premières fois, tout de même, je me ménage, je ne le mets qu'en fond sonore, écoutant d'une oreille distraite pendant que mon esprit est occupé ailleurs. Le début passe pas trop mal mais peine à décoller, échoue à me happer, je l'occulte vite fait. Maaaaiiiiis bizarrement, dans la suite, deux-trois passages parviennent à me faire tendre les esgourdes. Comment ? Serait-ce possible ? Enfin un début d'intérêt ?
Léger couac, à y regarder de plus près, je réalise que ces passages ne sont que de minuscules îlots perdus perdus dans un océan de... je ne sais pas trop quoi, en fait, ça n'a pas retenu du tout retenu mon attention. Admettons, ce n'est pas forcément un si mauvais signe, j'ai juste besoin d'écouter ça plus attentivement, allons-y gaiement ! Euh... allons-y tout court. A*bâille*llons-zzz... Non mais sérieusement.

Oui, les passages plutôt sympas sont toujours là. Mais alors tout ce qui y mène, tout ce qui les enrobe d'une manière générale... C'est d'un chiant ! Certes, le batteur essaie des trucs (si j'étais mauvaise langue, je dirais que c'est surtout le meilleur moyen qu'il ait trouvé pour ne pas mourir lui-même d'ennui). Certes, le son de basse est appréciable. Certes, d'une manière générale la production est irréprochable. Certes, la voix est un petit chouïa moins fade que dans mon souvenir. Mais c'est loin, très loin d'être suffisant pour compenser le néant qui m'accable. Des constructions à rallonges (et des rallonges sur les rallonges) qui manquent cruellement de substance, des interludes qui diluent encore plus le tout... Non, non et non. J'ai bien entretenu un espoir à un moment, mais les écoutes supplémentaires l'ont anéanti.

15% de sympa contre 85% d'ennui, c'est un peu le même ratio qu'un film de Tarantino (parfaitement, j'ai décidé de me mettre les cinéphiles à dos en plus des fans de Tool). Allez, en m'efforçant de tenir compte des points positifs et pas uniquement de mon ressenti global (ça veut dire que je me trouve généreux), 08/20.



L'avis de MrCactus

Devenu une sorte de fantasme depuis des années, l’annonce d’une date de sortie pour Fear Inoculum a eu un effet retentissant qui a dépassé la sphère du Metal. 10 000 Days était resté pour beaucoup un album exceptionnel, charriant dans son sillage son lot de souvenirs. Impatience fanatique, artistes surcotés, exaspération liée à l’excitation ambiante, incrédulité devant la pochette à 80€ … dire que l’on est objectif relève du non-sens. C’est pourquoi j’ai choisi d’avoir une approche chronologique mettant en avant l’évolution de mon ressenti en fonction du nombre d’écoutes.

1-3 : Sans réelle surprise, à l’issue des premières écoutes c’est un sentiment d’incompréhension total qui a dominé. Comme si quelqu’un essaie de parler dans une langue qui nous est inconnue, Fear Inoculum est un alien à bien des niveaux. D’abord sa sur-complexité technique : le morceau le moins long dure 10 minutes, est sujet à d’innombrables variations mais aussi à de longs passages atmosphériques parfois pesants. A quoi sert-il de faire des signatures rythmiques complexes si elles ne sont pas au service de l’écoute ? Même en connaissant bien l’approche dont ils sont coutumiers, il est difficile de ne pas se laisser dépasser par la masse d’informations à laquelle on est confrontée même au bout de 3 écoutes. Par ailleurs certains ajouts sont surprenants, comme certains effets sur la voix (Invincible), les synthés criards (Pneuma) ou encore les transitions de 3 minutes à peine écoutables (Legion Inoculant). Bien que portée par une production extraordinaire et des musiciens dont le talent n’est plus à prouver, le tout fait l’effet d’une musique trop intellectualisée, froide, dénuée d’énergie et de riffs marquants.

