Tatouage et Musique Interview de tatoueurs et musiciens

Musique et tatouage sont liés. De par des artistes mêlés aux deux milieux, des musiciens tatoués, des tatoueurs réalisant des affiches, pochettes, ... Metalorgie a choisi d'interviewer (de manière séparée et par email, la géographie n'aidant pas) plusieurs de ces acteurs des deux milieux : Thomas l'Amiral (ex-Aqme / Tin-tin tatouages), Jérôme (ex-Amanda Woodward, actuel Rouille), Jaxa (ex-Verdun / Lowbrow Tattoo), Christophe (ex-Verdun, actuel Morse et Doctor Livingstone / Bleu Carbone), Bart (Lollipop Tattoo / Birds in Row) ainsi que Fab (Revok / Studio privé).

Hello, dans un premier temps, je vous remercie d’avoir accepté cette interview un peu particulière. Une première question, afin de situer un peu le contexte, pouvez-vous vous présenter en quelques mots ? Pour quel salon bossez-vous ? Dans quel groupe jouez-vous / avez-vous joué ?

Thomas : Bonjour. Mon nom est Thomas L’Amiral, je suis tatoueur chez Tin-tin Tatouages à Paris depuis plus de 3 ans et j’étais chanteur du groupe de metal alternatif AqME.

Jérome : Salut, je suis Jérôme, je frise les 42 piges, j'habite à Barcelona, après avoir été 5 années à Zaragoza. Je bossais dans un studio là-bas mais ici, comme je viens d'arriver, pour le moment je tattoo pas encore dans une boutique.
Depuis 3 ou 4 ans, je joue dans Rouille avec des potes de Zaragoza, on vient d'enregistrer un album et avant, j'ai joué dans des tonnes de groupes, mais celui avec lequel j'ai fait le plus de chose était Amanda Woodward.

Jaxa : Je tiens aussi à remercier Bacteries et le site pour l'attention qu'il me porte. Alors mon surnom dans le tattoo c'est Jaxa. Je travaille essentiellement chez Tribal Act sur Paris et Lowbrow Tattoo sur Montpellier.
Niveau musique je suis le premier chanteur fraichement viré de Verdun (Jaxa vient de la dernière chanson du E.P.) et je chante actuellement dans un nouveau groupe avec des membres de Death Mercedes, Daggers et Radio Maki que j'ai monté suite à mon renvoi.

Christophe : Donc je m’appelle Christophe Doux aka « Le Vil », parce que je suis plus heureux depuis que je suis un enculé, mais je ne me plains pas, ça aurait pu être Druitre ou Junky Ninja.
Je tatoue depuis un peu plus de sept ans et je travaille chez Bleu Carbone à Vienne plus un peu de guest dont Lowbrow Tattoo à Montpellier pour le plus régulier. Pour la musique je joue actuellement dans Morse et Doctor Livingstone, et j’ai officié dans Verdun durant les cinq premières années, mais moi, je ne me suis pas fait virer.

Fab : Fab Severage Tattooer, je bosse dans mon studio privé à Paris 20ème, et je fais plusieurs guests dans toute la France, comme par exemple à Albi chez Ghis Von Zadra (Tradinktion), à Vannes Chez LostIsland Tattoo (mais je vais changer de boutique à la rentrée…info encore secrète pour l’instant), à Laval bientôt chez Lollipop Tattoo et enfin à Pacy sur Eure chez L’Homme Illustré aux côté de mon grand ami Aurel Tattoo. Je peux faire parfois aussi des pièces ponctuelles chez Sanhugi Tattoo Paris (la boutique de Roberto, fondateur d’ArtCorpus). Je fais aussi deux grosses conventions par an au minimum : Montpellier et Nantes. Quant à la musique, je suis le chanteur de Revok (MusicFearSatan), et j’étais batteur de Gameness et Do You Compute (Rejuvenation records).

Bart : Salut, je m’appelle Bart Balboa, du moins fort heureusement c’est un pseudo, je travaille à Lollipop Tattoo à Laval et me ballade un peu en guest à droite à gauche. Je joue dans un groupe qui s’appelle Birds in row.

Qu’est-ce qui vous a amené dans le milieu du tatouage ? Est-ce que cela s’est fait à travers la musique ou est-ce que c’était totalement décorrélé ?

Thomas : A force de me faire tatouer, l’idée m’a de plus en plus trotté dans la tête. Ça a commencé avec Sacha Février (qui joue dans le groupe Delivrance) et ça a grandi avec Alex Peyrat (qui jouait dans [leto] et Telegun).

Jérôme : A la fin des années 80, début 90, j'ai commencé à skater et à travers ce petit milieu qui n'était pas ce qu'est devenu le skate plus tard, j'ai découvert le Punk / Harcore, le DIY, les fanzines, les concerts, etc... Du coup, je pense que c'est vachement ça qui m'a donné envie de me tatouer dans un premier temps. Le skate et le hardcore, à cette époque véhiculaient un peu le même genre d'idées, formaient un peu la même contre-culture, et je me suis bien reconnu dedans. Du coup le tattoo est devenu comme quelque chose d'évident.

Jaxa : C'est effectivement la musique qui m'a amené dans ce milieu même si je me faisais tatouer depuis mes 18 ans. A 23 ans j'ai chanté dans mon premier groupe: DiplomaticDrone Disaster. Il s'est avéré que Thomas le guitariste était le compagnon d'une tatoueuse: Aurore.
Moi je griffonnais depuis gamin et elle cherchait un apprenti. L'affaire a vite été conclue.

