Dossier De Metalorgie #10 Août 2018 : "Versus"

Pour ce dixième Dossier de Metalorgie, encore une nouvelle formule : "Versus" ! Ce type de dossier vise à opposer les points de vues des chroniqueurs habituels en les faisant écrire sur le même disque. C'est vrai, quand nous notons un album, c'est la note d'une seule personne. Et si on chroniquait 5 fois la même sortie, est-ce que sa note moyenne serait la même, est-ce qu'on relèverait plus de qualités / défauts ?

Même si le plan initial était d'attendre la sortie d'un disque que beaucoup de chroniqueurs attendent (*tousse* hmm hmm Tool hmm *tousse*), votre Top 2017 nous a inspiré un peu plus tôt que prévu. Si Ulver et Amenra sont unanimement consacrés (respectivement #2 et #4 sur votre Top, contre #4 et #1 sur le notre), les albums que vous avez élevés au rangs #1 (Machine Messiah de Sepultura), #3 (Aathma de Persefone), et #5 (Reflections Of A Floating World d'Elder) sont absents du Top-20 de la rédaction. Et devant l'engouement des commentaires que avez laissé sur les Tops et sur les pages des disques, on s'est dit qu'on vous devait bien cette séance de rattrapage. Metalorgie ne pouvait rester sourd à tant de passion déchaînée ! Ce n'est donc pas un disque, mais ces trois albums qu'on a écoutés et dont on vous parle aujourd'hui.



Nos avis sur le Machine Messiah de Sepultura :

J'ai beau avoir eu toute la discographie de Sepultura entre les oreilles, je ne me prétendrai pas particulièrement connaisseur. Sur treize opus sortis entre 1985 et 2013, ce que j'en retiens pourrait aussi bien se résumer à Chaos A.D.Roots et Arise (dans cet ordre). Quant à tous les albums sortis depuis une vingtaine d'année, je les trouve corrects mais complètement oubliables - et ça vaut aussi pour The Mediator Between Head And Hands Must Be The Heart dont, étrangement, j'entends du bien depuis quelques mois. Donc, un groupe que je continue de suivre de loin, par curiosité, mais assez éloigné de mes priorités. D'où la cuvée 2017 écoutée avec une bonne année de retard.
Premier titre, première réaction : j'adore, mais... attends, je n'aurais pas confondu avec un autre CD, par hasard ? Après vérification, non, c'est bien Machine Messiah, et c'est bien signé Sepultura. Allons-y gaiement, alors, la suite se révèle déjà moins atypique. Et c'est peut-être le plus gros problème du disque : de prime abord, le morceau-titre, placé en ouverture, est tellement prenant qu'il éclipse presque totalement le reste.
Par chance, les écoutes suivantes révèlent que Machine Messiah n'est pas le seul atout de l'album, loin de là. L'aspect "correct mais pas inoubliable" n'a pas complètement disparu, on le retrouve notamment sur I Am The Enemy (qui va vite, et c'est à peu près tout) ou Alethea (qui, au contraire, se traîne un peu trop), mais dans l'ensemble, le bon reste dominant, en grande partie grâce à des sonorités tribales ou des orchestrations qui apportent de l'ampleur aux compositions qu'elles agrémentent (Phantom SelfSworn OathResistant Parasites...). Et si l'un des meilleurs titres du disque est instrumental (Iceberg Dances), il n'en reste pas moins qu'au chant Derrick Green se révèle sous un jour plus que favorable là où il n'était guère à son avantage par le passé.
Au final, j'hésiterais à appeler Machine Messiah le messie tant attendu (sans mauvais jeu de mots) car il n'est exceptionnel que par rapport aux productions de Sepultura post-1997. N'empêche, entendre enfin un album du groupe qu'on n'oubliera pas après deux écoutes, voilà qui fait plaisir et redonne confiance pour l'avenir.
Et en bonus, un bon gros délire avec Ultraseven No Uta, reprise du générique de la série japonaise Ultraseven.
- V.N.A.

