Metalorgie Monthly #16 janvier 2017

Notre cher Zbrlah m'a laissé la tâche difficile d'introduire ce premier Metalorgie Monthly de l'année. Déjà 16 numéros et on espère que ça vous plaît. De notre côté, c'est toujours un vrai plaisir de pouvoir se lâcher sur un disque et de dire ce qu'on a véritablement sur le cœur, surtout en bien d'ailleurs. Et puis, on a vraiment l'impression que tout le monde, lecteurs et rédacteurs, a bien pris l'habitude de son rendez-vous mensuel et l'apprécie, donc ça nous fait très plaisir. Allez, assez de parlotte : on passe aux disques.

Le mois de janvier de...


...Raikage (ses chroniques)

AntaeusBlood Libels et Condemnation (2006 et 2016)
La sortie de Condemnation, 10 ans après celle de Blood Libels, m'a quelque peu "forcé" à me plonger plus en avant dans la discographie d'un groupe que j'avais injustement sous estimé depuis plusieurs années. Au menu donc du Black Metal qui tabasse sévèrement comme le veut l'expression. Si Blood Libels a des ambiances un peu plus travaillée, la dernière offrande des franciliens n'a pas vraiment pour but d'être subtile : blast incessant, riffs malsains et grosse énergie démoniaque. À conseiller à tous les amateurs de Black Metal malsain et brutal.


Behexen : By The Blessing Of Satan (2004)
La Finlande est connue dans le monde entier pour ces magnifiques paysages, Lordi et sa scène Black Metal. Je m'avance peut être un peu pour le dernier élément, qui doivent tout de même être moins connus de la masse que les deux premiers. Pourtant, Behexen fait partie de ces formations qui ne connaît pas le sens des mots "faiblesse" et "compromis". Un disque effrayant, bestial et ultra violent qui ne plaira peut être pas aux amateurs de Black Metal sophistiqué mais qu'importe... Aucun espoir n'est présent ici et c'est tant mieux puisque le but est de laisser Satan prendre possession de votre âme. Pari réussi, notamment grâce à des riffs assassins (et je pèse mes mots) et à une performance vocale à la limite de la démence. N'oubliez pas votre s(c)eau d'eau bénite si vous vous sentez un peu fébrile avant l'écoute. 

DrudkhForgotten Legends (2003)
Black Metal, encore et toujours, mais que voulez-vous c'est l'hiver et il faut bien se réchauffer. Trêve de plaisanterie : Drudkh est une formation légendaire dans les milieux autorisés, accepté tout aussi bien par les trve du kvlt que par les amateurs plus "mesurés" du genre, et pour cause. Les Ukrainiens, dont c'est ici le premier album, font preuve depuis le début d'une maîtrise impressionnante, réussissant à créer une ambiance évoquant la beauté de la nature et des étendues sauvages sans passer par les cases "morceau gnangnan" et "morceau rallongé inutilement et rempli de synthé affreux". La voix de Thurios m'a d'ailleurs toujours fait froid dans le dos, tant elle semble humaine et inhumaine dans le même temps, débordante de tristesse et de colère. 


...theunknownskater (ses chroniques)

DrudkhBlood In Our Wells (2006)
Souvent porté aux nues par les amateurs de Black Atmosphérique comme l’une des pierres angulaires du genre, force est de constater, après plusieurs écoutes de Blood in Our Wells, que Drudkh mérite ses louanges. Paru il y a déjà onze ans de cela, l’album phare de la très prolifique formation ukrainienne s’est rapidement révélé comme une véritable perle, bien qu’il puisse nécessiter quelques tentatives avant de s’en imprégner réellement. Les musiciens délivrent une musique riche et grandiose, transportant l’auditeur dans des paysages vierges, enneigés et sauvages. Tantôt brutale et hostile, tantôt délicate et pénétrante, les six pièces que comportent ce chef d’œuvre se complètent et se suivent avec une grâce inégalable. 

Mobb Deep : The Infamous (1995)
Dans la longue liste des albums classiques que comporte le Rap US, Mobb Deep et leur indétrônable The Infamous occupent une place de choix. Apparue au milieu des années 90, la musique sombre et percutante des deux rappeurs du Queens se frotte à l’époque à des adversaires de choix tels que Big LNas (qui sort en 94 le fameux Illmatic) ou encore le Wu-Tang-Clan avec son 36 Chambers. Avec des morceaux comme "Survival of the Fittest" ou "Shook Ones Part II" aujourd’hui considérés comme faisant partie des meilleurs titres hip-hop de l’histoire, il est indéniable que The Infamous a atteint la postérité qu’il méritait. 