Christophe : J’ai toujours aimé dessiner et je suis tombé dans le punk/hardcore assez tôt, la plupart des groupes que j’écoutais à cette époque étaient souvent tatoués de la tête aux pieds, la corrélation était facile. Quand t’as 15/16 ans tu veux forcément être quelqu’un ou quelque chose, moi, je voulais être comme les gros balaises tatoués dans les vidéos, mais comme j’étais trop feignant j’ai commencé à me faire tatouer assez tôt, en tout cas pour l’époque…
Le shop que j’ai ouvert avant de me rendre compte encore une fois que j’étais vraiment feignant s’appelait Red Medicine Tattoo Shop, comme l’album qui m’a le plus marqué en tant que musicien et auditeur.

Fab : Dans mon cas, cela est lié à la musique, à mon parcours dans le hardcore. J’ai 41 ans. Depuis l’age de 18 ans environ j’évolue dans différentes scènes de musiques alternatives… j’ai toujours été entouré de tatoueurs/tatoués. Tous musiciens pour la plupart. Certains comme Yann (Black) YourMeatIsMine, ou Lionel OutOfStep, sont 2 de mes amis et immenses références/influences, même si ma veine graphique est très éloignée. Ils débutaient dans le tattoo lorsque je commençais la musique, et je les voyaient dans des concerts, surtout Lionel qui était dans Portobello Bones, un groupe que j’ai toujours adoré.

Bart : Le punk rock, le hardcore, le tattoo, tout s’est lié dans ma jeunesse. Les groupes avaient tous des tatouages, des trucs plus ou moins visibles. Et à l’époque c’était un peu moins la mode qu’aujourd’hui donc c’était encore un truc à part. Quand on était tatoué (ou en tous cas lourdement tatoué), on se mettait volontairement à part, en quelques sortes. C’était l’image que je m’en faisais. Et c’est ça qui m’a beaucoup attiré. L’esthétique liée à la musique que j’écoutais mais aussi la démarche plus ou moins à contre-courant. Mes potes se sont fait tatouer, j’ai découvert le shop dans lequel je travaille aujourd’hui, et y ait passé une bonne partie de mon temps, à glander, apprendre les rudiments du milieu avec Seb et Aline. Ils m’ont emmené assez tôt à mes premières conventions d’ailleurs.

"Je travaille à me diversifier le plus possible, mais effectivement, je suis vraiment heureux lorsqu’on me demande de réaliser des pièces noires de tailles moyennes, et en free-hand."
Fab  

Est-ce qu’être musicien a eu un impact ou une influence pour vous faire connaître dans le milieu du tatouage ?

Thomas : Je ne pense pas, surtout que je suis resté discret à ce sujet.

Jérome : Non, je crois pas. En tout cas moi je m'en suis jamais servi, ce qui est peut-être un peu con d'ailleurs, mais je veux que les gens se tatouent avec moi parce que ça leur plait ce que je fais, pas parce que j'ai remué mon boule sur scène dans tel ou tel groupe. Et puis entre nous, je pense pas du tout être connu dans le milieu du tatouage et ça me va très bien.

Jaxa : Les foules qui ne se sont jamais déplacées pour venir me voir en concert ne se sont jamais déplacées pour venir se faire tatouer par moi ! Ah ah
Après j'ai eu quelques fois des mecs qui me faisaient des références à Verdun ce qui me faisait toujours plaisir. Mais on ne peut dire que ma "carrière" de musicien ait influencé ma carrière tout court. Et vice versa.

Christophe : Pour me faire connaître dans le milieu du tattoo absolument pas, ça peut payer une bière à l’occasion sur une convention où le barman connait un de tes groupes mais pas plus, non, la seule influence que la musique a eu sur le tattoo c’est sur le planning…

Fab : J’ai commencé très tard à tatouer. A l’age de 37 ans je commençais tout juste à m’auto-tatouer et à tatouer mes potes… Je peux dire que oui, c’est vraiment aujourd’hui et maintenant, que mon parcours dans la scène alternative m’ouvre « certaines portes » dans des salons qui partagent la même vision du tatouage que moi. Je parle d’une approche passionnée du métier dans laquelle on retrouve pêle-mêle différentes cultures alternatives, beaucoup de choses communes et partagées, tel que la musique et une amitié profonde, fraternelle. Un certain regard sur la vie. J’ai toujours recherché cela et je ne l’ai trouvé nulle part ailleurs. Dans aucun autre métier.

Bart : Clairement. Avec Birds in row on a fait que de la musique pendant un bon moment. A tourner le plus possible, investir le plus clair de notre temps dedans. Et au final on s’est fait un nom internationalement. Et quand j’ai commencé mon apprentissage j’ai senti que les gens qui suivaient BIR, suivaient aussi mon taff. Aujourd’hui quand je vais tatouer à l’étranger, la majorité de mes clients me connaissent de par mon groupe et je trouve ça cool, dans le sens où ce que je fais en musique est étroitement lié à ce que je fais en tattoo, le medium est juste différent mais la démarche reste la même.

JaxaQuels sont les artistes, tatoueurs ou non, qui vous influencent dans votre travail ?

Thomas : Oh, il y en a énormément mais comme ça, je dirai Pari Corbitt, Nathan Kostechko, Mimissiku, Marcin Aleksander Surowiec, Alexander Grim et encore BEAUCOUP d’autres.

Jérome : Je sais pas, pas mal de gens différents, pas mal de trucs, mais je suis pas non plus du genre méga fan de telle ou telle personne, j'aime bien regarder le travail de pleins de gens, et puis je suis pas à l'aise avec le concept d' ”art” en général, mais ça c'est un autre sujet. Mais pour essayer de te répondre, je suis plus attiré par des gens qui ont un rapport avec ce que je vis, ou avec la façon dont je vois les choses. Par exemple m'attirent plus des tatoueurs/tatoueuses lié-e-s au punk, ou au Tattoo Circus, que toute la mouvance liée au modernisme, comme on dit en Espagne... Je suis plus intéressé par les styles sombres, noirs, je sais pas, mais les trucs qui ont un peu de personnalité ou de discours. J'aime vraiment beaucoup ce que fait Bart Balboa pour te citer un exemple entre autres...