Sepultura pour moi c'est comme beaucoup de monde Roots, dans ma période Néo Metal, puis plus tard, les découvertes de Chaos A.D. et Beneath The Remains quand je me suis mis au Metal extrême. Je n'ai pas vraiment écouté Sepultura dans sa version avec Derrick Green (ça fait 18 ans que le gazier tient la baraque tout de même), tout juste un Roorback peu convaincant, néanmoins, j'ai toujours pris beaucoup de plaisir à les voir sur scène, en salle ou en festival, tant les gars sont capables de te retourner une fosse et que ça reste hyper solide en live. Avec ce nouvel album, Machine Messiah, et des avis dithyrambiques de la part des chroniques et des fans, c'est avec curiosité que je me suis lancé sur plusieurs écoutes de celui-ci. Force est de constater que c'est un très bon disque, bien plus intelligent qu'il ne parait, notamment sur ce morceau d'ouverture éponyme. J'aime aussi cette sensation que le groupe teste (avec brio) des morceaux à tiroir, plutôt que d'aller en ligne droite et d'uniquement envoyer la sauce. Contre exemple tout trouvé avec les brûlots que sont I Am The Enemy et Vandals Nest. Il va d'ailleurs en falloir des écoutes pour assimiler le bousin, tant le disque regorge de cassures, de changements de rythmes (énorme taff du batteur pour le coup) et de riffs qui prennent de nombreux virage : Iceberg Dances c'est du Prog franchement, avec ces claviers bizarroïdes. Même quand Sepultura ose les guitares acoustiques, les arrangements orientaux grandiloquents, ça fonctionne, osant de bien belles ambiances par instant (Sworn Oath). Sur Machine Messiah, on sent que le groupe s'est fait plaisir, tant aux niveaux des influences et si la base reste Thrash, c'est mélangé aux ambiances orientales, au tournants progressifs, saupoudré de pas mal de groove, malgré la complexité des titres. Un album intelligent, créatif et qui montre que Sepultura en a encore sous la pédale après plus de trente ans de carrière. Respect.
- Pentacle

Comme Pentacle, je n’ai jamais écouté d’album de Sepultura avec Derrick Green. Quant aux classiques de l’ère Cavalera, je les ai peu écoutés, et c’était il y a longtemps. Même si le combo est inévitable en festival, la pêche et l’efficacité qu’ont les Brésiliens en live ne m’ont jamais suffisamment convaincu pour franchir le pas de la case « album ». C’est chose faite grâce à cet exercice, et… quelle déception !
Soyons clair, Machine Messiah n’est pas intrinsèquement mauvais, et il y a même quelques éléments que j’ai beaucoup aimés. Vous connaissez peut-être mes goûts, vous comprendrez donc que j’ai été très agréablement surpris par la surcouche Prog ajoutée à l’instrumental Iceberg Dances (grâce à cette structure toute déconstruite et à ces quelques synthés un peu psychés par exemple). Le début de la piste éponyme a aussi une construction évolutive très bien pensée et réussi à avoir une dimension glauque et travaillée. Un bon point aussi pour le côté fun et décalé (limite débile) de Ultraseven No Uta chanté en japonais. Par contre, l’utilisation de violons pourrait être une bonne idée, mais Sepultura ne la creuse pas assez loin : en mettre à aussi peu d’endroits pour faire aussi peu de choses, bah franchement c’est pas ça qui fera vraiment la diff’. Quant au reste de l’album, il reflète pour moi le Sepultura de festival : énergique, frontal, braillard, un peu trop Punk pour moi (I Am The Enemy), pêchu, brouillon, tribal, simple.
Au final, même si Machine Messiah n’est pas un échec critique non plus, je pense que je n’aime pas assez Sepultura d’une part, et que l’opus m’a été survendu par des critiques trop élogieuses d’autre part. Au final, je n’adhère pas vraiment à part à quelques détails par-ci par-là, et je pense que l’album aurait peiné à franchir la barre du 10 ou 12 sur 20 si je l’avais chroniqué moi-même. Désolé de péter l’ambiance !
- Zbrlah

Je n’ai pas écouté Sepultura depuis plus de 10 ans, Nation pour être plus précis. Donc autant dire que l’évolution de la bande de Derrick Green n’a pas été un sujet phare pour moi, surtout qu’en 30 ans la musique du combo a bien changé. Une fois passé l’artwork assez ignoble, que reste-t-il ?
… Une assez bonne surprise au final. C’est fou mais l’enchainement Persefone / Sepultura me fait retrouver quelques similitudes, notamment dans l’approche presque progressive délivrée ici sur « Iceberg Dances ». Une fois cette première sensation absorbée, Machine Messiah bénéficie d’orchestrations assez cool (« Sworn Oath ») et bien loin des rythmes tribaux de mes souvenirs. Nous sommes face à un Metal assez puissant, mais pas forcement ultra-catchy la plupart du temps à mes yeux (bon, « I Am the Enemy » est là pour me contredire). Pas fou, pas inoubliable, je comprends l’engouement autour de ce disque, mais je ne vois pas ce qui le détache du reste de la masse de trucs typiquement Américains, assez lourds mais très globalement convenus si ce n’est sur quelques titres et que le chant est vraiment puissant.
Même si je ne suis pas un fan de Sepultura, je dois reconnaître qu’en comparant l’évolution de Soulfly et des Brésiliens, ces derniers ont su proposer autre chose qu’un même album en boucle. Je ne réécouterai pas Machine Messiah, ou les autres opus, pour autant, mais je reconnais que l’ombre des frères Cavalera a bien disparu.
- Euka