Hooverphonic : The Magnificent Tree (2000)
Y a-t-il seulement des enfants des années fin 90 - début 2000, dont les oreilles n’aient pas été bercées par les douces et envoûtantes mélodies de "Mad About You ?" Mais d’ailleurs, ne retenir que le hit planétaire de la formation de trip pop belge serait une hérésie ; chaque morceau a sa place dans cet album doux et plantureux dont la couleur chatoyante est donnée par la voix angélique de Liesje Sadonius. A ré-écouter encore et encore … 


...Pentacle (ses chroniques)

CapricornsRuder Forms Survive (2005)
Revenir sur Capricorns c'est redécouvrir un Metal instrumental, plus ou moins Post / Stoner qui fleurissait dans la seconde moitié des années 2000. Rappelez vous des débuts de Baroness, de l'évolution de Pelican, des fantastiques Taint et pourquoi pas des deux premiers albums de Mastodon qui avaient permis d'ouvrir une brèche dans le genre. Il y a évidemment de tout ça dans ce Ruder Forms Survive. Ajoutez des couches de riffs gras, de la sueur qui dégouline des manches, une grosse énergie qui fait défiler l'album sans qu'on y prête attention, et vous comprendrez pourquoi on l'a mis Album du Moment il y a dix ans.

Jóhann Jóhannsson - Arrival (2016)
Le film Arrival (ou Premier Contact en français) a été l'une des claques cinématographique de 2016. Pour sa manière d'aborder une thématique SF avec délicatesse, intelligence et émotion, pour sa photographie léchée, sa réalisation impeccable (merci Denis Villeneuve!), mais également par sa B.O qui transcende l'oeuvre. Aux manettes : l'islandais Jóhann Jóhannsson qui avait déjà travaillé sur le précédent film du réalisateur, Sicario. Une B.O qui place l'auditeur dans un brouillard étrange, autant en apesanteur qu'avec l'impression d'affronter des forces telluriques. Alors Drone, Ambient, Electro glitch ? Peu importe. ce qui est sûr c'est qu'il faut regarder ce film et se laisser emporter par sa musique.


...Euka (ses chroniques)

Youth Of TodayWe’re Not In This Alone (1988)
Un classique. La chronique déjà présente sur le site décrit l’intégralité de cet album, mais bon sang, il est plus facile de se laisser porter par la hargne du disque que d’essayer d’apposer des sensations sur des mots. Engagé, enragé, We’re Not In This Alone est aussi empreint d’intentions pures (« No More ») et d’une attitude prônant une hygiène de vie qui se retrouvera vite assimilée à une branche du Hardcore. Vous ne connaissiez pas ? Rattrapez donc un pan d’histoire !

IncubusMorning View (2001)
Autre disque, autre époque. Les années 2000 ont donné une grosse série d’incontournables, dont Morning View. Cet album, ce sont « Nice to Know You », « Under My Umbrella » ou « Wish You Were Here », des compos qui sont parfois mal équilibrées, mais qui ont pourtant une fraîcheur que l’on sentait déjà sur les deux opus précédents. Malgré la tournure plus que décevante prise ensuite par IncubusMorning View est un pur concentré de rock / fusion, qui même après plus de quinze ans n’a pas pris une ride.

’68 - In Humor and Sadness (2014)
J’ai tellement voulu écrire sur ce disque sans jamais pouvoir trouver les mots justes. Peut être parce que j’en ai tellement espéré de choses après la fin de The Chariot que j’avais peur de ne pas lui rendre hommage. Josh Scogin est une bête, s’exerçant à un nouveau jeu après le Chaos de ses deux précédents combos : celui du duo guitare / batterie, mêlant boucles et chant hurlé pour accoucher d’un « REGRET NOT. » dont certaines parties sont carrément dantesques (« . » ou le premier « E » et ses airs de Nirvana). Alors l’assemblage pourra vite sembler redondant avec ses cordes abrasives, mais une fois rentré dedans, on y reviendra vite.


...Skaldmax (ses chroniques)

Kamasi WashingtonThe Epic (2015)
Le Jazz est de ces genres qui me demandent une certaine persévérance avant de pouvoir en capter tous les attraits. Comme Dale Cooper Quartet And The Dictaphones, Kamasi Washington est une porte d'entrée vers une myriade d'artistes plus inaccessibles car The Epic par sa diversité et ses motifs mémorables familiarise aux élucubrations des cuivres. Sur ce triple album on retrouvera aussi bien des mélodies douces et prenantes (Clair De Lune, Leroy And Lanisha) que la folie créatrice qui vous remplit d'euphorie (Final Thought, The Message). Un véritable pavé certes (frôlant les trois heures) mais à ne manquer sous aucun prétexte.

Kendrick LamarTo Pimp A Butterfly (2015)
Paraît que ça chronique trop de Hip-Hop sur Metalorgie. N'en déplaise à certains, l'ouverture a du bon, et découvrir To Pimp A Butterfly a été un réel plaisir. Dense, varié, ce troisième LP de l'Américain sort des clichés du Rap US lourdaud pour te lancer des instrus Funk, Jazz, voire Dance, et en filigrane une histoire à suivre à chaque fin de titre. Pas forcément facile de tout assimiler donc, mais des tubes comme King Kunta ou Alright se montrent assez habiles pour êtres joués maintes et maintes fois dans vos esgourdes. 