Jaxa : Gustave Doré, Chris Dettmer, Justin Hartman, Rafel Delalande, Alphonse Mucha, Saul Bass, David Lynch, Damien J Thorn, Bart Balboa, Friedrich Wilhelm Murnau, Ingmar Bergman, Shinta Tsukamoto, Katsuhiro Otomo, Alexander Grimm, Uncle Allan, Grinddesign, Lucifer, Sacha, Tintin, Romain Pajera, .....

Christophe : Il y a quelques années je t’aurais sorti quelques noms d’artistes célèbres pour faire le cultivé, aujourd’hui je te dirai que ce sont les gens avec qui je travaille ou que j’ai pu croiser sur la route, des gars comme Brice aka LuckyBrice (L’Aigle De La Route pour les intimes), Jaxa de chez Tribal Act, Cailloux de Bouzille de Luxe ou bien Aurore de chez Lowbrow Tattoo, chacun à leur manière m’ont apporté quelque chose tant sur les placements, le dessin et la technique.
Pour la manière j’ai tout piqué à Zouk de Twenty Fingers.
Il y en aurait d’autres mais ils ne méritent pas d’être cités dans MON interview.

Fab : Ce doux/dur/dingue de Lionel OutOfStep est mon mentor. Mon influence principale. Son approche du métier, sa vision, comment il aborde un corps, compose une ligne. Son regard très subjectif et personnel. Sa façon de se nourrir de tout ce qui l’entoure pour s’inspirer chaque jour, tout le temps. J’adore son travail, mais mon trait et ma manière de dessiner n’en sont pas pour autant influencés sur le plan graphique… je viens d’autres univers. J’ai été bercé toute ma jeunesse par la BD US et européenne. Pour les 'ricains, en vrac, John Romita Jr, Frank Frazetta, John Buscema, Frank Miller, Simon Bisley, plus récemment Laurie Lipton…
 Pour les européens, Guarnido, Manara, Sylvain Chomet, Bilal, Moebius, Fred Blanchard, Cabu, Manu Larcenet, Winchluss et tant d’autres !
 En tattoo j’aime beaucoup les travaux de Navette, Yann (Black) YourMeatIsMine, Léa Nahon, L’Oiseau, Bart Balboa et Nicoz Balboa (noms identiques, mais tatoueurs n’ayant rien à voir ! ;) ), Aurel Tattoo (L’homme Illustré), Le Hégarat, Alix Ge, Roberto, Adrien BadskullCompany, dans un style plus traditionnel avec une touche très perso Ghis Von Zadra, et puis pleins d’autres ! pleins d’artistes italiens, russes, allemands, comme Jukan (Alter Schwan – Berlin) qui d’après moi est tout simplement HALLUCINANT…

"On m’a appris que l’important était le sens avant l’illustration, parce que les modes changent mais ce qu’on a à dire reste."
Bart

Bart : Au début, Eckel, Alexander Grimm, Navette, Léa Nahon, … La peinture classique aussi beaucoup, type Caravage par exemple. Beaucoup de photographes « anonymes », la musique que j’écoute aussi énormément, …
Et puis, plus je rencontre de gens, plus ils m’inspirent, chacun à leur manière : Aline (Lollipop tattoo) qui m’a prise sous son aile et m’a énormément appris, notamment sur le plan éthique / moral du tattoo; Jay Le Hégarat, avec qui je passe énormément de temps à l’étranger et qui sait te montrer que tu as encore beaucoup de boulot, en deux coups de crayon;
Jaxa, à qui je dois beaucoup puisqu’on se connait depuis le début de mon apprentissage et qui m’a poussé et me pousse encore à aller plus loin dans mon dessin et mes nuits sans sommeil (dans le genre artiste doué qui mériterait plus de reconnaissance, il est pas mal); Sacha Madewithlove, qui m’a bien cassé les burnes pour que je fasse de grosses lignes et qui avait raison.
Tous les copains qui prennent au sérieux ce qu’ils font et n’en font pas tout un foin, Junior, Moonkey, Jaca, Damien Thorn, Manon Fromouterspace, … Et tous les gens avec qui j’ai eu la chance de travailler récemment chez AKA Berlin, Sang Bleu Londres, Chez Mémé Paris, …Ils ont tous leur part d’influence sur ce que je fais, dans l’humilité qu’ils m’apportent jusqu’à l’influence purement artistique.

Voyez vous plutôt le tatouage comme un ornement, ou y intégrez-vous une signification pour chacun ?

Thomas : Je n’ai aucun problème avec l’un ou l’autre. Par contre, je déteste les choses évidentes. Si tu veux faire un truc pour ton gosse, pourquoi pas… mais son prénom avec des arabesques n’a aucune personnalité, j’aime faire des choses uniques et personnalisées même si ça en devient abstrait. Je pars du principe que la signification est dans l’acte pas forcement dans le motif.

Jérôme : Je m'en fous un peu de ces trucs là, trop entendu dans les années 90 les questions chiantes genre “ça signifie quoi pour toi ?” ou les interprétations fumeuses de sociologues-cravates. Chacun-e se démerde et y met ce qu'il/elle veut. Ça reste du gribouillage de peau, ce n'est ni important ni grave. Dans mon travail, j'essaye de faire du mieux que je peux et de prendre du plaisir et de progresser, le reste je m'en cogne un peu. Je fais ça parce que ça me plait et que ça me permet de manger, mais si je dois faire autre chose, bah j'essaye de mettre dans la disposition où ça ne serait pas un drame.