Nos avis sur le Aathma de Persefone :

Persefone, non contente d’être reine du monde souterrain, déesse des Enfers dans la mythologie grecque, se paie le luxe d’être une des figures de référence du Death Technique. Une fois encore elle nous envoie avec une très grande sensibilité ses compositions dantesques dans les gencives. 
Aathma est la logique expression d’un talent qui se peaufine avec les années qui devient de plus en plus subtil et intelligent dans son approche. Que ce soit par la gestion du temps avec des morceaux qui prennent le temps de développer une ambiance et de créer une vraie attente avant d’exploser (Aathma II. , Spiritual Bliss), dans les transitions qui sont des œuvres à part entière (Vacuum), les redoutables mélodies de piano qui restent en tête (No Faced Mindless), Persefone prouve une fois encore qu’elle mérite sa place au Panthéon.
Les progressions sont nombreuses et permettent une accroche constante de l’auditeur même dans les morceaux les plus longs (Stillness Is Timeless). On retrouve dans les mêmes œuvres des gimmicks modernes avec les rythmes hachés et des growls très profonds tout autant que des chants clairs doublés de synthés qui ne feraient pas honte à Dream Theater (Prison Skin).
La production bien qu’exemplaire aurait peut-être méritée d’être plus agressive sur les attaques de guitare pour permettre aux très nombreuses transitions de prendre plus d’ampleur… mais devoir en arriver à ce niveau de détail pour émettre une critique négative est très représentatif de la force d’Aathma. Mention spéciale pour la pochette qui, une fois encore, est magnifique.
- MrCactus

Bon, j’ai écouté pour la première fois Persefone pour la rédaction de cet article. J’avoue que cela fait un bail que je n’avais pas écouté de Death Metal Progressif, même si je voyais régulièrement les chroniques passer sur le site. Au final, qu’est ce que je pense d’Aathma ?
Clairement que ce n’est pas / plus pour moi : trop progressif, trop orienté Death, même s’il est clair que les musiciens font vibrer Opeth au fil des écoutes. On est face à des montées en puissance très progressives, bien loin de l’accélération urgente des styles auxquels je suis plus habitué. Là ou le combo a clairement un véritable atout, c’est dans la structure et l’agencement de ses titres : pas de rupture entre chaque morceau, des transitions au piano assez subtiles et très poétiques.
La chronique sur le site rend très bien hommage aux sensations et perceptions proposées par ce Aathma, car Persefone ne joue pas ici le jeu du « toujours plus » : le combo ne s’acharne pas à faire une démonstration de force mais joue sur quelques émotions et me fait retrouver des sensations proches de The Old Dead Tree, en néanmoins plus Prog.
J’ai clairement tenté d’écouter le disque d’une traite, avec grandes difficultés car certains passages trop cristallins noient le tout, jusqu’au dernier acte (les quatre parties du morceau-titre), qui auraient facilement pu faire un EP que j'aurais apprécié. Au final, Persefone livre un album dont je ne suis clairement pas le public cible, même si je reconnais la capacité d’écriture des musiciens et certains aspects qui auraient pu me plaire (les growls, certains mouvements crescendo).
- Euka



Nos avis sur le Reflections Of A Floating World de Elder :