IsisOceanic (2002)
Typiquement le genre de groupe (avec Cult Of Luna, Neurosis et consorts) sur lesquels j'ai cinq crans de retard. Et pourtant Oceanic s'apprivoise sans réfléchir pour peu que l'on aime voir la lourdeur s'abattre sur nous tandis qu'une voix rauque mène la danse. Fort bien équilibré entre passages Post-Rock savoureux et chapes de plomb Post-Hardcore (ou Postcore ? ou Post-Metal ?), ce méfait d'Isis se bouffe littéralement d'une traite sans une seconde d'ennui.

PrurientCocaine Death (2008)
Pas complètement versé dans la Harsh Noise Wall mais pas easy listening pour un sou. Prurient c'est le néant et le chaos qui se battent en duel, surplombés par des cris lancinants et quasi-incompréhensibles. Peu de positive attitude en perspective, mais on ne peut nier l'existence de  quelques mélodies (sic) fort déprimantes au milieu du magma des machines, sur le magistral Cocaine Death et Historically, Women Use Poison To Kill notamment. Le genre de disque à garder toujours près de vous, au cas où vous surviviez à l'Apocalypse. 


... Neredude (ses chroniques)

PanteraThe Great Southern Trendkill
"Un pur concentré de haine" est probablement la meilleure façon de décrire cet album sous-estimé de Pantera. Tout comme le serpent en images de synthèse de la pochette, les riffs vous inoculent un venin de folie paranoïaque, celle de Phil Anselmo qui enregistra ses parties chez lui à la Nouvelle-Orléans sans le reste du groupe, suite à des tensions internes qui prédisaient la triste histoire qui attendait Pantera. The Great Southern Trendkill est plus incisif, moins expérimental et bruitiste que son prédécesseur. C'est une écoute violente et cathartique, un témoignage de plus au génie de la guitare metal qu'était le regretté Dimebag. Probablement le LP de Pantera le mieux équilibré, il comporte quelques diamants bruts qui s'élèvent au dessus des autres titres : Living Through Me et Flood. A écouter à volume imposant.

WiegedoodDe Doden Hebben Het Goed II
Encore un album qui suinte la haine, mais qui est exprimée d'une manière radicalement différente. Ce deuxième opus de la formation belge issue de la Church of Ra opère un virage vers un black metal plus classique, dans la tradition pure de la forge norvégienne. Un peu de Taake, du Gorgoroth première période dans le riffing, mais aussi dans le format court de l'album. Et ce n'est pas une mauvaise chose d'ailleurs, ce LP est une décharge de misanthropie qui vous prend à la gorge sans jamais vous lâcher par défaut d'intensité. La production est un peu moins brute que sur le premier album, mais reste minimaliste et agressive comme le genre le demande. Enfin, on peut entendre que le trio a affiné son sens de la composition, ce qui confirme Wiegedood comme un nouveau "challenger" de poids dans le mouvement black metal. Il n'y a plus qu'à transformer l'essai sur scène.

NostromoEcce Lex (Remastered)
C'était une des grandes bonnes nouvelles de 2016 : Nostromo annonçant leur retour après une séparation en pleine ascension il y a plus de dix ans. Leurs albums étant épuisés depuis belle lurette, l'initiative de rééditer l'intégralité de leur catalogue (de qualité) était à saluer, d'autant plus que la formation reste encore aujourd'hui malheureusement inconnue du grand public metal. L'humble rédacteur de ces lignes se souvient avoir découvert Nostromo grâce à un post élogieux de Rémi Gallego (The Algorithm), qui vantait la créativité du quatuor suisse. L'écoute de cette version remasterisée de Ecce Lex démontre à quel point la musique de Nostromo reste pertinente et inventive après toutes ces années. Les riffs de Jeje n'ont rien perdu leur puissance, soutenus par une section rythmique implacable. Et le mordant glacé des hurlements de Javier Varela a toujours son petit effet, un des composants essentiels du son signature de Nostromo. Le remaster semble avoir donné un lifting à l'album, qui sonne en conséquence plus propre et moderne, mais qui ne rend pas la version originale obsolète pour autant, celle-ci ayant un ton plus abrasif à la Entombed. Il faudrait probablement du matériel (et/ou des oreilles) audiophiles pour en dire plus sur le sujet. Au lecteur de faire son choix entre les deux versions. En tout cas, Nostromo est de retour, et ça, on ne l'espérait plus. On peut vous dire que l'intégralité de la rédaction de Metalorgie a hâte d'entendre comment le groupe va sonner sur scène.

Raikage (Janvier 2017)

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Commentaires

PentacleLe Lundi 30 janvier 2017 à 23H17

Merci pour ton commentaire letatar :)

letatarLe Lundi 30 janvier 2017 à 20H34

100% d'accord avec toi Pentacle. 12 ans après, cet album de Capricorns me fait autant d'effet avec son atmosphère unique. Quant à "Arrival", j'ai aussi adoré la bande son, qui participe grandement à l'immersion du spectateur. Aux compositions de Jóhann Jóhannsson on peut ajouter le chef-d'oeuvre de Max Richter "On the nature of daylight", même si je trouve dommage d'utiliser une composition déjà entendue plusieurs fois ces dernières années ("Shutter Island", "La French", etc.).