Jaxa : Gamin je bavais devant ceux de Anselmo, Cavalera ou Bannon. Depuis mes 14 ans je rêve d'être bleu (rempli).
Les tattoos que je porte n'ont pas de signification. Je trouve un tatoueur cool et je le laisse faire ce qu'il veut. Si aucun des deux n'a d'inspirations, on se rabat vers un logo de groupe ! La seule fois où j'ai voulu mettre un peu d'histoire dans une de mes pièces, ça n'a pas eu l'effet escompté: un portrait de Derrick pour faire plaisir à mes grands parents.... mais c'est sorti en pleine polémique de la révélation de son appartenance à la Waffen SS. Comme le dit si bien Hatebreed: « a lesson lived is a lesson learned »
De façon générale je trouve toujours un peu lourd de mettre trop de significations dans un motif. Ça altère souvent sa lisibilité.

Christophe : Un peu des deux mais plus comme un ornement quand même, la phrase du client lambda qui te dit « pour moi il faut que ça représente quelque chose parce que bla bla bla bla » m’insupporte au plus haut point, s'il n’y avait que des tattoos avec des significations ça me ferait chier, puis les gens évoluent mais la signification de leur tattoo ne change pas, c’est souvent bien plus logique qu’il n’y en ait pas, malgré que perso, je porte des deux.

Fab : Je vois cela comme un acte toujours tribal, préhistorique. Tout en le démystifiant. Ce n’est pas si important que ça ! J’aime les tatouages pourris, les tattoos de jeunesse, ceux qui sont mal faits, voir faits par un pote qui voulait juste essayer un dermographe, un soir, après quelques rhums et une discussion à refaire le monde. Je ne te parle pas de beuveries qui dérapent ou de comportements spécialement ultra-punks, mais juste de choses qui sont sincères, marquantes (ça tombe bien on parle de tattoo). J’y vois quelques choses en rapport avec le souvenir, le temps, la mort, notre passage qui est une minuscule pause dans l’éternité. Mes tattoos je ne les vois même plus. Sous la douche, en me regardant à la glace, je ne fais plus gaffe. Mais parfois, ils réapparaissent. Et là je les regarde longuement, des choses me reviennent à l’esprit. Des choses belles essentiellement. D’autres plus tristes, comme la fin de certaines périodes heureuses, ou des amitiés finies. Cela me fait rêver. La mémoire. Les histoires. J’y suis profondément attaché. Même si je ne suis pas quelqu’un qui pleure, je suis extrêmement sensible. Le tattoo est relié à tout cela. Une évidence pour moi.

Bart : J’essaie toujours d’y apporter une signification. Que ce soit un dessin custom pour le client (signification en rapport avec sa vie) ou un flash, dans lequel j’exprime la plupart du temps, mon ressenti. J’ai du mal avec le tatouage purement ornemental, même s’il a un sens de réapropriation du corps et de l’image, il y a toujours un gout de pas fini. On m’a appris que l’important était le sens avant l’illustration, parce que les modes changent mais ce qu’on a à dire reste.

Dans le milieu Metal / Punk / Hardcore / Hip Hop / …, le tatouage est un élément commun. Y voyez-vous un sens ? un signe de ralliement ou de cohésion ? Il y a même certaines iconographies qui ressortent à la fois dans les vêtements et se retrouvent dans les tatouages. Est-ce qu’il y a, d’après vous, certains « codes » ?

Thomas : Aucune idée et à vrai dire je m’en fous :D
Bisous

Jérôme : Désolé, je sais pas quoi te dire... C'est pas le genre de trucs auxquels je fais attention, ni qui m'intéressent beaucoup... :)

Jaxa : Le tattoo c'est de la merde pour les frimeurs. Ce n'est pas des tattoos qui définiront qui vous êtes. C'est une histoire de "street credibility" tout ça.
Je m'explique : vous n'avez pas besoin d'un "X" sur les mains pour écouter du Hardcore mieux qu'un autre ou d'une croix à l'envers scarifiée sur le front pour être plus satanique qu'un autre.
Après si ça aide les gens à se regrouper entre eux pourquoi pas. Je pense surtout que maintenant ça aide les moches à coucher. (masculin ou féminin confondu). ah ah.
Le problème c'est que toute contre culture est vouée à être aspirée/assimilée par la culture de masse... et nous sommes malheureusement en plein dedans. Je rêvais d'être un punk en marge de tout mais qu'est-ce qui me différencie d'un culturiste qui va en boite de nuit maintenant? (d'un point de vue tattoo hein... le ventre ne trompera personne).

"Le problème c'est que toute contre culture est vouée à être aspirée/assimilée par la culture de masse... et nous sommes malheureusement en plein dedans."
Jaxa 

Christophe : Je pense que dans ces milieux là c’était surtout un moyen de se dissocier de la masse, le tatouage était bien moins banal à l’apparition de ces styles, et de fait, on peut y retrouver des codes et une iconographie suivant les styles comme on peut retrouver dans les vêtements, on a rarement vu un punk avec un saroual ou un rappeur avec une veste à patchs. Sauf dans la Fusion de la fin des années 90 du genre Limp Bizkit, mais je pense que ce genre de groupes sont aux années 90 ce que la nuque longue était aux années 80, une erreur.