Contrairement à Aathma dont j'attendais la sortie (et qui a d'ailleurs trouvé une petite place dans mon top 2017) et Machine Messiah que j'aurais écouté tôt ou tard, voilà bien un album dont je me serais passé si ce n'était pour ce dossier. Je ne connaissais absolument rien du groupe, je me souviens juste de lui avoir accordé une toute petite chance quand la chronique est parue, juste assez pour me dire que ce n'était pas trop mon truc et l'oublier aussitôt. Mais face à tant d'enthousiasme, on peut bien se poser des questions. Avais-je commis une erreur en occultant ce disque ?
Eh bien je vais devoir me fendre d'une réponse de Normand : p'têt ben qu'oui, p'têt ben qu'non. Au fond, je ne pas trop quoi dire sur Reflections Of A Floating World. Vraiment, même en essayant de faire simple. Est-ce que j'ai aimé ? Moui... bof... Je n'en sais trop rien. Malgré les écoutes répétées, mon sentiment ne se précise pas. Je craignais de m'ennuyer, ce n'est pas vraiment le cas. Mais je ne peux pas dire que ça me transporte non plus. Je me retrouve face à une espèce de masse intangible dans laquelle je ne parviens pas à plonger. Comme si on faisait une virée en bord de mer et que je restais à l'écart, à contempler le paysage pendant que les autres vont se baigner. La ballade n'est pas désagréable, d'accord, mais elle m'enfonce rapidement dans une espèce de torpeur cotonneuse, alors je ferme les yeux et j'attends tranquillement que ça se passe. Rien ne m'accroche vraiment, rien ne me repousse non plus. Difficile d'y porter un jugement quelconque, comme un rêve qui ne laisse qu'une très vague impression une fois qu'il est passé. Le genre d'album que je pourrais éventuellement écouter dans le noir, étendu dans mon lit, tandis que le sommeil me gagne lentement.
- V.N.A.

Bon, Elder, je connais pas du tout par contre. Mais vu qui en cause dans l’équipe, et connaissant un peu leurs goûts, je crois comprendre pourquoi. Un petit check sur votre webzine favori plus tard et mes craintes sont confirmées : du Doom, du Stoner, du Psychédélique… Okay je vais passer 64 minutes en PLS.
Et en faaaiiiit… non. C’est pas si pire tout compte fait. Bon, pour être franc, je trouve que ça se traîne énormément (à quoi sert la première minute et demi de The Falling Veil ? Pourquoi répéter les mêmes plans indéfiniment, dans tous les titres ? Pourquoi ajouter des parties qui rallongent inutilement un morceau déjà bien « pavé » (fin de Sanctuary par exemple), au lieu d’en faire un court interlude indépendant qui aiderait à structurer l’album ? Et surtout, pourquoi l’inutile Sonntag ?)... A la longue pas mal de trucs se ressemblent.
Mais malgré tout, ce son très rétro qui est à la fois fuzzy et chaud, couplé au chant bien dosé (à la fois en quantité mais aussi en intensité, ça gueule pas vraiment mais c’est pas non plus trop gentillet), saupoudré de quelques riffs ou leads bien Rock’n’Roll des chaumières, ça a son petit effet. C’est peut-être parce que Reflections Of A Floating World n’est pas si Doom que ça (le qualificatif s’applique peut-être un peu plus aux œuvres précédentes ?) que j’ai pu me raccrocher aux facettes presque Prog, presque Heavy, que peut avoir Elder sur cet opus. Je ne suis vraiment pas sûr de réécouter ça un jour, mais au moins je n’ai pas passé cette heure en PLS.
- Zbrlah

Je crois que des trois albums évoqués ici, Reflections Of a Floating World est celui qui me parle le plus. Non pas que j’écoute du Stoner Rock en boucle, le style étant plutôt quelque chose que je peux apprécier en concert, mais parce que l’aspect ronflant de l’ensemble a plus tendance à me porter que les styles des autres disques.
Néanmoins, Elder tire sur la longueur de chaque titre, alors que j’aurais été adepte de morceaux un peu plus courts en gardant cette structure de Stoner Rock et un côté un brin rétro qui me fait par moment penser à Pink Floyd (« Blind »), ainsi qu’à l’évidence Black Sabbath. Après, ce style a l’air d’être en vogue ces dernières années (ou alors mis en avant de manière plus équivoque), ce qui amène forcément à mettre sous la lumière des groupes bien inspirés.
Globalement, l’enchaînement des six titres s’est fait avec plus de facilité que j’aurais pu l’attendre, notamment grâce aux variations au sein des compos, et à une ligne vocale justement dosée. L’atmosphère de ce disque, c’est un désert ensoleillé, des lunettes et une cadillac, mais sans frôler le côté Rock d’un Kyuss : trop peu étouffant / à fleur de peau pour moi, même si je reconnais qu’un « Sonntag » pourra revenir avec facilité dans les enceintes. Pas assez enfumé pour moi, cet opus d’Elder permet de comprendre l’engouement autour du groupe même si je passe largement à côté de tout ça. Et si vous pensez que j’ai rien saisi au Stoner Rock d’Elder et que je passe à côté un disque incontournable, c’est sans doute le cas.
- Euka

Zbrlah (Août 2018)

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