Monthly Skramz n°1



On parle régulièrement de Screamo / Emo  ..., et sans atteindre la richesse de Le Dictionnaire de l'Emo, nous allons essayer de (re)venir régulièrement sur certains albums / EPs / Démos qui méritent, d'après nous, quelques écoutes.

Alixer

Forever Losing Sleep - Ritualistic (2018)
3 titres pour à peine plus de 11 minutes 30 de musique, c’est ce que propose Ritualistic, la dernière sortie en date de Forever Losing Sleep, un excellent groupe américain officiant dans un Post-Hardcore emmêlé dans un post-rock mièvre et des vocaux Emo / Screamo à tomber par terre. Quatre ans après le cathartique et essentiel album éponyme, la formation Américaine remet le couvert début 2018 avec ce court ep qui semble marquer un tournant.

Au delà du fait que cette sortie marque le split du groupe (c’est d’un gâchis sans nom), ces trois titres - qui n’en sont qu’un - représentent un mouvement général, une émotion globale. Emmêlé dans un Post-Rock électronisé dont les douces nappes synthétiques tintes chacun des 3 titres aussi discrètement qu’efficacement, Forever Losing Sleep perfectionne sa recette de l’éponyme en lui procurant un son bien plus propre et soigné. Chaque note résonne subtilement derrière le chant clair très doux que l’on connaît au frontman. Il arbore d'ailleurs son style d’écriture et de diction habituel, où la fougue dans ses cris progressifs semble toujours s’adresser à quelqu'un, perdu derrière l’océan mélodique dressé dans Ritualistic. Je noterai surtout le titre Broken Dance qui parcourt parfaitement les diverses ambiances que les Américains ont été capable d’utiliser.

Forever Losing Sleep n’est qu’un cri lancé dans le vide (« I’m screaming, I wish you the best from this God damn hole »), un cri tremblotant s’échouant loin de tout, où la panique et l’anxiété sont les premiers composants. Ritualistic est un ensemble aux accents parfois punk, mais très souvent émo, s’efforçant de creuser aussi loin dans l’intime qu’il est possible de le faire. Le cruel manque de visibilité qui les a caractérisé n’a pas empêché les œuvres de Forever Losing Sleep de marquer leur genre et ce même dans la confidentialité le plus totale.

« Will it ever end,
I keep asking myself,
How did I get here,
Shaking in the bathroom, will it ever end,
Lock the door, no one is getting in »

Joliette - El Alphabiotista (2018)
J'ai connu Joliette dans un petit bar en plein Lyon, et même si ça parait poétique, la suite est plus chaotique. Les 4 kids mexicains débarquent avec leur Screamo/Post-Hardcore aux relents Mathcore et crachent le tout sous un son bien Noisy.

El Alphabiotista, leur dernier EP de 2 tracks, se situe dans cette ligne musicale puissante, malgré que déjà exploitée par certains grands du genre comme Touché AmoréJoliette s'affaire à rendre leur production la plus intense possible, soulignée par la basse grasse à souhait et les hurlements bien propres du frontman. Les phases mélodiques et plus chaotiques s'alternent et se complémentent à souhait, laissant parfois la place à des parties plus soft (comme dans le titre éponyme de l'EP), plus aériennes, dissimulant docilement la rage ambiante de leurs musiques. Notons également, dans cette partie du premier titre, les petits breakdowns enchaînés qui annoncent le retour du chaos et de la lourdeur du début de titre. 

Tout est ici dans l'alternance et l'enchaînement des différents rythmes proposés dans le titre.  L'EP se termine avec le second titre illustrant à merveille ces différences structurelles marquées. Du Mathcore au post rock, El Alphabiotista s'évanouit parmi les échos des hurlements poussifs, terminant ce superbe mini-EP dans un chaos désespéré, dont l'ambiance me rappellerait parfaitement un Orchid dans ses moments les plus aériens.

Malgré sa petite durée, cette sortie des Mexicains est à ne pas rater. À la même période où les papa de Birds In Row nous balancent leur nouveau monstre, il convient de ne pas rater la sortie de ceux qui ont été leur tourmate plusieurs fois !