Fab : Bien entendu… des codes comme des marques de ralliement. Cela a toujours existé. C’est ok. J’aime assez croiser quelqu’un dans la rue avec des trucs genre Black Flag, ou la main Santa-Cruz avec la bouche là (skate), je vois ça je me dis « ce mec (ou cette meuf), je ne le (la) connais pas mais j’l’aime déjà ». L’aspect tribal/tribu du tattoo m’a toujours interpellé. Juste de manière instinctive. Je n’ai jamais cherché à m’intéresser aux codes ou autres trucs qui veulent dire ceci ou cela.
Tu vois « ouiiii ton tattoo ça veut dire quoi ? ». Je n’ai jamais posé ce genre de question. Je suis trop instinctif, je me laisse aller…être attiré ou interpelé par quelque chose sans me poser de question. La réalisation de certains tattoos peut parfois être très limite techniquement, je regarde le truc, ça me parle. Je me fous du pourquoi ou du comment.

Bart : Le tattoo fait clairement partie d’une sorte de dress code des milieux alternatifs. En fait, je pense que l’esthétique des genres musicaux dans lesquels on évolue sont souvent influencés par le tattoo en fait. J’ai pas les preuves sur moi mais j’ai un pote au CNRS qui fait des recherches là dessus …
Comme je disais, je pense qu’il y a un côté marquage de l’envie de se démarquer de la foule. Le punk, le hiphop (la base en tous cas), le métal, … ça reste des genres anti-système à la base, même s’ils se sont fait rattraper de toutes parts. Et le tattoo a ou avait cet effet là, de se démarquer, voire faire peur.
Aussi, il y a des comportements communs, notamment dans les groupes. Par exemple, le fait de se faire tatouer en tournée pour marquer le coup. Pour toujours se rappeler de ce qu’on a fait. Quand je vois le nombre de gens qui se font tatouer le H de Hellfest, j’ai l’impression qu’ils se font leur tattoo de tournée à eux quelque part. Donc ça touche autant les groupes que le public (qui sont de toutes façons la plupart du temps les mêmes personnes).

Avez-vous des tatouages en lien avec un groupe que vous appréciez ou dans lequel vous jouez / avez joué ? Si oui, qu’est-ce qui vous a donné envie de l’avoir ?

Thomas : Yep. Plusieurs. Un de mon ancien groupe et d’autres pour symboliser des choses qui compte pour moi et en même temps rendre hommage au groupe.

Jérôme : Ouais putain, j'en ai un paquet. C'est vrai que pas mal des tattoos que je porte ont un rapport avec la musique et mon parcours dans le punk-hardcore. Mon premier tattoo a été le logo du label que je faisais avec un pote dans les années 90. Ensuite, j'ai quelques tattoos en rapport avec Amanda Woodward, surtout parce que le groupe, ça a été un des trucs les plus important dans ma vie pendant dix ans.
Par exemple je me suis tatoué le titre de l'album aux Etats-Unis à la fin d'un mois et demi de tournée là-bas en 2004 je crois. On restait une semaine de plus à la fin, pour enregistrer et profiter un peu de pas avoir à passer la journée entière dans le van, on était à Philadelphie dans un quartier populaire, on glandait, il faisait méga chaud et humide, et je suis allé dans un studio du quartier, c'est un super souvenir.
Et puis je crois aussi que dans les groupes dans lesquels j'ai joué, on s'est la plupart du temps chargé nous-même des visuels, forcément c'est des trucs qui me plaisent.
Et puis ce sont des souvenirs, des témoignages ou des trucs qui ont du sens pour moi.

Jaxa : Vu le coup de trafalgar que Verdun m'a fait en fin d'année je suis bien content de ne jamais avoir eu un tattoo en rapport avec le groupe. Mon blaze me rappelle ce douloureux passage chaque jour déjà.
Un groupe c'est comme une meuf : faut vraiment être sur que c'est la bonne mais on ne pourra jamais vraiment savoir.
Sinon oui j'ai quand même beaucoup de tattoo en référence à des groupes de musique: Converge, Trap themEvery Time I Die, Comeback Kid, Eyehategod, Terror, Rise and FallAdx..
Je ne sais pas vraiment pourquoi je porte ces tattoos.... parce que je suis un con de fan comme un autre ? J'imagine que si je le porte j'assimile mieux leur musique ?
Juste parce que c'est beau aussi ! cf Jane Doe 

Christophe : J’en ai une paire oui, un Dead Kennedys, un Biohazard et un Psycho Realm qui se prêtait bien à un cover, mais j’ai fait ça jeune, je n’en referais pas aujourd’hui, si ce n’est un en rapport avec Fugazi… Pour ce qui est des groupes dans lesquels je joue ou ai joué c’est hors de questions ! C’est un peu comme monter sur scène avec le t-shirt de ton groupe, c’est ringard.

Fab : Mon bras doit est une grande pièce réalisée par Lionel OutOfStep. C’est une sorte de fresque assez black metal (je reprends ces mots à lui… il faut savoir que je lui ai demandé d’éviter de me faire des crânes…il a trouvé le moyen de m’en piquer 5…bon…bref) en rapport avec ma vie dans la musique, REVOK, tout ça… J’ai voulu le faire par rapport à ces histoires de souvenirs dont je t’ai parlé plus haut.

Bart : Comme je disais, les tattoos de tournée. Quand on part sur la route, on partage quelque chose d’un peu indescriptible. C’est là, et on a besoin de le matérialiser je pense. Sur moi, j’ai également les citations de certains groupes avec qui j’ai eu la chance de tourner. Citations dans lesquelles je me retrouve pleinement. Je me ferai sans doute le logo de BIR un jour, parce que ça fait déjà 7 ans qu’on a commencé et j’ai l’impression d’avoir appris tellement de choses à travers ce groupe …

Certains artistes, en parallèle du tatouage, travaillent aussi sur des affiches de concerts, fests ou des pochettes de disques. Est-ce quelque chose que vous faites ?

Thomas : J’aimerai bien mais mon planning ne me le permet pas à vrai dire.