4-6 : C’est par Invincible que j’ai pu rentrer plus en profondeur dans Fear Inoculum. Au bout de la 4e écoute quelque chose semblait avoir changé, une porte que je n’avais pas entendue s’est entrouverte. Par l’entrebâillement ce sont glissés quelques idées, quelques sensations familières, une couleur aperçue dans leurs précédents albums, l’impression de rentrer chez soi malgré le changement de déco. Invincible a marqué le début d’une prise de conscience qui a drastiquement changé l’approche que je pouvais avoir de Fear Inoculum : il faut ressentir sa musique d’une autre manière. En dehors du cliché que ça peut véhiculer, pour pouvoir l’apprécier il faut partir du principe que nous sommes confrontés à un album unique en son genre, par conséquent lui réserver une approche spéciale. C’est un effort que tout le monde n’aura pas envie de fournir et c’est tout à fait normal, pourtant ça vaut le coup.

7-10 : Au bout d’un certain temps on aurait pu croire que le concept de l’album allait s’ouvrir dans toute sa splendeur … et bien entendu il n’en est rien. Tout l’univers qui gravite autour de Fear Inoculum dans son « clip de pochette » ou encore ses artworks, tend à approcher l’auditeur le plus possible de la racine, du fond du message sans jamais le lui montrer directement. Finalement il se pourrait bien que l’idée soit celle-ci : la recherche perpétuelle de quelque chose dont on ignore la forme. Les écoutes se multipliant on se prend au jeu et on apprécie chaque fois de plus en plus la musique, y découvrant des riffs qui n’avaient pas marqué les premières fois (Descending, Culling Voices …), dévoilant des constructions impensables (Invincible), une finesse de propos à nulle autre pareille (Pneuma).

11 + : Fear Inoculum s’inscrit dans mon esprit comme une pièce musicale majeure, œuvre fantastique, changeante, élaborée au-delà des limites et qui ne ressemble à rien d’autre. Avatar d’un concept qui nous dépasse, qu’on ne saisira jamais vraiment à l’image du « clip de pochette » : on descend toujours plus loin dans les mécanismes, toujours plus profondément et quand on croit avoir percé la surface on se rend compte qu’il y a encore une couche. Tool nous montre une autre manière d’apprécier la musique, celle où on à envie de découvrir, mais finalement pas vraiment de comprendre puisque ça reviendrait à être arrivé au bout de ce que peut proposer Tool, et ça je pense que nous en sommes encore bien loin.

Vous l’avez compris, Fear Incoulum ne plaira pas à tout le monde mais il s’agit à mon sens d’une œuvre incontournable par ce qu’elle apporte au paysage musical mondial : il est possible d’avoir une approche tout à fait unique du Metal et de la musique en général. Beaucoup ont grandi et évolué avec Tool et 13 ans après 10 000 Days on arrive à une conclusion grandiose. Jamais Tool n’a autant fait du Tool, la boucle a été bouclée, le groupe se retire et derrière eux se dresse un héritage immense.
Mes préférées dans l’ordre :
Invincible, Descending, 7empest, Culling Voices, Pneuma, Fear Inoculum

18/20

Metalorgie Team (Septembre 2019)

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Commentaires

fedaykynLe Mardi 01 octobre 2019 à 17H23

C'est parce que c'est un nom qui revient à plusieurs reprises dans le dossier. J'ai rien contre cult of luna, j'ai écouté le dernier et ça le fait.

BacteriesLe Mardi 01 octobre 2019 à 15H02

@fedaykyn : Perso je ne compare pas, ce sont deux sorties proches, et mon cœur va plus vers COL que Tool, deux artistes que j'aime beaucoup.

fedaykynLe Mardi 01 octobre 2019 à 10H27

Je ne comprends pas la comparaison avec cult of luna. C'est pas du tout le même genre de son, ni le même contexte. Perso cult of luna j'ai toujours eu du mal à accrocher. Je leur préfère Neurosis.