Euka

Piri ReisDemo (2015)
J’avais évoqué le split Piri ReisChild Meadow, mais c’était sans compter le premier effort des Malaysiens. Petit condensé de folie qui amorce les deux sorties suivantes (que l’on vous conseille fortement d’écouter), cette Demo lance donc les premières notes d’un mélange de Screamo et Emoviolence au travers de quatre titres captivants, dont on retiendra facilement le dernier, When Life Hand You Grenade, et qui permet donc à Piri Reis de se faire un premier nom. Et quel nom !

Hawak - Lift The Mist (2018)
Encore un groupe qui disparaîtra sans doute dans l’oubli après quelques eps, alors que cette première Demo possède autant de poésie que de fraîcheur sur ses trois titres. Les fans de A Day In Black And White ou Funeral Diner retrouveront certaines envolées, l’alternance Post / Screamo et une même énergie. Troublant car se rapprochant fortement lors des premières écoutes des noms cités, le disque arrive peu à peu, au fil des écoutes, à se détacher de ces influences, notamment sur Overthinking Anxiousness (A Spirit In The Room), sans pourtant faire traîner en longueur ses compos. A écouter, sincèrement.
Bandcamp.

Pentacle

OstracaLast (2017)
Un an après la sortie de Last d'Ostraca, celui-ci est toujours dans les oreilles et revient régulièrement. Le pourquoi de cette fascination peut provoquer le chaos et la fureur (notamment du chanteur) dans certains de leurs titres en particulier sur l'ouverture de Waiting For A Crash qui a quelques que chose de très Orchidien dans l'urgence. Tout derrière ce titre donne envie de tout envoyer valser. Le chant rageur comme jamais, la folie des cordes aussi et cette batterie qui sont autant de coups de poings dans le ventre distribués avec virulence. On trouve aussi l'épileptique Convergien avec The Orchard, mais Ostraca n'est pas que ça, il est aussi mélodique et presque enjoué sur Childlike et sait jouer sur la tableau Post-Rock comme en témoigne Nausea dont l'influence de City Of Caterpillar se fait sentir. Et c'est sans doute pour toutes ces facettes si bien agencées et la passion avec laquelle le groupe joue qu'un an après, impossible de s'en lasser.

Danse MacabreSynkopenleben, Nein Danke (2005)
La réponse allemande à Orchid s'appelle Danse Macabre. Du fiel dans les cordes et du goudron dans la voix. Tout dans Synkopenleben, Nein Danke suinte l'urgence, l'éruption volcanique mené par un batteur qui frappe de tout son être. Le plus beau morceau de Danse Macabre s'intitule Phoenix Part 2 porté par une mélodie / mélancolie différente des autres titres. Aussi poignant que certains titres de La QuieteSynkopenleben, Nein Danke est la définition de la fureur car les autres titres sont expéditifs, véhéments, parfois proches du Hardcore chaotique (Syntax Error). Vingt minutes sous l'eau où la respiration ne viendra qu'avec quelques mélodies sur le titre de fin : Es Ging Mir Schonmal Besser. Sans doute un des meilleurs porteur de l'héritage d'Orchid.

Øjne - Prima Che Tutto Bruci (2017)
La scène Screamo italienne a ce quelque chose de différent des autres, tout comme la scène Suédoise possède ses spécificités. Seulement voilà, les groupes Emo italiens ne courent pas non plus les rues, mais un petit nouveau a montré le bout de son nez depuis le split avec Rainmaker. Ils s'appellent Ojne et leur premier album tout a fait sublime. Déjà parce qu'il reprend à merveille les bagages laissés sur le bords de la route par La Quiete et Raein. Moins violent et expéditif que le premier, mais plus rageur que les sorties du second, Ojne est le trait d'union à ce qu'il manquait à la scène italienne. Pour ses influences Post-Hardcore, ses montées en puissances, son tour de forces d’enchaîner un paquet de mélodies toutes plus mémorables les unes des autres (Ogni Inverno). Même Nel Migliore Dei Mondi Possibili qui part sous un faux air de ballade Emo évolue comme un morceau Post-Rock / Post-Hardcore en son cœur. Les italiens jouent sur le fil des genres portés par cette voix constamment hurlées (presque monocorde), mais aussi et surtout des cassures rythmiques et mélodiques variées (Sull'Altro Lato Del Fiume). On sent la passion derrière un tel album jusque dans la production travaillée et très claire pour le genre.