Jérôme : J'en ai fait un peu, là par exemple un groupe génial de Grindcore de Zaragoza, Himura, va se servir d'un de mes dessins pour la pochette de leur nouveau disque.
J'aimerai en faire beaucoup plus, mais c'est un boulot un peu compliqué, c'est dur de faire correspondre l'idée que le groupe a en tête et ce que tu produis. Donc ouais c'est compliqué, mais c'est une voix que j'aimerais vachement explorer et développer.

Jaxa : Une fois de plus je vais revenir sur la pochette du dernier Verdun qui fut une expérience traumatisante pour moi étant donné que j'ai été viré du groupe le jour où ils ont reçu le fichier... très classe non ? Je ne sais toujours pas à l'heure actuelle si j'en referai même pour mon nouveau groupe.
Je tiens tout de même à dire que j'ai eu de bonnes expériences avec des groupes comme StuntmanEverblast ou Ofo Am.
Il faut aussi souligner que trois noms dominent un peu le domaine et qu'ils font ça très bien. Ce n'est donc pas évident d'arriver à proposer son taff. Mais bon si jamais des gens sont intéressés... qu'ils m’écrivent !

Christophe : Ça m’est arrivé oui, mais pas assez souvent à mon goût, c’est surtout des potes qui n’ont pas assez de tunes pour ce payer un vrai graphiste ou un vrai dessinateur qui me le demandent.

Fab : Oui, bon…lorsque je trouve le temps ou que j’ai pas la flemme. Mon plus gros défaut c’est la flemme. Et en plus, je suis très facilement dissipé. Demande moi de te pondre une affiche et ajoute dans la pièce une console de jeu, ou un simple lit, ou des BD de Batman… Tu verras comment je te l’éclate ta dead line ! En gros toutes les affiches que je dois faire, c’est pour hier. Je me fais toujours engueuler. Par exemple pour dessiner, je dois planquer mon smartphone loin et je dois l’éteindre ! Sinon c’est MORT.

Bart : J’aimerai beaucoup. Mais je n’en ai pas le temps. Les potes demandent souvent des trucs, mais je commence à réussir à dire non, au lieu de les faire poireauter comme j’ai pu le faire jusqu’à maintenant (pardon).

Comment est-ce que vous conjugu(i)ez vie de musicien et vie de tatoueur ? Est-ce que c’est un avantage ou au contraire une difficulté ?

Thomas : Pour me plonger à fond dans le tattoo j’ai arrêté de jouer dans AqME… pour différentes raisons aussi.

Jérôme : Ca n'a pas vraiment d'interaction directe en fait dans mon cas... Avec mon groupe, on fait pas des tonnes de trucs, du coup y'a pas grand chose à conjuguer pour le moment.

Jaxa : Alors je ne sais pas ce que les autres répondront mais pour moi c'est très dur. Je ne suis peut-être pas non plus un pro de l'organisation. Il faut savoir que tatoueur c'est un travail qui demande énormément de temps et d’investissement si on veut faire ça bien.
Un groupe aussi demande le même type de travail donc c'est parfois source conflit. J'ai souvent eu des problèmes avec mon boulot, mon groupe et ma meuf...ça m'a toujours couté l'un des trois.
Suite à mon "VerdunGate" je me suis longtemps demandé s'il ne valait mieux pas arrêter et me consacrer uniquement à mon taf ou à ma meuf......
Puis j'ai repris mes esprits et j'ai remonté un groupe direct ! C'est dans mon sang je dois faire la messe sur scène peu importe les dégâts.

Christophe : Dans mon cas et avec mon organisation c’est clairement une difficulté pour gérer la partie tattoo, par contre il vrai que ce métier m’apporte une certaine flexibilité pour pouvoir caler répètes et tournées. Mais l’un empiète forcement sur l’autre, tu ne peux pas être à fond sur tes dessins si tu es tout le temps enfermé en répète ou en tournée et vice et versa. Pour ma part c’est compliqué , d’autant plus que j’habite à Lyon et que Morse et DL sont sur Montpellier mais je n’ai pas envie de faire de choix entre les deux pour le moment.

"Le skate et le hardcore, à cette époque véhiculaient un peu le même genre d'idées, formaient un peu la même contre-culture, et je me suis bien reconnu dedans. "
Jérôme  

Fab : Je dirai plutôt que c’est un avantage, dans le sens ou mes copains hardrockeurs aiment bien passer sous mes aiguilles. Aussi, aujourd’hui je n’ai plus qu’un seul groupe, à savoir Revok. Cela ne me bouffe que peu de temps. Donc je ne rencontre pas de difficulté particulière, je dois juste me battre contre ma flemmardise légendaire comme je te disais juste avant. Ensuite, il y a sur Paris une énorme concentration de tatoueurs, et beaucoup de très très bons…donc j’ai tendance à travailler plus lorsque je suis en guest dans d’autres shops hors capitale…

Bart : J’ai la chance de pouvoir partir en tournée quand je veux. Et c’est le plus important pour moi. Il faut hiérarchiser les disciplines. La musique avant tout et le tattoo après. Donc malheureusement, j’apprends moins vite que si je ne faisais que du tattoo. Mais c’est un choix. C’est aussi le choix de ne pas avoir de vacances et peu de sommeil, entre les dessins et le booking de tournées… Heureusement ça en vaut la peine.

Est-ce qu’il y a un style de tatouage que vous appréciez réaliser ?

Thomas : J’aime bien quand c’est bien noir et bizarre mais je n’aime pas faire tout le temps la même chose donc je fais aussi des choses colorées et plus… « légères ». J’aime quand le tatouage m’appartient autant qu’au client. Va voir ça ira plus vite.