SBY59THLe Mardi 01 octobre 2019 à 10H14

“ Fear Inoculum n'est certainement pas l'album que tous les fans attendaient. Mais c'est à mon sens un grand album, un album qui se révélera pleinement dans le temps à une époque où les productions s'enchaînent et sont remplacées d'une semaine à l'autre dans notre attention trop limitée. Il n'a pas convaincu tout le monde immédiatement, mais qu'importe, cet album demande du temps et je suis persuadé que nombre de ses détracteurs finiront par y revenir, que ce soit dans quelques mois ou quelques années, et constateront qu'ils étaient passés à côté de quelque chose de magnifique. A chaque écoute, j'ai l'impression de découvrir de nouvelles choses, de nouveaux sons dans ces morceaux d'une richesse abyssale. De même, plus je réécoute les anciens albums, et plus j'apprécie celui-ci.”

“ je me suis offert une énième écoute au casque, yeux fermés, sans rien faire d'autre que de focaliser mon attention sur chaque note et chaque respiration. Et bordel, quel pied.”

Entièrement d’accord !

Je pense qu’il y a des a priori négatifs faciles à propos de Fear Inoculum : concernant le délai depuis le dernier album, le prix de l’édition physique etc...
Il y a aussi une certaine idéalisation des anciens albums en comparaison.
Et il y a un vrai investissement de la part de l’auditeur qui doit être fait, même si ça fait cliché.

SBY59THLe Mardi 01 octobre 2019 à 09H42

Enfin “quelques mots” sur Fear Inoculum !
Bravo à vous pour avoir eu l’honnêteté d’attendre un mois pour donner votre avis sur ce disque, et donner la parole aussi bien à ceux qui ont aimé qu’à ceux qui n’aiment pas.
De mon côté je suis définitivement conquis, c’est un bijou, le truc le plus fou que j’ai entendu depuis 13 ans (ou 18 ans ? Si vous me suivez...) et que je ne me lasserai probablement jamais d’écouter, comme Aenima, Lateralus et 10 000 Days.

Je partage à 100% l’avis de Florian Denis. Amen.

Je ne comprendrai jamais qu’on puisse aimer la musique et le rock/metal et rester insensible à TOOL mais c’est sûrement mieux comme ça. Ce serait moins sympa si le groupe faisait l’unanimité.

Seb

SBY59THLe Mardi 01 octobre 2019 à 09H42

idrissLe Mardi 01 octobre 2019 à 09H12

Pour ma part, j'attends la note et le commentaire de Servietski.

slaughtearLe Lundi 30 septembre 2019 à 21H27

Concernant le pack à 80 Euros, oui c'est un scandale (mais bon j'ai craqué quand même). Mais aux USA, il était vendu 45$ (40€), déjà plus justifiable quand on voit l'objet magnifique que c'est. On peut surtout blâmer la grande distribution locale qui s'est fait une marge énorme, mais j'ai l'impression que les commentaires visent plutôt le groupe, alors qu'ils n'ont sûrement pas eu leur mot à dire sur ces 80€ (voir 100 en Belgique!). Mais si quelqu'un a des infos sur ce sujet, je suis preneur!
Concernant la musique, je suis un peu comme Neredude et Mr.cactus. La première écoute mitigée, 2ème et 3ème incroyable, puis c'est un peu retombé, et depuis j'essaie encore de le cerner. J'ai encore beaucoup de mal avec Descending, qui est la chanson qui me fait le moins d'effet pour l'instant.
Bref 16 à 18/20, mais il reste beaucoup d'écoute pour tout appréhender.

sarakyelLe Lundi 30 septembre 2019 à 14H43

lever mes petits poings tels des antennes vers le ciel

I see what you did here...

Yann TLe Lundi 30 septembre 2019 à 14H01

Pas mieux que V.N.A .
Jai essayé puis réessayé...

kayaLe Lundi 30 septembre 2019 à 10H59

Sympa ce concept !!! Comme j'ai pu le constater avec diverses personne soit on accroche soit on déteste par contre le dernier cult of luna tout le monde le trouve juste Enorme et à raison :)