Skaldmax 

Empire! Empire! I Was A Lonely Estate - You Will Eventually Be Forgotten (2014)
What It Takes To Move Forward est sans doute la sortie la plus respectée et reconnue de feu Empire! Empire!, mais il s'agirait de ne pas oublier ce qui a suivi, notamment ce chant du cygne tout à fait réussi. Ce que je trouve touchant chez eux, c'est la simplicité des textes, leur trivialité qui laisse tomber les métaphores usées pour des récits d'anecdotes et de souvenirs. Ribbon nous conte un accident de voiture, The Promise That Life Can Go on No Matter How Bad Our Losses revient sur un nouvel an morose que Keith a passé sans sa compagne, et If It's Bad News It Can Wait explore la douleur après le décès d'un proche. Pas d'extravagances, rien que la réalité chantonnée sur des tempos planplan et lovée dans des notes claires enveloppantes. L'intimité saisissante des paroles (des noms sont fréquemment cités, que l'on devine dans l'entourage des deux musiciens) laisse transparaître une nécessité, comme si chaque chanson était une page de journal intime, un exutoire sans haine où jeter pêle-mêle les tracas et les bons moments. Empire! Empire! I Was A Lonely Estate, un nom compliqué pour un duo mis à nu, aussi bien par ses vers que par sa musique simpliste qui ne triche jamais. 

Les Deux Minutes De La Haine – Somnolences (2014)
Si leur nom ne vous avait pas déjà mis sur la voie, Les Deux Minutes De La Haine est un groupe de Screamo aux racines profondément Orwelliennes. Pourquoi ? D’abord pour ses samples fréquentes en début de titre, installant un climat dictatorial où le sport doit empêcher les masses de penser, où posséder un livre relève du crime. On pense à des œuvres littéraires comme 1984 bien sûr, mais aussi à Farenheit 451, pourquoi pas à Le Meilleur Des Mondes par extension puisque la dystopie se meut sur chaque morceau de Somnolences. En réaction, les Français nous plongent dans un Screamo où l’on retrouve la rage du Punk, exhortant contre les oppressions étatiques, sociales, ou même spécistes sur Est (Vol Libre) 
« Avançons ensemble, patte dans la main. Faisons tomber ces murs »
Bien qu’assez proche dans le discours, Les Deux Minutes De La Haine n’est pas aussi fédérateur qu’un Chaviré par exemple, car la construction des titres est plus complexe, on ne scandera pas des refrains le poing levé, mais on se verra plutôt ballotté par des guitares crève-cœur (Daltonisme (Prions Le Bitume), Ne Voit (De Tout Lâcher)) sur lesquelles se pose une voix assez balourde et monocorde. 
Qui ne voit pas la mort en rose est affecté d’un daltonisme du cœur

Baby Ghosts – A Surprise Party (2017)
On s’éloigne de l’Emo stricto sensu mais on ne part pas bien loin malgré tout. Baby Ghosts c’est du Pop Punk, et A Surprise Party un EP 4 titres où l’on entend le sourire dans la voix de la chanteuse. Pas des compos impérissables non, juste un groupe de Rock dans un garage qui a enregistré quelques chansons pour le plaisir de jouer ensemble, de chanter à tue-tête (Selfish Bud), de faire une reprise (Sleepums se permet d’emprunter un air bien connu). Baby Ghosts n’a pas d’autre prétention que de jouer de la musique facile pour le fun, avec une approche très enfantine dans les mélodies (Choose Your Own Adventure). A Surprise Party c’est du yaourt, du sucré, du fruité, de l’amour pour tes oreilles, et rien d’autre. 

Metalorgie Team (Juillet 2018)

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