Jérôme : Oui, le mien ! J'aime les trucs sombres, obscurs, noirs, basés sur des textures, etc... même si je pense pas avoir encore bien trouvé ni défini mon style. Mais les trucs qui m'intéressent sont vachement dans cette veine.

Jaxa : Tout ce qui est morbide ou sombre. J'aime beaucoup les lettrages aussi mais on m'en demande jamais. Il parait que je fais des fautes. ahaha

Christophe : Le mien si j’en ai un, sinon j’aime surtout les fondamentaux, le trad, le jap… mais aussi les styles plus contemporains comme le néo trad où il n’y a aucun codes niveau dessin et qui laisse une plus grande liberté de création.

Fab : Je travaille à me diversifier le plus possible, mais effectivement, je suis vraiment heureux lorsqu’on me demande de réaliser des pièces noires de tailles moyennes, et en free-hand (il s’agit de dessiner freestyle au feutre directement sur la peau avant de piquer, donc pas de calque/carbone).

Bart : Je me suis spécialisé dans un espèce de néo-traditionnel doublé de dotwork. Un peu par hasard. Du noir et du noir.

Avec quel type de machine travaillez-vous ?

Thomas : Quasiment qu’avec les très belles machines à bobines de Bruno Kea et la rotative de Jondix.

Jérôme : Avec une cheyenne. Je me suis essayé au tattoo à “palito”, je sais pas comment on dit en français, sans machine quoi, directement avec les aiguilles, c'était assez drôle, ça m'a plu, je voudrais recommencer et explorer le truc un peu.

Jaxa : Je bosse avec des chinoises à 5 euros de ebay. Des qu'elles pètent je les jette. Sinon Bert Krak, Jaime Withlocke, Jacob Redmond, Bruno Kea....

Christophe : Celles qui font du bruit, pour ne pas à avoir a écouter les conneries des gens et rajouter à leur stress, j’aime bien quand ils tombent dans les pommes, des fois ils convulsent, c’est marrant on dirait qu’ils meurent.

Fab : J’utilise 4 dermographes différents. Ce sont des machines à bobines. Traditionnelles donc. J’ai pas eu l’occasion de vraiment tester les machines modernes rotatives…

J’ai 2 liners : Une bonne vieille et fidèle Micky Sharp Micro Dial, et une Workhorse Irons qui tape bien fort.

J’ai un shader (pour ombrer et remplir) Workhorse Irons Seth Ciferri
Et enfin une machine hybride MSL.

Bart : Je travaille avec des machines traditionnelles (coil), la plupart faites main par des tatoueurs français et US.

Vous avez déjà tatoué en tournée ?

Thomas :
Nope.

Jérôme : Non, mais je pense que ça arrivera, surtout pour faire des petites conneries, des trucs potaches avec des potes, parce que je suis pas sûr que ce soit très compatible !

Jaxa : J'ai fait du poke sur l'ingé-son de Verdun alors qu'on était ivres morts. C'était mes trente ans dans le van. Purs souvenirs... Smart Crew !

Christophe : Non, mais j’ai déjà était dans un camion ou un gars bourré se faisait tatouer par un autre gars bourré, mais un peu moins… faut savoir s’occuper quand t’as 16h de route.

Fab : Je t’ai déjà parlé de la flemme ?

J’espère le faire à moment ou à un autre, mais tu sais, moi en tournée, je suis un peu comme la Castafiore hein…

Bart : Une fois, il y a longtemps. Mais je ne le ferai plus. Il faut savoir faire chaque chose consciencieusement, et profiter de chaque expérience à la fois. La tournée c’est la tournée. C’est presque sacré et je ne veux pas empiéter sur le temps trop court que je lui accorde.

Quelques questions un peu plus personnelles : combien avez-vous de tatouages ? Quel est celui qui vous tient le plus à cœur et quel est son sens ?

Thomas : Je ne compte pas mais entre 20 et 30 de différentes tailles. J’aime beaucoup celui de Nathan Kostechko parce que c’est un cadeau de mes talentueux collègues, que c’est un artiste que j’apprécie et que pour moi il symbolise une nouvelle vie et j’ai tellement de projets en tête/nouveaux/en cours avec des gens différents que j’admire qu’il va être difficile de choisir (Coucou Maud Dardeau, Alix Gé, Gigi, Pierre Oked, Tin-tin, Léa Nahon, Mimi, Cokney, Sad Amish…)

Jérôme : Trop et pas assez ! Ils me plaisent globalement tous, même si j'ai un paquet de merdes parce que je me suis pas mal entrainé sur ma propre peau. Le dernier que je me suis fait me tient à cœur pas mal, pas qu'il soit très beau mais c'est le logo du collectif autogéré dans lequel j'ai été impliqué 4 ans à Zaragoza, qui représente un peu ma famille là-bas.

Jaxa : Si vous ne voulez pas paraitre ringard quand vous parlez des tattoos de quelqu’un, demandez lui plutôt combien d'heures ?
C'est la seule façon de compter. Pour moi j'en sais rien.... trop ?
Mais vu que j'arrête pas de grossir j'ai toujours de la place qui se libère c'est l'enfer. Je n'ai pas de pièce préférée, je suis fier de toutes.

Christophe : Combien… ça fait un moment que je ne compte plus… tant que tu comptes c’est que tu n’en as pas assez.
Pour celui qui me tiens le plus à cœur… il y en a un tas et ils n’ont pas tous un sens, mais on va dire le tank avec la typo « maman », parce que ma maman elle est putain de balaise !

Fab : Une petite dizaine pour l’instant…ça augmente doucement. Mon bras droit réalisé par Lionel est le plus parlant, mais je crois que mon petit chouchou est le dernier en date, une dague « fleur » réalisé par Ghis Von Zadra à la convention de la Roche Sur Yon cette année. Le sens de la « dague en fleur » pour moi, c’est « bagarre toi avec élégance mon garçon »…

Bart : Qui compte ses tatouages ? ahah
Ils me tiennent tous à coeur. Sinon je ne me serai pas fait du mal à me les faire faire. Les premiers, que j’aurais fait différemment aujourd’hui, parlant de ma famille; et tous les derniers parlant de tournée … Ils se valent tous.

Est-ce que vous vous souvenez de votre premier tatouage ? Qu’est-ce qu’il représentait ?

Thomas : Une lame de rasoir sur le poignet avec des pointillés.

Jérôme : cf plus haut.

Jaxa : Yes très bien c'était la croix du Chaos de Warhammer 40,000. Je l'ai fait le jour de mes 18 ans par Greg à Montpellier. Mes parents étaient ravis ! Mais alors aux anges.

Christophe : Oh oui ! c’était un vilain crâne avec une vilaine crête et une vilaine silhouette de skater.   

Fab : Mon premier est arrivé très tard, j’ai commencé par le bras que m’a encré Lionel… Il y a de cela 5 ans seulement…

Bart : C’était un tattoo représentant ma famille. J’ai eu la chance de grandir avec des parents et un frère aimants, qui m’ont toujours supporté, dans tout ce que j’ai fait. Quand j’avais encore peur de regretter mon tatouage, si je m’en faisais un, c’est le premier thème qui m’a fait sauter le pas.

Avez-vous un tatouage que vous regrettez ?

Thomas : La lame de rasoir mais je ne le regrette pas, juste il est sur le chemin de mon avant-bras et j’aimerai prolonger mon tattoo de Sacha avec quelques zombies supplémentaires faits par Róbert Borbás.

Jérôme : Pas vraiment, juste y'en a quelques uns que je vais arranger, ou transformer ou repasser. Tous correspondent à un moment ou à un truc précis. Je suis content de pas avoir de vieux tribaux ou de tête d'indien, ce qui était la règle quand je me suis intéressé au tattoo ! :)

Jaxa : Mais vous êtes fous sur Metalorgie ou quoi? La majorité de mes tatoueurs sont des potes et passent leur temps sur ce site. Vous voulez que je balance des potes?
Juste pour rigoler alors : tous ceux de Bart Balboa parce qu'il quitte jamais son bonnet c'est louche.
Ah ah ah je rigole hein ? Pourquoi tu m'as bloqué Bart ? Bart ! Bart !

Christophe : Regretté, pas vraiment, on va dire qu’il y en a certains dont je me passerais aujourd’hui… mais bon y a le cover pour ça, sauf quand tu recouvres le vilain crâne avec une vilaine crête et une vilaine silhouette de skater par un truc encore plus con et moche…

Fab : Aucun regret. Et je ne pense pas que cela arrivera étant donné mon goût extrêmement prononcé pour les imperfections ;).

Bart : Non.

Et la question « à la con » pour finir : Quel est le tatouage le plus bizarre / fun / absurde que l’on vous aie demandé de tatouer ?

Thomas : Un sexe féminin, pas seulement le pubis, les grandes lèvres et tout le toutim :o

Jérôme : Je vais pas vraiment répondre à ta question, parce que y'a rien qui me vient à l'esprit là. Mais quand je bossais au studio, ce qui m'a frappé, c'est le manque d'originalité des gens, qui se copient les uns les autres, qui se font un peu tous la même chose. Tatouer des mots en calligraphie au kilomètre, c'est vraiment pas ce que j'ai préféré !

Jaxa : Très simple : une croix catholique.

Christophe : C’est vrai qu’elle est con cette question… je fume trop sans doute, je ne m’en souviens pas…

Fab : Atom, actuel chanteur guitariste de Comity (et actuellement bassiste de Mass Hysteria) qui a commencé par me demander de lui écrire « fils de Paname » sur la cuisse, et qui maintenant souhaite que je lui encre « Batard » dans l’intérieur de la main gauche afin de serrer la main (gauche donc) de son banquier avec un large sourire de fils de pute. Hahahaha…
Enfin, Jérôme, guitariste de Revok, un de mes amis les plus intimes, m’a demandé un truc qui peut paraître bizarre à beaucoup de monde, voir choquant du fait du blasphème, mais qui me parle et me touche beaucoup : l’inscription « SEE YOU IN HELL BASTARD » adressé à son père, récemment décédé. Connaissant très bien son père, j’ai justement trouvé cela dans le ton, extrêmement fun et de très bon goût au final !

Je termine donc avec une pensée affectueuse pour cet homme qu’on aimait tous beaucoup dans REVOK. See you in HELL mec ;).

Bart : Tous les gens qui veulent se faire tatouer leurs prénoms ou des motifs qu’ils ont vu sur google en tapant « idée tatouage » … Les modes qui nous font bouffer mais qui nous énervent. J’ai tatoué un cercueil avec des bois de cerfs et un oeil au milieu sur Jaxa …

Euka (Juillet 2016)



Un grand merci aux artistes pour avoir répondu présents à cette interview qui me tenait à cœur (et à la peau, bien entendu). Je souhaitais mettre en avant ces artistes qui évoluent ou ont évolué dans les deux milieux.

BartPour les curieux, voici les liens des différents artistes interviewés :
Thomas l'amiral - Jérôme (Site / FB / Instagram) - Jaxa - Christophe Ledoux - Fab (FB / Instagram) - Bart

Crédit Photos :
- Thomas l'amiral (première et huitième photo)
- Jérôme (seconde photo)
- Jaxa (troisième et septième photo)
- Christophe Ledoux (quatrième photo)
- Fab (cinquième et sixième photo)
- Bart (neuvième et dernière photo)

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